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journaliste mexicain tué

Forbidden Stories : 18 médias continuent l'enquête d'une journaliste assassinée

Le 17 avr. 2017

Protéger, continuer et publier le travail de journalistes qui ont été menacés, emprisonnés ou tués, c’est là l’objectif de Forbidden Stories (Freedom Voice Network), chien de garde collaboratif au service de la liberté de la presse.

(Cet article a été initialement publié le 23 novembre 2017 et mis à jour le 17 avril par Mylène Bertaux)

« You will not stop the message. » C'est le message que Laurent Richard, journaliste d’investigation et co-fondateur de Cash Investigation au côté d'Elise Lucet, veut faire passer. Ce reporter chevronné a créé Forbidden Stories, via Freedom Voices Network, pour protéger les journalistes du monde entier qui enquêtent sur des dossiers brûlants (corruption, droit de l'hommes, environnement) et risquent leurs vies. Les reporters peuvent déposer en ligne leurs informations en ligne, comme dans un coffre fort. S'ils décèdent (se font assassiner pour être exacte),  l'enquête est reprise par d'autres journalistes. Un moyen d'envoyer un signal fort : même si un journaliste meurt, les informations demeurent.

C'est le cas de Daphne Caruana Galizia, une journaliste maltaise, tué dans l'explosion d'une voiture en octobre 2017. Elle travaillait depuis de nombreuses années sur des affaires de corruption. Eu cause, des politiques, et notamment des ministres, encore aujourd'hui en poste au sein du gouvernement de Kospeh Muscat. Quelques semaines après son décès, « The Daphné Project » était lancé, en secret. Pendant cinq mois, 45 journalistes de 15 pays, représentant 18 médias et organisations dont Le Monde, France 2 et Radio France.

Avant Forbidden Stories, Charlie
Laurent Richard travaille sur des enquêtes d'envergure depuis plus de 15 ans, notamment en Irak, en Ouzbékistan et au Kazakhstan dans des régions où les journalistes sont tout sauf les bienvenus. Mais c'est Charlie Hebdo en 2015 qui lui fait l’effet d’un électrochoc. « Il y a deux ans, le 7 janvier 2015, à 11h30, un événement a frappé ma France natale et a changé ma vie. Les journalistes de Charlie Hebdo - des collègues qui travaillaient au même étage que moi dans des bureaux à Paris - ont été assassinés par deux terroristes, membres d'Al-Qaïda au Yémen. Je voyais ces journalistes tous les jours et ai dû soudainement, avec d'autres collègues de Premières Lignes {média}, essayer d'aider ceux qui étaient encore en vie. Le massacre m'a rendu plus conscient que jamais de la fragilité d'une presse libre. », écrivait-il en amont de sa présentation du projet.
En 2016, la plateforme Freedom Voice Network était née. Le 31 octobre dernier à Washington, soutenu par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Forbidden Stories voyait le jour.
Cecilio Pineda : les liens troubles entre élus locaux et narcotrafiquants
« L'idée est que les journalistes qui ne peuvent terminer une enquête puissent nous confier leurs informations. Cela peut-être parce qu'ils se sentent menacés, qu'ils pensent pouvoir être tués ou emprisonnés s'ils poursuivent ce travail seuls. », explique Rémi Labed, journaliste et responsable sécurité numérique. « Ils peuvent donc nous communiquer de manière sécurisée des éléments de leur enquête (notes, documents, images, vidéos) qui permettront de la continuer s'il leur arrive quelque chose. », poursuit-il.

À chaque dépôt d’informations, les journalistes sont parallèlement invités à déposer des instructions précises quant à leur traitement. S’il leur arrive quelque chose ou qu’un journaliste souhaite travailler de manière collaborative pour se protéger, certains partenaires peuvent être invités à rejoindre l’enquête via l’ICIJ.

L’idée, c’est de rendre accessibles à tous les informations que certains ont voulu faire taire.

- Rémi Labed

Afin de protéger les messagers et leurs données, Forbidden Stories propose aux reporters 3 moyens sécurisés par lesquels transmettre leurs documents : Signal (une application de messagerie qui crypte les contenus envoyés), SecureDrop ou encore via e-mails chiffrés.
Le journaliste Javier Valdez a été assassiné. Voici l'histoire qui dérangeait les narcotrafiquants.
Pour des raisons de sécurité, les équipes de Forbidden Stories ne sont pas en mesure de nous révéler le nombre de messages et documents reçus sur la plateforme. Deux vidéos courtes traduites en 8 langues ont en revanche déjà été publiées sur les réseaux sociaux et portent sur le travail de journalistes mexicains ayant été assassinés plus tôt cette année ; la première traite de Cecilio Pineda qui travaillait notamment sur les connivences entre politiciens locaux et narcotrafiquants, la deuxième de Javier Valdez qui avait publié une interview compromettante de Damaso Lopez, un influent baron de la drogue mexicain. Une prochaine vidéo devrait paraître sur le cas de Miroslava Breach. Assassinée en mars 2017, la journaliste était connue pour ses reportages sur la violation des droits de l’homme et sur la corruption.
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