La pieuvre antivax partout dans les médias

Docteur Jérôme Marty : « On a laissé s’installer une pieuvre antivax en France »

© dem10 et channarongsds via Getty images

Pour avoir soutenu le port du masque pour tous et la vaccination, il est régulièrement menacé de mort. Le docteur Jérôme Marty revient sur les conséquences de la surmédiatisation des médecins.

Jérôme Marty ne fait pas dans la langue de bois. Depuis le début de la pandémie, le vice-président du syndicat des professionnels de santé et médecins libéraux URPS ML est devenu un habitué des plateaux de télévision. Dès le début de la pandémie, il a soulevé les manquements du gouvernement à propos du manque de masques, de tests et de vaccins. Régulièrement pris à partie, il essuie des vagues de cyberharcèlement provenant de la mouvance antivax sur les réseaux sociaux. Le phénomène est suffisamment inquiétant pour qu'il ait dû s'adjoindre les services d’un garde du corps en septembre dernier, à cause de menaces de mort. Interrogé par L’ADN, il revient sur la nature de ces menaces, mais aussi sur la « pieuvre antivax » qui s’est installée en France, et le rapport ambigu qu’ont entretenu les médias avec elle.

La veille du nouvel an, vous avez publié un long thread sur Twitter qui raconte comment vous êtes menacé de mort par des antivax. Pourquoi un tel harcèlement ?

Jérôme Marty : Je suis victime de menaces et de violences verbales depuis juin 2020. Je fais partie des lanceurs d’alerte avec Yvan Le Flohic (chef de service à l’Institut Médico Éducatif de Rosny-sur-Seine) et les gens du collectif Du côté de la science (un groupement de scientifiques impliqués dans l’information et la prévention contre le Covid-19), qui ont mis en évidence très tôt que cette maladie se répandait par aérosol. On a donc demandé dès la fin mars 2020 des masques chirurgicaux pour tout le monde et des FFP2 pour tous les soignants qui approchaient de près de la Covid.

Comme le gouvernement disait qu’il n’y avait pas besoin de masque, je suis devenu le héros des gens qui luttent contre Macron et notamment les gilets jaunes. Quand la situation a changé, que les masques sont devenus obligatoires dans la rue, nous n’avons pas changé notre discours et nous avons demandé aux gens de bien le porter. À partir de ce moment-là, nous sommes devenus des « collabo » du gouvernement. On nous a accusé d’aller dans le sens de la doxa et de mentir. On a connu le même mouvement pour les tests et enfin pour les vaccins. C’est aussi bête que ça.

Qui sont ceux qui vous visent sur les réseaux ?

Jérôme Marty : Il y a deux types de profils qui profitent de cette crise sanitaire. Il y a ceux qui utilisent cette dernière pour avancer des arguments politiques et ceux qui font avancer des arguments de patascience (un terme désignant le travail de soi-disant chercheurs prenant leurs rêves pour des réalités). On retrouve Jean-Bernard Fourtillan, un ancien pharmacien impliqué dans l’affaire des essais cliniques sauvages sur 350 malades de Parkinson ou Alzheimer, Christian "Tal" Schaller, fan des thérapies parallèles, Jean-Jacques Crèvecœur, lui aussi gourou de l’homéopathie.

S'ajoute à cela toute l’organisation de RéinfoCovid menée par Louis Fouché (ex-médecin réanimateur-anesthésiste de Marseille) qui est devenue une tête de pont pour toute la complosphère tournant autour du Covid. Ces derniers sont en relation avec Civitas (mouvement politique catholique intégriste) et le Conseil National de Transition d’Éric-Régis Fiorile (un mouvement issu de l'extrême droite identitaire dénonçant ce qu’ils considèrent comme une dictature sanitaire).

Pour finir, vous avez différents mouvements associatifs menés par les avocats Fabrice Di Vizio (qui a assuré la défense de Didier Raoult notamment) et Carlo Alberto Brusa (qui a monté de nombreuses associations de parents contre le masque). Le tout forme une pieuvre qui a industrialisé ses méthodes et son discours et qui est capable de mobiliser beaucoup de militants pour générer des mouvements de masses sur Twitter. C’est comme ça que j’ai reçu 25 500 tweets sur mon nom avec beaucoup d’insultes et de menaces de mort.

En Espagne il y a très peu d'antivax. Comment expliquez-vous cette différence ?

