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un jeune homme dessiné de profil sur fond bleu
© Severin Millet pour France Culture

Success story : comment France Culture renaît grâce au podcast

Le 10 oct. 2019

Pionnière dans la mise en avant de ses archives et de ses replays, France Culture s’est aussi lancée dans le podcast natif. Deux ans plus tard, le bilan est plus que positif.

Le podcast, tout le monde en parle, mais on a parfois l’impression que peu l’écoutent. Entre ses fervents défenseurs et ses âpres détracteurs, le format divise. Alors, d’où viendra le salut du podcast ? Des marques qui s’en emparent ? Des aficionados de fiction ? La réponse pourrait bien venir d’ailleurs : la radio, média que la télé puis internet ont tenté d’enterrer, pourrait bien y trouver une nouvelle jeunesse. C’est notamment le pari de France Culture. Et avec 46,6 millions de téléchargements de podcasts durant l'été 2019, il semble réussi.

Un regain d’audience

Les fidèles de France Culture apprécient différents formats. Parmi les téléchargements, on retrouve bien évidemment le replay d’émissions phares et exigeantes comme Les chemins de la philosophie ou bien encore Les pieds sur Terre. Mais c’est aussi avec son offre de podcasts dits « natifs » (c’est-à-dire exclusivement produits pour le web), comme la série documentaire Les mécaniques du complotisme qui revient sur l'après 11 septembre ou la fiction inspirée d'Inception, Dream Station, que France Culture a su conquérir de nouvelles audiences. Ainsi, l’antenne a signé en 2019 sa meilleure progression avec 17% d’audience cumulée selon Médiamétrie. « Ce n’est pas un épiphénomène, indique Sandrine Treiner, directrice de l’antenne. On est en train de vivre la construction d’une nouvelle offre de loisir basée sur l’écoute de sujets qui ne sont pas toujours faciles d’accès. Je trouve très intéressant de voir que le public a un appétit puissant pour des émissions de philosophie et de science ou pour des fictions originales qui sont de véritables séries sonores. »

Sortir des contraintes de la radio

Cette création de podcasts natifs remonte à 2017. Pour Sandrine Treiner, ces productions originales sont une évidence pour la conquête d’une nouvelle audience. « C’est une chose qui me tenait à cœur depuis mon arrivée en 2015, explique-t-elle. J’ai toujours voulu aller vers le podcast natif et original, car c’est un territoire qui permet de raconter de nombreuses histoires, très différentes, et qu’on ne pourrait jamais passer sur une grille de radio. Ça nous permet aussi de renouveler la manière de raconter des histoires réelles et fictionnelles tout en présentant France Culture à un public jeune qui a oublié ce qu’était un poste de radio. »

Se décoller des écrans

À l’écoute de séries comme Projet Orloff, on se dit qu’on est d’ailleurs bien loin des vieux feuilletons audio d’autrefois. Cette fiction sonore qui s’apparente au Bureau des Légendes est intégralement enregistrée en extérieur et propose une écriture pleine de rebondissements pour donner envie de binger la saison. « Ce qu’on veut donner, c’est une vraie alternative audiovisuelle à des gens qui ne veulent pas passer toute leur vie devant des écrans, ou bien à des parents qui veulent que leurs enfants connaissent une forme de narration autre que visuelle. »

Quand la radio devient une bande annonce géante

Ceux qui pensaient que les podcasts avaient de quoi inquiéter la bonne vieille radio se sont donc trompés. Comme le disait Sybile Veil, présidente de Radio France lors des rencontres de l’UDECAM de septembre 2019, le direct est en quelque sorte devenu une gigantesque bande-annonce pour l’offre de podcast. « On sait que certaines émissions comme la matinale vont continuer à être écoutées en direct, explique Sandrine Treiner. Mais les jeunes actifs n’ont pas le temps d’écouter le reste de nos émissions. La radio permet de créer des podcasts de qualité qui accrochent cette nouvelle audience. Mais sans la radio de flux, nous n’aurions sans doute pas cette même exigence et ce même professionnalisme dans nos productions digitales. » Et le meilleur dans tout ça ? Le budget de fonctionnement de France Culture n’a pratiquement pas bougé.

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