On a rencontré les gens qui n'écoutent pas de podcasts

Podcast par-ci, podcast par-là… En dehors d’une poignée d’initiés qui se refilent leurs émissions par le bouche-à-oreille, ce format n’a pas encore atteint le grand public. Il faut dire que dans un monde où les médias sont en compétition pour gagner notre attention, le podcast n’est pas le choix le plus évident.

De plus en plus de marques se lancent dans l'aventure du podcast. Après tout, il s'agit bien du média le plus hype du moment et les chiffres d'audience outre-Atlantique parlent d'eux-mêmes. Plus d’un Américain sur deux aurait déjà écouté un podcast une fois dans sa vie et plus d’un tiers en écoute au moins un par mois. Pourtant, face à ces chiffres plutôt encourageants, la France fait figure d’éternelle retardataire. Même si la pratique du podcast est en pleine expansion, elle ne toucherait que 4 millions de Français selon Médiamétrie, soit à peu près 6% de la population et 8,5% des internautes. Il faut dire que les podcasts misent sur des audiences de niche avec des concepts d’émissions très précis... Mais ce n'est pas ça qui explique la réticence du public à se plonger dans l’écoute audio. Pour en savoir plus, nous avons donc mené notre petite enquête.

Problème numéro 1 : vous êtes perdu dans la forêt sombre du podcast

Interrogés sur leur consommation de médias, l'argument est souvent le même : il est difficile de mettre un pied dans le monde du podcast quand on n’y connaît rien. « Je connaissais le principe du podcast depuis un bon moment, mais je ne m’y suis jamais vraiment intéressée, explique Barbara, assistante de communication. J’ai eu l’occasion dernièrement de découvrir des contenus sympas. C'est tout un univers en fait ! J'ai pris conscience que j'aimerais en écouter plus souvent. Mais je manque de temps, je ne sais pas forcément où chercher ni quoi chercher. J’aimerais bien avoir un service qui permettrait de renseigner un maximum d'infos ou de centres d'intérêt et qui m'enverrait une sélection hebdomadaire précise de podcasts associés. »

Même Constat chez Johan Weiss, fondateur de Street Press qui avoue sa frustration face à l’offre actuelle. « Le jour où Spotify me fera des recommandations qui sont adaptées à mes goûts, ça sera génial, explique-t-il. Pour le moment je suis trop dépendant du bouche-à-oreille et la plupart des émissions issues des nouveaux studios de podcast que l’on m’a recommandées sont plutôt ennuyeuses. En plus, j’écoute les podcasts quand je fais la cuisine ou la vaisselle. Du coup je n’ai pas trop de temps à perdre pour chercher LA bonne émission. »

La solution : une radio made in Spotify ?

La solution viendra-t-elle de Spotify ? Le géant du streaming musical est justement en train de travailler sur la recommandation d’émissions. D’après Bloomberg, la plateforme expérimente sur une petite échelle un nouvel onglet podcast bien plus visible, ainsi que l’insertion de flash d’informations dans les playlists « votre trajet quotidien ». En d’autres termes, Spotify est en train de réinventer la radio.

D’autres plateformes gratuites, comme Podcast Addict par exemple, font ressortir les tendances du moment ou proposent des contenus rangés par thématiques. Encore faut-il avoir le temps (et l’envie) de farfouiller un peu. « Si c’est pour avoir de simples suggestions sur une appli dédiée, on en revient au même problème que Netflix », m’explique Barbara « On passe plus de temps à chercher le bon programme qu’à vraiment consommer du contenu ».

Problème numéro 2 : vous regardez trop YouTube

Outre cette sensation d’être perdu, l’écoute du podcast a aussi du mal à trouver une place dans nos vies déjà surchargées de médias. Parmi les témoignages, la concurrence de la vidéo est l’un des arguments qui revient le plus souvent. C’est notamment le cas de Denis, développeur informatique qui a pourtant co-animé lui-même des émissions. « Même mes propres podcasts, je me forçais à les réécouter, raconte-t-il. J’ai besoin d’un support visuel en parallèle, comme de petites animations sur une vidéo pour ne pas perdre ma concentration. Même les émissions de radio, je préfère les regarder sur YouTube, alors que la seule information que tu gagnes, c’est juste la tête d’un journaliste mal coiffé. »

La solution : mettre des podcasts sur YouTube

Si la plupart des podcasts sont effectivement entièrement sonores, certaines émissions ont bien compris que cet aspect visuel reste important pour le public. Ainsi le très populaire podcast américain The Joe Rogan Experience filme toutes ses interviews pour les rediffuser sur YouTube, ce qui donne des moments d'anthologie avec Elon Musk ou Alex Jones.

À l’inverse, le média indépendant Thinkerview réalise d’abord ses interviews en direct sur YouTube avant d’en isoler le son et de les diffuser en podcast.

Troisième contre-exemple, la série de fiction Calls de Canal+. Si cette dernière repose principalement sur des dialogues et du son binaural, il est possible de l'écouter sur un écran afin de bénéficier de petites animations visuelles qui accentuent l'immersion. 

Problème numéro 3 : avoir du temps de cerveau disponible

On a tendance à l’oublier, mais le podcast est un média exigeant. Contrairement à la musique ou la radio, il demande de la concentration et une écoute active. Or, en dehors des moments passés dans les transports, ou pendant la cuisine ou la vaisselle, il est difficile de trouver le temps de se poser et d’écouter une émission. « J'ai du mal avec le format audio, explique Mathieu, consultant informatique. J’utilise souvent le son comme un bruit de fond parce que je fais autre chose. Je peux mettre de l’ASMR, de la musique ou un stream de jeu vidéo sur Twitch pendant que je travaille, mais pas un podcast. »

Même constat pour Virgile, traducteur indépendant qui anime, lui aussi, une émission. « J'écoute la radio en bossant et ça me va très bien, explique-t-il. Contrairement aux podcasts, je ne choisis pas le sujet et j'écoute sans trop entendre. Je tends l’oreille quelques minutes quand j’entends un truc au passage qui m'intéresse vraiment. Mais je ne veux pas choisir mon programme, car ça impliquerait de l’écouter vraiment. »

Solution : écouter peu, mais écouter bien

À bien y regarder, même les auditeurs assidus de podcasts comme votre serviteur ont du mal à privilégier le son à l’image ou l’écrit. Un coup d’œil à mon gestionnaire de temps passé sur mon smartphone confirme mes craintes. Les 7 derniers jours, j’ai écouté une heure et huit minutes de podcast. En comparaison, j’ai passé près de 4h20 sur Twitter et 2h16 sur YouTube.

Entre mon portable, les séries ou les films à regarder le soir, les jeux vidéo à essayer et les livres à lire, le podcast doit encore trouver sa place afin d’avoir des oreilles grandes ouvertes. Heureusement, les chiffres d’engagement sont plutôt encourageants. D’après Médiamétrie, 81 % des podcasts téléchargés chaque mois sont bel et bien écoutés par le public. Dans un monde où l’attention diminue chaque jour, 1h08 de concentration, ce n’est pas si mal.

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Commentaires

  • Bonne analyse de la situation. Le référencement est certainement déterminant pour favoriser un meilleur accès aux podcasts

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