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un homme portant des moustache vue de profil en train de mettre un casque sur les oreilles.
© master1305 via Getty Image

J'ai assisté au tournage d'une fiction sonore pour Sybel, le « Netflix du podcast » made in France

Le 14 mai 2019

Ras-le-bol de passer votre journée et vos soirées devant un écran ? Sybel vous propose d’adopter les fictions audio. Vont-elles réussir à s’imposer dans vos oreilles ?

- Salut la compagnie, où je pose mes fesses ? »
- Ok, c’est pas mal, mais il faudrait que tu la joues un peu plus beauf sur le début de la phrase. On la refait ?

Dans un studio situé non loin de Père-Lachaise, plusieurs acteurs jouent leur texte face à un perchiste. Issus du théâtre ou de la télévision, ces derniers se concentrent sur leur gestuelle ou leurs mimiques. Mais c’est leur intonation qui compte vraiment. De l’autre côté de la vitre, un ingénieur son et les deux scénaristes dirigent les voix en multipliant les prises. J'assiste au tournage d’une série de fiction sonore destinée à la plateforme de diffusion Sybel, lancée il y a un peu plus d’un mois.

Fondé par Virginie Maire et financé à hauteur de 5 millions d’euros, ce nouvel acteur dans le monde du podcast se voit comme le Netflix de la fiction audio. Contre un abonnement de 4,99 euros par mois, les abonnés auront le droit à une sélection d'émissions talk et de fictions déjà diffusées ailleurs, mais aussi à une trentaine de productions originales.

« La fiction audio, c'est la liberté de ton sans les contraintes télévisuelles »

C’est justement l’une de ces productions originales qui est en train d’être enregistrée. Cette dernière n’a officiellement pas encore de titre mais on me la décrit comme une comédie destinée à un public féminin. Les acteurs sont justement en train de jouer une scène de fête durant laquelle il est question de drague et de drogue. Les répliques s’enchaînent dans la bonne ambiance et bien que les différentes prises semblent parfois fastidieuses, l’enregistrement se fait bien plus vite que sur tournage classique. « De l’écriture à la diffusion, en passant par l’enregistrement et la postproduction, on boucle les projets en 4 mois, m’explique Frédéric Azémar, l’un des co-scénaristes présents dans le studio. Le tournage en lui-même nous prend moins d’une semaine pour cinq épisodes de 20 minutes chacun. »

Même côté écriture, la liberté et les contraintes ne sont pas les mêmes. « Travailler avec les chaînes de télé, c’est compliqué, poursuit Frédéric. Elles sont très frileuses vis-à-vis de leurs annonceurs et notre travail est scruté. Pour la fiction sonore, on est sur un terrain vierge. On bénéficie d’une liberté de ton incomparable. Mais il faut modifier un peu notre écriture. Comme pour le théâtre, tout est basé sur les dialogues. Il faut que les personnages s’appellent par leur prénom assez souvent, ce qui n’arrive jamais dans la vraie vie. Enfin, il faut trouver des astuces sonores - pour indiquer aux auditeurs si l’action se déroule le matin ou le soir, par exemple. »

Produire autant que Netflix, pour 30 fois moins cher

Alors que des millions de personnes se gavent littéralement de séries ou de centaines d’épisodes de séries chaque année, reste-t-il de la place pour les fictions audio ? Pour Virginie Maire, cela va de soi. Elle voit en Sybel, une bonne alternative aux écrans omniprésents. « Les gens sont sur des écrans toute la journée pour se divertir, travailler ou s’informer, explique la fondatrice. On pense que l’audio est une bonne alternative et qu’il vient s’intercaler dans des moments différents comme les transports ou au moment de faire la cuisine. Quant aux enfants, c’est plus sain et moins culpabilisant de les laisser écouter des histoires que de regarder YouTube. »

Sur le plan économique, la fiction audio est aussi un bon plan. « On est sur des coûts de production beaucoup plus légers que la vidéo, indique-t-elle. Pas la peine de penser aux décors, à la lumière, aux caméras ou au maquillage. En fonction du type de série, ça représente un trentième d’un budget alloué à une série télé soit entre 30 et 100 000 euros pour une saison complète ».

Les gens sont-il prêts à payer pour de la fiction audio ?

Ces budgets serrés permettent aussi de mettre en chantier un grand nombre de fictions variées au cours de l’année. « Un mois après l’ouverture de la plateforme, on s’est rendu compte que les gens bingent nos contenus comme Netflix, poursuit-elle. C’est surtout le cas pendant les vacances avec les séries pour enfants. Voilà pourquoi on est obligé de produire autant : pour continuer à être attractif. »

La célèbre plateforme de streaming vidéo est aussi prise en exemple quand il s’agit d’évoquer le business model. « L’audio est une expérience plutôt intime, indique Virginie Maire. On ne voulait pas la polluer avec de la publicité et c’est pour cette raison qu’on propose un abonnement. Mais on a fait en sorte de proposer un prix plutôt bas pour éviter de créer une barrière à l’entrée. » Reste à savoir si Sybel saura attirer et retenir un public habitué à écouter des podcasts gratuits depuis longtemps.

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