Quand Topito fait de la satire

Thomas Hercouët : « Être apolitique aujourd'hui, quand on est un média, ça n'a aucun sens »

© Topito via Twitter

Loin de l’image du site de divertissement un peu creux, Topito n’hésite pas à faire rire son public à coup de mèmes sur des sujets politiques parfois risqués. Décryptage avec son CM, Thomas Hercouët.

Le 23 novembre dernier, alors que la polémique sur l’article 24 de la loi sécurité globale bat son plein, le compte Twitter de Topito sort un mème se moquant franchement des policiers.

Loin de cette image de média qui fait des tops de chats, Topito utilise depuis quelques années, des mèmes pour créer de la satire sur des sujets d’actualité parfois un peu trop sérieux. Des blagues sur la série Netflix Emily in Paris côtoient de faux doublages de Vladimir Poutine donnant des conseils à Donald Trump ou bien des détournements de la nouvelle campagne de communication de Jean-Luc Mélenchon. Le tout se fait avec la participation active du public et, miracle, sans débordement haineux. Contrairement aux sites du même genre ou aux Youtubeurs spécialisés sur le divertissement, Topito ne veut pas se cacher derrière un paravent apolitique. À l’heure où les communautés s’entredéchirent dans des clashs sans fin, on a demandé à Thomas Hercouët, Community Manager du média, de nous expliquer comment tout ça fonctionne.

Depuis quelque temps, Topito est passé des articles de top et des images rigolotes sur des séries TV à la fabrication de mèmes qui portent sur des enjeux de société ou la politique. Comment s’est déroulée cette évolution ?

Thomas Hercouët : C’est quelque chose que l’on fait beaucoup depuis les élections de 2017. En ce qui concerne les images ou les mèmes, on a fait beaucoup d’infographies à une époque puis on a commencé à utiliser des images hors contexte (une pratique qui consiste à extraire une image issue d’une série ou d’un film populaire et de lui donner un autre sens avec une légende). L’idée était de s’adapter aux nouveaux usages d’Instagram qui hébergeait de plus en plus d’artisans du mème comme Yugnat999 ou marinozememeur par exemple. On a donc mis en place une stratégie qui consiste à publier régulièrement des mèmes d'actualités sur des sujets qui touchent notre quotidien.

Produire du contenu ayant trait à la politique quand on est un site de divertissement, ce n’est pas à contremploi ?

T.H. : Faire de l'humour et des blagues, c’est une façon pour nous de parler d'actualité. On a tous besoin d’avoir des médias satiriques pour affronter les questions de société. Il suffit de se souvenir de la grande époque des Guignols de l’Info qui avaient beaucoup de vertus dans ce domaine. En ce qui nous concerne, on n’est pas là pour adresser les grandes questions politiques ou pour dénoncer ce qui ne va pas dans la société. On est plus là pour faire vivre l’actu avec un angle décalé et du recul.

Vous n’hésitez pas non plus à faire participer votre audience en lui fournissant des templates de personnages politiques pour fabriquer des mèmes. Vous n’avez pas peur de vous retrouver avec des montages pornos ou haineux ?

T.H. :  Tout dépend des sujets qui tournent, mais parfois on se dit qu’une image a tellement de potentiel qu’elle doit passer par le cerveau collectif pour faire sortir les pépites. Du coup on demande à notre communauté de participer et on est rarement déçu par le résultat. Les internautes qui nous lisent alimentent aussi notre esprit créatif et on a besoin d’eux pour nous renouveler et nous inspirer. Quant aux détournements haineux ou porno, je crois en avoir vu passer un ou deux en trois ans et demi donc c’est vraiment négligeable et en général on ne partage pas le tweet pour ne pas lui donner de visibilité. Mais on a la chance d’avoir une communauté bienveillante qui joue très bien le jeu.

Le 23 novembre vous avez publié un mème se moquant de la police et de son discours à l’encontre des images et des caméras. Ça a fait pas mal réagir…

T.H. :  Ce qui est intéressant avec cette image, c'est qu'il y avait un vrai débat de société à ce moment-là. Il y a vraiment un abcès à crever sur le sujet de la violence policière. Notre travail n’est pas d’informer les gens (on laisse ce travail aux médias journalistiques), mais plutôt de réagir à ces questions. Comment ? En tournant en dérision le discours très victimaire de la police, qui est pourtant une force politique extrêmement majeure en France aujourd'hui. En termes d’audience (plus de 1 200 likes sur Twitter), ce fut un carton sans que la section « commentaires » se transforme en champ de ruines.

On vous a accusé d’être partisan et de sortir de votre rôle de média d’amusement...

T.H. :  Les gens attendent beaucoup que Topito soit neutre et apolitique et c’est une chose qui m’étonne. Être apolitique aujourd'hui, quand on est une plateforme médiatique, ça n'a aucun sens. Ça n'existe pas. Une plateforme est politique de par ses choix et de par ses non-choix. On va exprimer et véhiculer une certaine vision de la société. Faire des blagues plutôt que d'autres qui vont toucher des gens plus que d'autres, ça a un sens politiquement et socialement. Autant assumer nos valeurs et rester droits dans nos bottes. De plus, les commentaires qui nous reprochent de ne pas être objectif ou neutre viennent à 100% des gens qui ne sont pas d'accord avec notre ligne. C'est un peu facile. En fin de compte, on essaye d'être le plus bienveillant possible, mais bienveillant, ne veut pas dire apolitique. Et politique ne veut pas dire non plus ultra-partisan. Il faut savoir trouver l’équilibre.

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