Coussin Cœur, Coussin like Facebook, coussin emoji horreur

Facebook Files : Facebook réagit aux révélations de Frances Haugen

© Anthony Quintano

La firme fait face à de très graves accusations concernant sa politique de recommandation des contenus. Elle s’est fendue d’une longue réponse dédouanant en grande partie sa responsabilité.

Suite aux révélations fracassantes de la lanceuse d'alerte Frances Haugen, une data-scientist de 37 ans qui a dévoilé la politique interne de Facebook dans l'émission 60 Minutes de CBS, le réseau social a publié un long communiqué de presse.

En préambule, Lena Pietsch, directrice des communications politiques de Facebook, se justifie. Les équipes de Facebook feraient tous les jours des efforts pour protéger et assurer la liberté d’expression de milliards d’utilisateurs tout en prenant en compte le besoin de garder la plateforme sûre et positive. « Nous continuons à faire des progrès significatifs pour lutter contre la diffusion de désinformations et de contenus dangereux. Suggérer que nous encourageons le mauvais contenu et que nous ne faisons rien est tout simplement faux. »

Facebook... ni complètement responsable, ni vraiment coupable

Lena Pietsch revient ensuite sur les investissements faits par l’entreprise pour assurer la bonne gestion des contenus de désinformation et se dédouane quant à la responsabilité unique de Facebook sur ce sujet. « Si une étude scientifique avait identifié l’exacte solution face à ce problème complexe, l’industrie de la tech, les gouvernements et la société l’auraient résolu depuis longtemps » . Lena Pietsch rappelle aussi que la raison d’être de l'entreprise n’est pas de propager du contenu haineux, blessant, qui serait en fin de compte « mauvais pour les annonceurs et donc mauvais pour le business » . Cet argument est pourtant mis à mal par des enquêtes récentes qui montrent bien à quel point l'industrie publicitaire gagne des milliards en profitant de l’engagement lié à la désinformation.

Le communiqué revient ensuite plus longuement sur le changement d’algorithme de 2018 qui devait prioriser les interactions en fonction de votre taux d’engagement. Ce dernier a été largement pointé du doigt par Frances Haugen comme l’une des principales raisons de la montée en puissance des contenus dangereux sur la plateforme. « L’objectif du classement des Interactions Sociales Significatives est dans son titre, indique Lena Pietsch. Il consiste à améliorer l’expérience des gens en priorisant les posts qui inspirent le plus d'interactions et notamment les conversations entre membres d’une famille ou d’un cercle d’amis. Des recherches montrent que la polarisation des opinions a augmenté aux États-Unis depuis des dizaines d’années, bien avant l’arrivée de plateformes comme Facebook » .

Sur la responsabilité des émeutes du 6 janvier

Facebook revient aussi sur les accusations de Frances Haugen qui indiquait dans son interview que le réseau social avait baissé la garde trop tôt après les élections américaines de 2020, ce qui aurait conduit aux émeutes du Capitole le 6 janvier 2021. Pour Lena Pietsch, tout a été mis en œuvre pour éviter ce genre d'événement, avec notamment 40 équipes réparties dans le pays et 35 000 personnes travaillant sur la sécurité des contenus. La directrice des communications politiques indique que le système a été maintenu jusqu’en février tandis que certains groupes militarisés ont été définitivement bannis de la plateforme. Enfin, le communiqué réitère la mise en pause d’un Instagram pour enfants, face aux critiques faisant état d’effets négatifs sur la santé mentale des jeunes filles. Facebook rappelle toutefois que les jeunes enfants sont connectés très tôt et estime donc qu’il est de son devoir de les accompagner le mieux possible.

Du côté de la presse

Les principaux médias américains ont évidemment très fortement réagi à l’interview de Frances Haugen donnée à CBS le dimanche 3 octobre 2021. Ils s'accordent à dire que l'événement sera d'une portée majeure pour Facebook et l'industrie des réseaux sociaux. Slate a notamment titré « Frances Haugen pourrait bien être la menace la plus importante de l'histoire de Facebook ». L’article rappelle la grande phrase de la lanceuse d’alerte, à savoir que l’entreprise a privilégié sa croissance au détriment de la sécurisation de ses contenus et qu’elle a sciemment mis en avant des discours de haine ou de la désinformation pour conforter ses profits. De nombreux autres médias comme Business Insider, le New York Times, The Verge ou bien encore CNN reprennent cette idée dans leurs titres en insistant sur la faillite morale de l’entreprise. D’autres médias ont des mots encore plus durs comme Rolling Stones, mettant en exergue l’expression « trahison envers la démocratie » dans son titre. De son côté, Frances Haugen qui a porté au moins 8 plaintes auprès des autorités fédérales, sera entendue au Sénat mardi 5 octobre. Le scandale ne fait que commencer.

premium2
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.