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Une femme avec une culotte rose et une sucette à la main
© Rodolfo Clix via Pexels

J'ai testé pour vous : devenir riche sur OnlyFans, le Uber du porno

Mylène Bertaux
Le 22 juin 2020

J’ai décidé de devenir une star d’OnlyFans, la nouvelle plateforme de financement participatif pour les créateurs de contenus. Et je suis bien contente d’avoir un master en com’ pour piger la logique commerciale.

J’ai bâti ma carrière sur le foirage. Le foirage digital plus exactement. Au jeu de la célébrité en ligne, j’ai d’abord échoué sur Instagram après 35 photos et 2 654 stories. Mon attention s’est donc reporté sur Tik Tok, la plateforme de danse et lipsync. J’ai lâché rapido après ma première tentative de shuffle dance - espèce de remix de Tecktonik en legging fluo - qui s’est soldé par un début de lumbago et 70€ chez l’ostéo. Mais cette fois-ci, c’est sûr, je vais devenir riche sur OnlyFans.

Faire carrière dans le nude

Presque confidentielle il y a encore deux mois, l’appli peut dire merci à Queen B. En mars 2020, la chanteuse Beyoncé évoque l’appli créée en 2016 par Fenix International Limited dans le morceau Savage remix. Un coup de pouce et de cool qui a carrément fait exploser la plateforme de financement participatif pendant le confinement, au point de générer des centaines de milliers de hashtags sur Twitter.

Un réseau qui explose ? C’est pour moi. Et après tout, si la vidéaste et instagrameuse Lysandre Nadeau a réussi, selon elle, à empocher 3 500€ en postant une photo, je ne vois pas pourquoi je n’arriverais pas à en faire autant. D’autant que certains créateurs revendiquent 500 000 dollars par mois. Je sens que ma carrière (et mon compte en banque) vont shifter.

Agenda, contour des yeux au yuzu et os « Chewy Vuitton »

Allez zou ! Je me connecte via Twitter et non par Google qui m’indique que la sécurité de ce site n’est pas assurée. Avant toute chose, je rentre mes coordonnées bancaires, sans quoi je ne peux suivre personne, même les comptes gratuits. Et l’appli prend une com’ de 10 cents de dollars au passage. On me suggère plusieurs personnes à suivre, les « créateurs de contenus ». Il faut que je comprenne les mécaniques qui régissent le site pour pouvoir appâter le followers et espérer gagner des sous. Qu’y trouve-t-on au juste ?

J’arrive sur le profil de Jamie Lynn, 20k followers. La dame est à genoux, les jambes subtilement écartées (elle a fait du stretching, c’est sûr) et couvre ses seins de son bras droit. Cela dit, la dame est plantureuse, ça dépasse un peu quand même. « Vous pouvez (...) m’envoyer un message pour (...) des photos et vidéos plus sexy et non censurées », explique celle qui se revendique comme modèle fitness à Chicago. Elle affirme qu’elle répondra en personne aux messages et commentaires pour connaître ses plus grands supporteurs. « Leurs contributions m’aident à produire le contenu que vous aimez ». On retrouve Jamie Lyn sur Insta (459k followers, jalousie) , Snapchat, YouTube (1,22k abonnés), Twitter et le concurrent direct d’OnlyFans, Patreon. Je comprends donc que Jamie se sert de ses autres réseaux comme driver de trafic vers son profil OnlyFans.

La dame mentionne aussi le petit lien Amazon vers sa wishlist, pour lui faire plaisir. Je constate qu’elle aime les parfums, les jardinières (pour cultiver son jardin, j’imagine), les contours des yeux au yuzu à 113 dollars, les agendas (c’est bien d’être organisée Jamie, je suis moi-même très Marie Kondo), un os en peluche « Chewy Vuitton », pour son chien. Allez hop, je m’abonne pour 15$.

Dans la foulée je deviens copine avec Shantal Monique, pour 15$ également, une blonde plantureuse et la brunette Cady pour 5$. Et là, chaud devant, ça ne rigole plus. Que ceux qui se sont toujours demandé pourquoi ils avaient passé un diplôme en communication se rassurent : c’est maintenant que ça va te servir, Jean-Paul.

