Domingo sur le plateau de Popcorn

Domingo : « la rivalité entre la télévision et Twitch n'existe pas »

© YouTube, Domingo sur Popcorn

Streameur pionnier et présentateur de l’émission emblématique Popcorn, Domingo donne son avis sur la place – de plus en plus importante – que prend Twitch dans le paysage médiatique.

Présent depuis 2013 sur Twitch, Domingo a vu l’activité de streameur se professionnaliser. Lui-même présente l’émission Popcorn, une émission de plateau et un podcast vu par 300 000 personnes en moyenne, qui fait office de place publique pour les créateurs du web. Après avoir vu en 2022 la réalisation de deux grands évènements live - le GP Explorer organisé par Squeezie et le match de foot Eleven All Star d’Amine – la plateforme semble passer un cap et se rapproche de plus en plus de sa grande sœur, la télévision. A l'occasion de l'évènement Média en Seine on a donc demandé à ce vétéran d'analyser la situation.

Popcorn est l’une des émissions référentes sur Twitch. Comment expliquez-vous ce succès ?

Domingo : Je pense que le succès de Popcorn doit d’abord se rattacher au succès de Twitch qui a connu une grosse croissance depuis le Covid. Pour être plus précis, je dirais qu’avant Popcorn, il n’existait pas d'émission qui mette en lumière ce qui se passe dans notre milieu, les gros évènements, les sujets intéressants. Je pense aussi que ce qui plaît c’est que c’est un talk-show qui ressemble à ce que l’on voit à la télévision, mais qui est adapté aux codes de notre génération.

C’est quoi la spécificité de ces codes justement ?

Domingo : C’est avant tout une ambiance plus naturelle, bien moins encadrée qu’a la télévision. Pour donner un exemple, on a reçu Alexandre Astier dans la saison 2 pour qu’ils nous parlent du film Kamelot. La veille, il était passé sur Quotidien et avait parlé pendant 8 minutes en commentant des affiches de films. Chez nous, ça a duré 45 minutes pendant lesquelles on a pu vraiment lui parler et explorer sa personnalité. On a fait la même chose avec Clara Luciani, on lui a consacré une émission entière. Je pense que les autres émissions de ce genre comme le Floodcast par exemple, sont sur le même positionnement. On aime prendre notre temps pour découvrir qui sont vraiment les gens.

On évoque beaucoup la comparaison entre la télévision et Twitch, notamment après les gros événements comme le GP Explorer ou le Eleven All Star. Ces formats vont-ils se généraliser ?

Domingo : La réalité, c’est que le live, ça coûte très très cher. On parle de 4 millions d’euros pour le GP Explorer et plus d’un million pour le Eleven All Star. Il n’y a que quelques personnes qui peuvent le faire bien et prendre en compte les aspects techniques, mais aussi le côté commercial. Je pense qu’on va avoir de plus en plus d'évènements comme ça venant de la part des plus gros streameurs. Après on peut aussi se poser la question de la redondance. On espère que ça ne va pas soûler les gens. Pour cela, il faut changer les formules, améliorer ces essais et continuer à progresser. C’est comme ça que ça fonctionne sur Internet. On fait des essais et on améliore au fur et à mesure.

Beaucoup parlent de Twitch comme une rivale de la télévision

Domingo : On me pose souvent la question de cette soi-disant rivalité entre la télévision et Twitch. À mon sens elle n’existe pas. On parle d’un média qui a plus de 90 années d'existence et il est évident qu’on ne va pas révolutionner tout ça ou montrer qu’on est les meilleurs, même si les viewers aimeraient que ça soit le cas. Je pense que Twitch a une carte à jouer en mélangeant à la fois de l’intime avec des streams tranquilles filmés dans une chambre et de gros évènements qui rassemblent le plus de monde possible.

Twitch est un environnement compétitif et parfois toxique. Beaucoup de streameurs y travaillent énormément, mais très peu arrivent à vraiment gagner leur vie. Peut-on tout donner pour sa passion ?

Domingo : C’est propre à chacun, mais il faut bien se rendre compte que Twitch est un hobby au départ. On n’est pas directement employé par Amazon donc c’est chacun qui doit se mettre ses limites. Quand je me suis lancé sérieusement, ça n’était pas encore un métier à part entière, mais au moins j’avais terminé les études. Les gens qui se lancent en mode « je quitte mon travail pour percer sur Twitch », c’est clairement une erreur. Il faut garder à l'esprit que c’est une petite activité en plus de son travail, et qui rapporte très peu pour la grande majorité des gens. Il y a éventuellement la possibilité d’en faire un vrai métier si ça fonctionne bien, tout en sachant qu’il y a 4 ou 5000 personnes qui veulent prendre ta place sur la même tranche horaire. Il faut aussi prendre en compte le fait que certains streameurs connaissent le succès puis s’effondrent complètement parce qu'ils n’ont pas su se renouveler. On est l’équivalent d’une profession libérale « plus plus » où l’on ne vit que par son image et sa marque.

Les streameuses ont récemment poussé un coup de gueule contre le harcèlement sexiste et récurrent qu’elles subissent chaque jour. Pourquoi on ne trouve pas de bonnes solutions ?

Domingo : Le problème ne concerne pas que Twitch, il est sociétal. Les streameuses subissent de la violence au même titre qu’une femme qui rentre seule chez elle dans le métro à 1h du matin ne se sent pas en sécurité. Metoo remonte à 2018, c’est super récent donc forcement les choses n’ont pas changé aussi rapidement qu’on le voudrait. Mais si on regarde 4 ans en arrière, dès qu’une fille arrivait sur un stream, elle voyait son tchat spammer le mot « pute » à tout bout de champ. On part donc de là et ce n’est pas super glorieux. Internet a toujours gardé ce côté jungle et on n’a pas forcément de véritable cadre juridique et répressif pour calmer les gens qui dérapent. Tant que les streameuses ne pourront pas saisir la justice facilement et tant que les forces de l’ordre n’auront pas fait quelques arrestations à titre d’exemple, ça ne bougera pas. Pourtant il suffirait de peu. Il y a quelques années, la mode était au swatting : les trolls t’envoyaient le GIGN chez toi pour interrompre le stream. À partir du moment où les policiers ont mis un an ferme à un harceleur qui utilisait cette technique, ça a calmé pas mal de monde et la mode a disparu. En attendant, il faut continuer à donner la parole aux femmes sur les streams, mais aussi éduquer les mecs de sa communauté pour éviter ce genre de débordements.

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