Vilebrequin

Vilebrequin, les Jackass de la bagnole qui cartonnent sur YouTube

© Vilebrequin

Les deux youtubeurs spécialisés voiture les plus regardés du web n'hésitent pas à froisser un peu de tôle. Car ils le savent, le culte de la voiture n'est pas mort... il roule encore.

Ils passent des ralentisseurs à 170 kilomètres à l’heure, transforment une Fiat Multipla (réputée pour être la voiture la plus moche jamais commercialisée) en engin de course ultra tuné ou bien testent les véhicules les plus rares et les plus incroyables du marché… Le tout dans la bonne humeur et l’humour potache. « Ils » , c’est Sylvain et Pierre, deux youtubeurs qui animent la chaîne Vilebrequin et cumulent 1,83 million d’abonnés. Très peu connues des médias mainstream, la chaîne et sa communauté sont pourtant un véritable phénomène de société totalement à contre-courant. 

Vilebrequin, une communauté web ultra engagée

Des fanas de véhicules ou des journalistes auto/moto qui font des vidéos pour parler de leur passion, c’est aussi vieux que la vénérable émission Turbo qui fut diffusée pour la première fois sur M6 en 1987. Mais Vilebrequin change la donne. En plus d’être la chaîne YouTube française consacrée à la bagnole la plus regardée, elle est celle qui possède la communauté web la plus engagée actuellement. En avril 2022, les deux compères ont célébré les quatre ans de leur chaîne en remplissant le Grand Rex (les places se sont vendues en moins de deux heures). En novembre 2020, les vidéastes ont lancé un financement participatif afin de récolter 50 000 euros. La somme doit justement permettre de modifier la Fiat Multipla pour lui donner un moteur de 1 000 chevaux. En cinq jours, ils vont récolter 500 000 euros et finiront la cagnotte avec plus de 1.1 million d’euros. Mais les followers ne se contentent pas de donner de l’argent ou de regarder leurs vidéos. Ils vouent aussi un culte à la chaîne en créant des mèmes sur le plus gros neurchi francophone actuel (plus de 156 000 membres). (Pour rappel, les neurchis sont des groupes privés au sein desquels la communauté crée du contenu divertissant, mais aussi politique autour d’une thématique et d’une esthétique précise, NDLR).

Les raisons du succès

Il suffit de plonger quelques minutes dans leurs vidéos pour comprendre ce qui attire dans Vilebrequin. Le duo nourrit un rapport totalement joyeux et sans complexe à la voiture. Démarrée en 2017, la chaîne connait une croissance lente jusqu’en avril 2018, moment où ils sortent la vidéo qui va faire leur succès. On apprend comment réagit une 205 quand elle prend un ralentisseur à 130 kilomètres à l’heure. (Spoiler : mal). Ce concept assez proche de ce qu’on pouvait voir dans l’émission Jackass va leur ramener plus de 350 000 abonnés dans l’année qui suit. À partir de là, ils vont développer le concept. Ils n’hésitent pas à modifier ou torturer des voitures pour les soumettre à des défis stupides : tester la fameuse résistance des vitres blindées en tirant dessus, faire cracher le diesel dégueulasse d’un vieux char d’assaut pour admirer le panache de fumée, rouler avec deux grammes d’alcool dans le sang ou bien se vanter de la perte de leur permis à cause d’un dépassement de vitesse dans un convoi de voitures de luxe. À contresens (littéralement) de la politique de surveillance routière qui se pratique en France, Vilebrequin apporte une forme de catharsis à l’ensemble de sa communauté.

La culture bagnole a de beaux jours devant elle

Pour Justin Poncet, fondateur de l'institut OPINION SCIENCE qui connait bien cette communauté pour avoir étudié son neurchi, Vilebrequin rassemble dans sa communauté l'équivalent français des « petrol heads » américains. Cette sous-culture totalement fascinée par les moteurs et la bagnole est bien représentée dans les médias outre-Atlantique avec des émissions cultes comme Pimp My Ride sur MTV, ou plus récemment Car Masters ou Street Customs. « Pour beaucoup de personnes en France, la voiture est un objet culturel transclasse et transcommunautaire, explique Justin Poncet. Sur Twitter on ne se rend pas du tout compte de cette réalité, car il est bien plus question de commute (l’art de faire les trajets domicile/travail) ou de vélo. Mais sur la chaîne YouTube ainsi que sur Facebook on s'aperçoit de la force d’impact de cette culture. Alors qu’on essaye de nous vendre la transition écologique et que l’on tente de faire disparaitre la voiture à moteur thermique, cette communauté montre que la voiture est bien plus qu’une contrainte dans des logiques de déplacements, mais un vrai plaisir dont il sera difficile de se défaire. »

Pour s’en convaincre il suffit effectivement de regarder les autres chaînes YouTube qui officient sur le créneau de la passion voiture. La chaîne GMK (1,6 million d’abonnés) fait le plein sur la conduite sportive de bolides. Thierry Vigneau Boiserie (1,17 million d’abonnés) s’occupe lui aussi de torture mécanique en envoyant ses voitures dans des murs. 

Quant à Movie Cars Central (compte YouTube plus petit avec 309 000 abonnés), le concept est plutôt simple : acheter et remettre en état des voitures mythiques du cinéma et de la télévision comme la Batmobile ou K2000. En bref, l’amour des trucs qui font vroum vroum est loin d’être mort. Il roule encore.

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.