Emoji pêche, emoji pêche, emoji pêche

Les community managers, accrochez-vous à vos emojis parce qu’ici, chaque post et chaque MP est étudié pour vous faire craquer. Sur le fil, on retrouve des belles en maillots de bain archi échancrés (voire sans), vue imprenable sur des dos cambrés et des poses lascives : « Profitez de la vue… emoji pêche, emoji pêche, emoji pêche », « Est-ce que tu vas “venir”emoji bouche ».

Sitôt abonnée, je reçois e-mailing en MP, probablement via un bot, dans mon inbox. Shantal Monique m’impressionne par ses techniques commerciales : tarif dégressif, promo, échantillonnage, c’est pas les promos de chez Carrefour, c’est sacrément bien huilé, comme la dame. On commence avec la bonne vieille offre de bienvenue : une première vidéo pour 55$. Puis, au catalogue : 75$ pour une photo topless, 120$ pour une vidéo, des vidéos de nude allant de 65 à 85 dollars et des « pussy play videos » (moi aussi j’aime jouer avec mon chat, Bernadette) de 200 à 400$. Vous êtes « éligible à cette offre » seulement si vous avez déjà commandé pour 200$ de « non pussy play video ».

En MP, les photos sont floutées avec une légende qui incitent à l’achat. « Franchement, qui ne cuisine pas nue dans sa cuisine emoji aubergine emoji cœur ? ». En plus, si je paye 10$, j’aurais un magnet offert. Damned ! La promo est tellement alléchante que, même si je suis hétéro, j’ai quand même envie de payer pour voir la dame faire rissoler ses patates en tenue d’Eve.

Une autre n’hésite pas à envoyer un « petit cadeau », une vidéo d’elle avec son chéri… pas du tout en train de faire un ragoût de bœuf, hein. Histoire d’inciter à l’achat d’une vidéo personnalisée.

À point ou saignantes les knackis ?

Bon, on a compris le principe, OnlyFans, c’est carrément porno. Même si certaines créatrices précisent bien qu’elle ne font pas de nude, on passe quand même d’Insta (« Hi guuuuuys ») à Uber (« Vous arriverez à destination dans 3 minutes »). Mais si j’ai bien compris, on peut suggérer sans dévoiler. Et ne pas hésiter à faire appel au registre culinaire pour mettre l’eau à la bouche. Moi qui justement ne rechigne jamais à me fendre d’un joli cliché de mes knackis en bord de plage depuis que j’ai déconfiné sur la côte d’Azur, je me dis « allons-y tentons le coup ». C’est parti ! C’est le moment de rentabiliser mon Mastère en communication globale des entreprises obtenu en 2009 pour 10 000€.

Je me lance. Je mets une jolie photo de mes jambes à la plage. Je soigne ma description de profil : « Passionnée par les knackis, emoji hot dog emoji hotdog arriveras-tu à deviner lesquelles sont les miennes ? ». C’est sûr, je vais me faire des potes. Je passe à la partie CM en publiant mes premières photos sur mon feed. « Coucou les gens, c’est samedi. Et quoi de mieux qu’une bonne saucisse party emoji hot dog emoji steak et un smoothie emoji pêche » (j’aime les smoothies à la pêche, c’est mon droit). Puis à l’e-mailing « Si tu veux des photos privées, précise la cuisson de tes saucisses emoji cœur emoji licorne. ». Viennent ensuite les promotions. Je n’ai pas trop envie de me brader parce qu’il faut que je rentabilise. Du coup, j’oublie le tarif dégressif : « Si tu veux une knacki en photo c’est 10$ emoji piment, alors que si tu en veux deux, c’est 20$. Emoji qui tire la langue ».

L’affaire est lancée. J’attends.

Mais trois jours plus tard... personne. Mon barbeuk est tombé à la flotte. J’ai dépensé 40$ sur l’appli et je n’ai même pas eu de petit mot personnalisé de mes nouvelles copines. Bref, les dollars, c’est pas encore pour cette fois. Mais déjà je vois que pointe son nez à l’horizon un nouveau réseau social qui explose. Cette fois-ci, c’est sûr, c’est la bonne.

Mylène Bertaux - Le 22 juin 2020
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