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Mark Ruffalo dans le film Dark Waters, accroupi et de dos en train de travailler sur le dossier DuPont
© Dark Waters

Dark Waters : le film qui fait la lumière sur un scandale sanitaire d’ampleur mondiale

Le 4 mars 2020

À l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, on pourrait penser qu’il est facile de faire éclater les scandales sanitaires au grand jour. Surtout s’ils concernent 99% de la population mondiale. L’histoire – vraie – racontée par Dark Waters montre que la réalité est toute autre.

Personne ne sait ce que c’est, et pourtant, nous sommes 99% à en avoir ingéré d’une manière ou d’une autre. Les PFAS sont des substances chimiques de synthèse créées spécialement pour ne jamais pouvoir se dégrader. Au quotidien, elles nous facilitent bien la vie – elles sont présentes dans certaines poêles antiadhésives, moquettes, shampoings, peintures, emballages… et sont hautement nocives pour la santé.

Super !

C’est l’histoire d’une contamination mondiale passée complètement sous le radar

Dans le film Dark Waters, sorti le 26 février 2020 dans les salles obscures, le réalisateur Todd Haynes raconte l’histoire folle de Robert Bilott, un avocat américain qui se bat depuis plus de 20 ans contre DuPont, une énorme entreprise de l’industrie chimique. L’histoire s’appuie sur des faits réels, relatés en 2016 dans le New York Times. L’article, titré « l’avocat qui est devenu le pire cauchemar de DuPont », rassemble tous les ingrédients d'un bon polar. Un fermier qui suspecte un géant industriel d’être responsable de la mort de son bétail, un avocat d’affaires qui choisit de s’intéresser à sa cause, et une bataille judiciaire sans précédent qui met à mal le business bien huilé de l'immense DuPont après des révélations sordides : cette société empoisonne sciemment – tests à l’appui sur ses ouvriers et des femmes enceintes – une bonne partie de la population.

Les chiffres et faits énoncés dans le film sont glaçants : 99% des êtres humains sont concernés, la substance chimique incriminée est directement liée à six maladies mortelles, et l’entreprise a fait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas indemniser les victimes les plus directement touchées.

Pourquoi on n’en a pas plus entendu parler ?

Plutôt scandaleux, donc. Mais aussi relativement compliqué. On parle d’industrie chimique, des États-Unis, de cancers multiples et variés, de manipulation d’opinion, de corruption d’organismes gouvernementaux, d’un litige judiciaire sans fin… c’est moins facile à comprendre que certains bad buzz du quotidien.

Pourtant l’ampleur de l’affaire et la longueur du procès montrent à quel point le sujet est problématique. Avec son film, Todd Haynes nous mâche les étapes, remet du sens dans le débat, et place le curseur au bon endroit : celui de la responsabilité des entreprises. Jusqu’à la dernière minute, on se demande comment il est possible de laisser de telles pratiques se déployer à grande échelle, aujourd’hui.

On a un goût amer en bouche, et ce n’est pas que celui du téflon de nos poêles antiadhésives. C’est celui du pouvoir en place, qui ne demande pas d’autres comptes aux entreprises que celui des milliards qu’elles injectent dans l’économie chaque année. Celui des dirigeants qui ne changent pas leurs modèles, cachent la vérité, et empoisonnent des millions de gens. Mais aussi celui des victimes les plus sévèrement touchées, à qui l’on a ôté la santé pour des innovations produits discutables et discutées.

Résumer un tel scandale sanitaire relève du défi pour un film qui dure à peine plus de 2 heures. Mais ce défi est relevé. Et on espère qu’il ne s’agit-là que de la première brique d’un édifice qui devra remettre les sociétés face à leurs responsabilités.

Mélanie Roosen - Le 4 mars 2020
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