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Comment écrire pour Snapchat ? Les leçons du Monde

L'ADN
Le 15 mars 2017

Jean-Guillaume Santi est responsable Snapchat Discover pour Le Monde. Il nous livre ses conseils pour bien entreprendre son écriture sur le réseau social qui séduit les plus jeunes.

Quand on parle du média Le Monde, on touche à une institution. Mais le géant est bien loin d’être immobile puisqu’en septembre 2016, lorsque Snapchat lance Snapchat Discover en France, le média fait partie de l’aventure avec 7 autres : Tastemade, L’Equipe, Cosmopolitan, Konbini, Paris Match, Vice et Melty.

 

Cette arrivée, Le Monde la gère avec talent. Car l’exercice est loin d’être simple. Entre le poids et le sérieux que représente la marque média et la dynamique éphémère du réseau social il y a un écart qu’il faut combler avec intelligence. Jean-Guillaume Santi responsable Snapchat Discover pour Le Monde, le confirme : « entre le traitement d’une douzaine de vidéos verticales avec un vrai travail de graphisme et de motion design, les questions d’organisations que cela soulève et la nécessité d’industrialiser le processus, cela a nécessité un gros travail de plusieurs mois ».

 

Mais aujourd’hui, ce rythme qui permet de tenir le marathon de l’info sur Snapchat est bel et bien trouvé avec son lot de changements.

Changer l’écriture

Pour Jean-Guillaume Santi, Snapchat a changé la façon de traiter l’information à deux niveaux majeurs : « premièrement, Snapchat est un univers dans lequel il faut être incitatif sans pour autant rentrer dans les logiques de clickbait, surtout quand on s’appelle Le Monde. Des titres comme « 5 choses sur François Fillon, la 5ème va vous étonner », ce n’est tout simplement pas nous, cela  sonnerait faux. C’est un équilibre à doser en permanence. Deuxièmement, Snapchat oblige à porter une véritable attention au mobile. Le simple fait que les vidéos soient faites en vertical, en 9:16, change les repères. Cela nous oblige également à mettre l’accent sur les infographies, les longs scroll, les intertitres… Tout est pensé dans sa version mobile ».

Changer l’organisation

Snapchat oblige la rédaction à se réinventer autour de profils qui ne sont pas des journalistes mais qui écrivent l’information : motion designer, graphistes… tous se retrouvent concepteurs de l’information. Comme l’explique le responsable Snapchat Discover pour Le Monde, « il est passionnant de travailler avec des gens qui ne sont pas des journalistes. Mais cela implique de développer un langage commun. Parfois un effet est graphiquement très beau mais, d’un point de vue éditorial, va induire un sens qui n’est pas celui voulu ».

Changer le rythme

Jean-Guillaume Santi en est convaincu : « une bonne édition Snapchat Discover est une édition qui a du rythme ».  Alterner les formats (texte, vidéo, infographie…), alterner les temps courts et les temps longs,  et surtout apprendre à déconstruire : « Avec Snapchat, nous avons appris à déconstruire la vision de la hiérarchie de l’info qu’on avait acquis sur le web ou sur le print. On bouge l’ordre en permanence. La carte sport pourra aussi bien être en n°3 qu’en n°11 par exemple. On cherche également à toujours inventer de nouveaux formats. De nouvelles manières de raconter l’actualité. C’est une forme de brainstorming permanent sur le fond et sur la forme. Le lecteur doit avoir fait un tour de l’actu tout en ayant vu des choses différentes. Le tout en une vingtaine de minutes. »

Changer de point de vue

On a coutume de dire que les 15-24 ans (qui constituent le cœur d’audience de Snapchat) ont une capacité d’attention minime et qu’il faut donc leur fournir des contenus « snacks », rapides à consommer et qu’il faudrait se réjouir de 5 secondes de leur attention. Le témoignage de Jean-Guillaume Santi prouve le contraire « nous avons régulièrement des moyennes à plus de 2 minutes sur certains papiers », la curiosité et l’attention sont donc là sur des sujets politiques ou internationaux comme Mossoul ou Alep. Une tendance confirmée au sein même de la rédaction : « nous avons des anecdotes de journalistes qui, lorsqu’ils se retrouvent avec leurs enfants, sont surpris par leur connaissance sur certaines thématiques. Par exemple, le fils d’une journaliste âgé de 14 ans expliquait un jour à sa mère les disfonctionnements liés aux grands électeurs pendant la campagne présidentielle américaine. Les parents, surpris, découvrent qu’ils ont développé leur connaissance du sujet dans « le Snap du Monde ». C’est assez drôle ».

En somme, une mutation pour reconnecter l’information aux millenials qui seront potentiellement demain, les lecteurs du format papier que tout le monde cherche à enterrer.

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