Deux seringues positionnées en croix

Qui sont les antivax sur Internet ?

© Mars Bars via Getty Images

Des tribus qui s'ignoraient font désormais cause commune contre les stratégies vaccinales officielles. Nicolas Vanderbiest, fondateur de l'agence Saper Vedere qui analyse les phénomènes d'influence en ligne, a cartographié les différentes prises de position sur Twitter. Selon lui, les personnes se déclarant antivax se rejoignent surtout sur un discours anti-pouvoir.

1. LEUR MOTEUR : LA RÉ-INFORMATION

La communauté : Les « réinformateurs » ratissent large. « Il ne s’agit pas d’un courant en tant que tel, mais de personnes qui estiment que l’information propagée n’est pas adéquate et qu’il faut élaborer un contre-discours » , présente Nicolas Vanderbiest. D’un côté du spectre, un courant à tendance écologiste qui promeut une vie saine pour renforcer le système immunitaire ; de l’autre, des défenseurs d’une info alternative, voire complotiste. 

Les têtes d’affiche : Ce groupe s’appuie sur des figures d’autorité venues du milieu médical. Le collectif ReinfoCovid Officiel (29,8K de followers), un « collectif de soignants, médecins et scientifiques universitaires » , dans lequel on trouve notamment des figures comme le docteur Louis Fouché, médecin réanimateur à Marseille, très médiatisé et adepte de la médecine alternative, la généticienne spécialiste de l’ARN Alexandra Henrion-Caude (44,3K de followers), vue à la tribune de la manifestation anti-passe sanitaire du 22 mai 2021, @infirmier00, « infirmier et street medic » anonyme aux 26,8K de followers, ou encore Martine Wonner, députée ex-LRM et psychiatre. On trouve aussi des médias alternatifs parfois peu fiables comme FranceSoir ou VirusWar ou des comptes à tendance complotiste comme Le Libre Penseur. Un groupe éclectique et influent. 

2. LES SUIVEURS DE MASSE

La communauté : « Suis-moi, je te suis. » Voilà la philosophie de ce groupe qui pratique le mass following, lequel consiste à suivre un maximum de personnes pour être suivi en retour, augmenter sa visibilité et asseoir sa réputation. Twittos compulsifs, ils tweetent et retweetent des dizaines de milliers de messages. Ils tiennent un discours sceptique, remettent en cause la gravité du coronavirus et l’utilité des politiques sanitaires, ou estiment que le gouvernement et les médias en font trop, détaille Nicolas Vanderbiest.  

Les têtes d’affiche : Eliane Carrier, retraitée de 70 ans aux 10,5K de followers, elle suit 9 755 personnes et a tweeté près de 200K de tweets en cinq ans, @ClaireJardin1 et ses 47,9K de tweets (environ 9K d’abonnés et 9K d’abonnements) ou DissidenceCognitive (@thonas_pennec), 2 184 abonnements, 5 310 abonnés et 36,5K de tweets. 

3. LES PATRIOTES

La communauté :  Ils affichent la couleur dès leurs biographies Twitter. #patriotes, #gaullistes, #zemmour2022, et parfois même #jambonbeurre. La tentation est de les classer à l’extrême droite, mais « c’est réducteur, prévient Nicolas Vanderbiest. Ils ont très bien pu voter Fillon ou Sarkozy » . Aucune allégeance à un parti, et une forte tendance « Français de souche ». « Ils estiment que le gouvernement est totalitaire et qu’il faut reprendre le pouvoir. »  

Les têtes d’affiche :  Le conservateur @Fr_Conservateur et sa bio « la France, on l’aime ou on la quitte » , l’avocate Emmanuelle Gave, écartée des listes de Debout la France après des messages à connotation raciste, Damien Lempereur, avocat et ancien directeur de campagne de Nicolas Dupont-Aignan, ou encore le MédecinIden†i†aire (@Reveident) pour qui « diluer » l’identité d’un peuple « = vrai racisme » . 

4. LES GILETS JAUNES

La communauté :   « Impossibles à comprendre sur l’échiquier politique et dans leurs réseaux » , prévient l’analyste. On peut y trouver des gens de droite comme de l’extrême gauche, leur point commun est d’être révoltés. Ils pensent que le vaccin répond aux intérêts de l’industrie pharmaceutique, baptisée « Big Pharma » , et sont farouchement anti-macronistes. Pour eux, « le gouvernement est à la solde du pouvoir économique » , dit Nicolas Vanderbiest. Ils ont aussi tendance à soutenir la sortie de la France de l’Union européenne, le « #Frexit ». 

Les têtes d’affiche :  Le jour viendra où le peuple vaincra (@NaphtalineLeBon), qui tweete autant contre le CAC40 que contre les compteurs Linky, JBAragon, qui dénonce un « storytelling totalitaire covid » , ou encore @libertaire10, « anti-RN.FN » mais « pour le Frexit » . 

Cet article est issu de notre dossier "Faut-il avoir peur des antivax", paru dans la revue 27, maintenant disponible.

 

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