En Galice vous avez même 87 % des enfants entre 12 et 19 ans qui sont vaccinés. Ils n'ont pas de problème d'antivax. Pour moi les soucis sont en grande partie causés par des erreurs majeures de communication du gouvernement. Ils n'auraient pas dû mentir sur les masques en disant que ce n’était pas la peine d'en porter... Ils ont construit toute leur doctrine sur le manque de matériel. Ils l'ont fait pour les masques, pour les tests, puis pour les vaccins. Les gens se sont aperçu qu'on leur mentait, ça a laissé une porte grande ouverte aux désinformateurs.

On a aussi vu beaucoup de médecins que l’on pourrait qualifier de « rassuristes » qui sont devenus de véritables stars médiatiques et qui ont apporté beaucoup d’eau au moulin des antivax.

Oui, c'est très difficile de gérer l'exposition médiatique. Il y a beaucoup de gens qui se sont brûlés à la lumière. Personnellement, j'ai un mentor qui m'a dit il y a longtemps qu'il n'y a rien de plus vieux que le journal de la veille. En gardant ça en tête, on sait que tout le battage médiatique est très passager. Mais certains deviennent accros à ça. On peut citer le cas de Martin Blachier dans les rassuristes, et il est très présent à la télévision (les Décodeurs lui ont compté 500 interventions dans une soixantaine de médias) ; il a récemment déclaré que la pandémie était terminée.

Quelle est la responsabilité des médias ?

Il y a une énorme responsabilité de certains médias pour avoir donné une carte blanche aux rassuristes, voire aux complotistes. BFM a beaucoup invité Didier Raoult et Christian Perronne (un infectiologue qui a nié la cinquième vague de Covid et qui affiche des position anti-vaccination), mais ça fait un an qu'ils ont arrêté de les faire venir sur les plateaux. Après il reste CNEWS, Sud Radio et LCI, avec l'émission de Pujadas qui frise la désinformation très régulièrement. On peut ajouter France Soir mais pour moi c'est plus un blog qu'un vrai média.

À une époque je faisais beaucoup de CNews, car je m'entends bien avec Laurence Ferrari. Pendant un an j'ai fait deux ou trois punchline par semaine. Mais dès que je passais sur cette chaîne, ma secrétaire recevait entre 3 et 5 appels insultants. Elle arrivait à deviner quand je passais en direct. Ça prouve que la clientèle de cette chaîne-là est la même qui s'adonne aux insultes sur les réseaux. Les gens qui sont du côté de la désinformation et du côté du complotisme regardent CNews. Et pourquoi ils regardent CNews ? Parce que la chaîne leur donne ce qu'ils veulent entendre.

Quelle solution pourrait-on envisager pour éviter que les médias mainstream répandent de la désinformation ?

Il faut bien se rendre compte que la peur du vaccin ARN est véhiculée par des gens qui ont une voix médiatique et qui mettent bien souvent en avant leur diplôme ou leur soi-disant parcours pour asseoir leur autorité. Ça fonctionne même s’ils se sont fait virer de leur ancien travail. Dans ce cas, il faudrait légiférer sur la communication scientifique et rendre illégal le relais de fausses informations qui confondent causalité et corrélation ou qui abusent de la pharmacovigilance.

C’est une législation qui paraît compliquée à mettre en place au vu des débats scientifiques.

Je ne parle pas forcément de la médecine qui est plus un art qu’une science en réalité. Mais cette dernière se base tout de même sur des bases scientifiques solides. À partir du moment où vous dites que les vaccins rendent stériles et qu'ils sont un moyen de tuer la moitié de la population mondiale, vous devriez être tenu responsable devant la justice.

Est-il encore possible de faire changer les avis et de convaincre les irréductibles ?

Mais bien sûr. On fait jusqu'à 50 000 primo-vaccinations par jour, donc ce n’est pas trop tard. Je vaccine beaucoup dans mon cabinet et je ne vois aucune animosité d'ailleurs. Je discute avec eux sans leur faire la morale, je ne les juge pas, je suis juste le plus factuel possible et je démonte les peurs avec de l'argument scientifique et de l'empathie. Je pense qu’il faut faire attention à l’effet de loupe des réseaux sociaux. Les antivax violents qui font du harcèlement et vous semblent omniprésents sont en fait une poignée, rapportés au nombre de Français. Dans la vraie vie, ça se passe toujours beaucoup mieux.

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commentaires

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  1. Anonyme dit :

    MERCI DR MARTY de cette claire explication
    bonne continuation dan votre combat

  2. Anonyme dit :

    Quelle haine dans tous les propos de ce médecin. Mais pour qui se prend il ? Le monde de la pensée unique il est interdit d'avoir sa propre opinion honte à lui

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