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portrait noir & blanc Hugo Clément

Hugo Clément : arrêtez de prendre les millennials pour des cons !

Le 31 oct. 2018

Journaliste ultra connecté à sa communauté de fans – quitte à commettre quelques dérapages – Hugo Clément est-il représentatif d’un nouveau journalisme ?

Adoré du public, tête de Turc des médias, on ne présente plus le parcours éclair d’Hugo Clément. Repéré au côté de Yann Barthès dans « Le Petit Journal » diffusé sur Canal+, puis au « Quotidien » sur TMC, il a mis le cap sur le Web en novembre 2017, à la surprise générale. Le reporter de 28 ans l’affirme : il ne regrette pas le petit écran et se sent bien chez Konbini, le pure player qui cartonne chez les millennials.

La Toile n’est pourtant pas toujours clémente avec lui. Déjà taxé d’« Ego Clément » dans Libé, le journaliste a récemment dû affronter des accusations de plagiat par un journaliste de Society. Il s’en défend et se félicite de « donner de l’écho » aux gens « qui méritent d’être dans la lumière ». 

L'ADN - 500 000 followers sur Twitter, 280 000 fans sur Facebook et 260 000 suiveurs sur Instagram... tu pèses lourd sur les réseaux sociaux. Les journalistes sont-ils des influenceurs comme les autres ?

HUGO CLÉMENT - Euh non ! Le journaliste n’est pas devenu un influenceur, et le classer dans la catégorie instagrameur serait faux aussi. D’ailleurs, les journalistes très puissants sur les réseaux restent assez rares, et la plupart de ceux que je connais n’ont pas plus de 300, 400, 500 abonnés sur Instagram, comme n’importe quel compte. Et puis, le journaliste ne monétise pas sa communauté comme les influenceurs le font. Ça reste un cas exceptionnel, je ne pense pas que ça soit un modèle que l’on puisse imposer. 

Est-ce que les journalistes se doivent de relayer leurs contenus sur leurs réseaux personnels ?
H. C. : En ce qui me concerne, les gens qui s’abonnent à mes pages ne le font pas parce qu’ils aiment la couleur de mon T-shirt ! C’est parce qu’ils aiment les sujets que je traite. Du coup, ça ne serait pas très réglo de ne pas les leur diffuser. Ils savent qu’en me suivant, ils verront chacun de mes reportages. Donc je les diffuse. 

 
 
 
 
 
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À qui le public est-il le plus fidèle : à toi ou à ton média ?
H. C. : C’est un mélange. Ce que je fais, ma personnalité, etc., les gens y sont fidèles. Mais il y a aussi des gens qui suivent Konbini, parce qu’ils ont compris le type de reportage qu’il propose et qu’ils sont preneurs. C’est un peu un truc à plusieurs sens. Ça s’entralimente.

La recette, déjà, c’est de ne pas prendre les jeunes pour des cons

Ton média a réussi à trouver la recette magique pour intéresser les jeunes à l’information ?
H. C. : La recette, déjà, c’est de ne pas prendre les jeunes pour des cons. Il y a beaucoup de médias qui pensent qu’il n’y a que les trucs débiles qui intéressent les jeunes. C’est une erreur. Je pense qu’ils sont tout aussi intéressés par des trucs sérieux que les moins jeunes. En revanche, il faut trouver une manière plus novatrice de traiter l’information, plus dynamique, moins coincée du cul, si je peux me permettre l’expression.

Tu parles de la télé comme d’un média de vieux. Mais peut-on faire du mainstream ailleurs que sur le petit écran ?
H. C. : Ba oui. Moi, je cible particulièrement une tranche d’âge, mais il y a aussi des gens de 50, 60, 70 balais ou plus qui regardent. Mes sujets ne sont pas excluants. Il n’y a pas de goût particulier à avoir pour suivre Konbini.

Après un reportage sur la famine au Kasaï en République démocratique du Congo, tu as décidé de faire un appel aux dons au profit d’Action contre la faim pour créer des hôpitaux. Une limite majeure est franchie : le journaliste devient acteur. Est-ce le rôle d’un média de s’engager ?
H. C. : Je ne sais pas si c’est le rôle d’un média, mais c’est le rôle que je donne à Konbini et que je souhaite avoir : ne pas hésiter à s’engager quand on en a envie. Voilà. Moi, je ne me voyais pas revenir d’un reportage comme celui-là sans proposer une manière d’agir concrètement, de montrer quelque chose de terrible et de très violent sans proposer une petite lueur d’espoir.

C’est ce qui permet aux gens de ne pas seulement être choqués, mais aussi de faire bouger les choses à leur niveau. Sur des sujets bien ciblés, de manière exceptionnelle, je ne vois pas pourquoi un média ne pourrait pas se permettre ça. Il n’y a pas de barrière juridique qui dit : « Nous, non, en tant que média, on peut montrer, mais pas agir. »

Je n’ai pas la prétention d’être LE nouveau visage du journalisme

Est-ce ton objectif d’incarner une nouvelle forme de journalisme : plus connecté à ses publics, plus terrain, éventuellement plus engagé dans les sujets qu’il traite ?
H. C. : Je n’ai pas la prétention d’être LE nouveau visage du journalisme. Je pense que je fais partie d’un mouvement collectif. Je suis l’une des incarnations qui va dans cette direction. On invente des trucs, on essaie de proposer de nouveaux formats, mais on reste sur les bases du métier de journaliste : montrer, informer, faire ouvrir les yeux aux gens sur certains sujets. Tout le monde s’y met petit à petit. Il n’y a pas nous et le reste du monde. Nous sommes très en pointe sur la gestion des réseaux, mais les médias traditionnels essaient aussi, petit à petit, de se repositionner. Un journal comme Le Monde a un site très puissant, très bien fait et très efficace, une rédaction Snapchat... Ce serait très prétentieux et totalement faux de dire que l’on est les seuls à incarner le renouveau du journalisme.

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