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Un épouvantail dans un champ de blé

Quand Monsanto fait dans les Dark RP, on touche le fond ! Révélations.

Le 25 oct. 2018

Il paraît que l’heure est à la transparence. Alors quand Greenpeace dévoile que Monsanto a constitué un faux collectif d’agriculteurs pro-glyphosate, forcément, ça pose question.

Imaginez : vous êtes en train de vous balader sur un salon, quand une hôtesse vous aborde. L’objet de sa sollicitation ? Le glyphosate et ses vertus. Sa mission ? Vous faire signer une pétition ou une demande d’information.

Rien de très étrange en apparence… Si ce n’est que les personnes ayant signé se retrouvent malgré elles porte-parole de Monsanto.

On vous explique.

Le manège s’est répété dans plusieurs pays. Dans certains – comme l’Allemagne -, l’entreprise qui employait ces hôtesses était clairement identifiée. Il s’agit de Red Flag, un cabinet dont la mission affichée est de défendre les intérêts business d’entreprises internationales à l’aide, notamment, de campagnes de communication. Du moins, c’est ce que dit le site officiel. Parce qu’en creusant un peu, on se rend compte que l’entreprise est enregistrée au Registre de transparence de l’Union Européenne, qui recense tous les cabinets de lobbying autorisés à intervenir au Parlement ainsi que leurs clients. Et on vous le donne en mille : parmi ses clients, on retrouve Monsanto.

C’est le point de départ de révélations de Greenpeace au Royaume-Uni. L’ONG a débusqué une sombre affaire de communication où manipulation et usurpation sont de mise.

 

Agriculture, liberté, opacité

Une source proche du dossier nous confie que Red Flag a agi pour le compte de Monsanto - sans nommer son client auprès du public - dans plus de 30 événements.

Une enquête RTL révèle ainsi qu’au Salon de l’Agriculture 2018, un stand vert estampillé Agriculture et liberté militait pour l’utilisation du glyphosate. « Nulle part sur le stand, il était écrit "Monsanto" », rapporte la journaliste Virginie Garin. Ni « Red Flag », pour ce que ça vaut.

C’est déjà discutable… Mais c’est loin d’être le pire.

Le site dédié d’Agriculture et liberté contient beaucoup d’informations intéressantes. À la gloire du glyphosate – pour la plupart – mais aussi sur les personnes qui en sont à l’origine. Elles se présentent comme « un groupe d’agriculteurs français », « soutenus par une coalition d’utilisateurs et fabricants de produits agricoles ».

Monsanto n’est toujours pas nommé.

Pour quelqu’un qui n’est pas informé, le dossier s’arrête là : oui, il y a des gens qui sont pour le glyphosate, et à vrai dire ce n’est pas vraiment là le débat. Les plus curieux en revanche, iront volontiers sur la page « contact » du site mentionné et découvriront qu’il est édité… par Red Flag Consulting.

La coïncidence ne manque pas de faire réagir les médias, qui dénoncent immédiatement l’affaire, parlant d’un « collectif fantôme » ou « monté de toutes pièces ».

Quand on attaque l’empire…

… l'empire contre-attaque, et Agriculture et Liberté alias Red Flag entend bien se défendre. Vendredi 19 octobre 2018, le « collectif » a créé une page intitulée « Nous ne sommes pas des fantômes ».

L’objectif : prouver qu’il existe bel et bien des agriculteurs et agricultrices derrière le collectif en publiant une liste de noms. « De 27 entrées vendredi matin, cette liste est passée à 43 plus tard dans la journée, puis 80 samedi… C’est très bizarre », constate notre source. Au moment de la rédaction de cet article, la liste comporte 105 noms. 

Il s'agit bien souvent de personnes qui ne sont pas au courant. Elles ont seulement signé une pétition au salon de l’agriculture... et se retrouvent affichées sur internet par un groupe financé par Monsanto. La mécanique est plus que discutable.

 

Pas une pratique isolée

Si vous pensiez qu’on touchait le fond en matière de com’ cradingue, sachez que l’on a ici affaire à des habitués.

En 2015, EcoWatch dévoilait que la CSAF (Coalition for Safe Affordable Food) militait auprès du gouvernement américain contre une mesure de transparence visant à indiquer la présence d’OGM sur certains produits.

Pour arriver à leurs fins, les membres de la coalition appelaient directement les Américains afin de réaliser un sondage sur ladite loi. Lorsque les gens interrogés se disaient favorables, la personne au bout du fil proposait de rédiger une lettre de soutien adressée aux membres du congrès concernés, qu’il suffirait de signer pour montrer son engagement.

Plutôt sympa… sauf quand on sait que les lettres en question s’opposaient en réalité fermement à la loi évoquée.

Et quand on regarde la liste des entreprises membres de cette coalition, devinez sur qui on tombe…

 

Bienvenue dans le Far West des RP. Mais le risque quand on veut jouer au cow-boy, c'est de finir par se faire dézinguer... par les consommateurs, les médias ou les ONG. Et parfois les trois en même temps. 


Crédit photo : Getty Images

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