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Un jeune enfant aux cheveux longs en train de manger un cookie trempé dans un verre de lait
© AaronAmat via Getty Images

Comment le lobby du lait embrigade les enfants à l'école

Le 8 juill. 2019

Dimanche 7 juillet 2019, le journaliste Hugo Clément a poussé un coup de gueule sur les réseaux. L’objet de son ire : l’intervention du lobby du lait auprès d’une classe de primaire, incitant les enfants à ne pas manger de fruits au petit-déjeuner.

« Tu sais, ce n’est pas bon de manger des fruits le matin. Il vaut mieux boire du lait. » Quand, à la sortie de l’école, sa belle-fille de 8 ans lui partage cette affirmation, le journaliste Hugo Clément s’étonne. En creusant un peu, il se rend compte qu’une « dame » est venue expliquer aux enfants ce qu’il est bon de manger ou non. Sur le principe, cela pourrait être une bonne idée. Dans la pratique, c’est plus crado.

Exercices lacto-ludiques

Dire aux enfants que les produits laitiers sont leurs amis pour la vie, ça sent un peu le discours daté. Leur répéter qu’il faut en consommer au moins quatre fois par jour, ça peut faire tiquer. Et il y a de quoi.

En décortiquant les plaquettes distribuées par la « dame » – un livre de recettes et un livre d’exercices pédagogiques, Hugo Clément partage ses trouvailles. Toutes les recettes présentées contiennent au moins un produit laitier. Ils sont d’ailleurs représentés sous forme de petits personnages ludiques et sympathiques. Côté exercices, il partage celui qui consiste à « barrer les goûters intrus ». Tous ceux qui contiennent des produits laitiers (barquette de lait, emmental, yaourt, beurre…) sont présentés comme bons pour la santé. En revanche, les crêpes (qui ne contiennent pas forcément de lait) et la pauvre petite pomme isolée sont désignés comme goûters non grata.

Au dos de ces plaquettes, un logo : celui du CNIEL (le Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière).

Une lobbyiste déguisée en nutritionniste

Comment expliquer qu’une personne payée par un lobby puisse faire tout un exposé à une classe de primaires ? Avant toute chose, qu’on se « rassure » : le corps enseignant n’a pas décidé de servir de cheval de Troie aux grands industriels de l’agro-alimentaire. Ni la directrice, ni l’institutrice ne connaissaient les travaux du CNIEL.

L’organisation, en revanche, sait très bien quels sont les ressorts à activer pour approcher les bambins. Il aura suffi d’une jolie lettre proposant un atelier d’éducation à l’alimentation gratuit, animé par une diététicienne-nutritionniste, pour séduire les équipes pédagogiques.

Les dark RP à l’école

La technique n’a rien de neuf. Faire passer les discours d’industriels sous couvert de légitimité scientifique, on peut dire qu’on a l’habitude. Monsanto le fait au Salon de l’Agriculture, Boeing dans les journaux américains… Et visiblement, le CNIEL auprès des gamins.

On s’en doute bien : l'exemple cité n'est sûrement pas un cas isolé. Les enfants sont une cible marketing de choix et des prescripteurs de tendances comme les autres… et il n’y a pas qu’à la télé qu’ils se font capter.

Commentaires
  • Moi, c'est la tenancière de la fromagerie (je n’ose parler de
    fromagère) de mon village qui est venue prêcher la bonne parole dans
    l'école de mes enfants. Prônant la consommation de fromages artisanaux
    vs les mauvais fromages industriels (sans aucune preuve à l’appui,
    bien sûr). Difficile de voir en elle l’instrument d’un dangereux
    lobby. Je crois surtout qu’il est beaucoup plus vendeur, facile et
    dans l’air du temps de céder à « l’industrie alimentaire bashing » (en
    témoigne le titre du billet qui fleure bon le racolage et la quête de
    sensationnalisme), quitte à utiliser des arguments d’aussi mauvaise
    foi que ceux de la pseudo-nutritionniste du CNIEL (« c’est pas du tout
    nécessaire d’en consommer [des produits laitiers] 3 fois par jour ».
    C’est faux, cher Hugo, le PNNS, Programme national nutrition santé en
    recommande 3 à 4/jour pour les enfants) plutôt que d’aborder les questions de fond autour de la
    naïveté d’une partie du corps enseignant, voire de la confrontation de
    leur point de vue avec la diversité des nôtres, à nous parents. Mais
    ce genre de questionnements et la vérification des informations
    nutritionnelles demande sans doute d’autres qualités et un peu plus
    d’efforts aux tenanciers de blogs (je n’ose parler de journalistes).
    Ne pas s’étonner de la défiance d’une partie de la population
    vis-à-vis des journalistes quand on entend ou lit ce genre de recette
    "journalistique" dans lesquelles, comme pour celles du CNIEL, on
    retrouve systématiquement les mêmes ingrédients à savoir du
    parti-pris, de la superficialité et une sauce au buzz à la place des
    produits laitiers. Et de ces produits-là, on nous en fait consommer bien plus de 3
    par jour...

    • En dehors du buzz (qui n’en est pas vraiment un puisse que ça n’a pas plus alerté l’opinion publique que ça) vous ne trouvez pas choquant que quelqu’un ne se présente pas clairement pour venir faire une présentation dans une école publique ?

      Vous ne trouvez pas ça deplacé ? N’est ce pas illégal déjà ? De faire du lobbying aux enfants ? Malgré tout ce que vous avez pu dire, et je suis d’accord avec la majorité des choses pour d’autres sujets, je trouve que c’est très grave.

      Ce n’est que pour le lait là, mais imaginez si tout le monde faisais ça ? Les marques de chaussures qui viendraient expliquer qu’il faut porter des chaussures de marques pour le bien être des pieds .. le lobby des biscuits qui viendrait expliquer que c’est ce qu’il faut manger au goûter parce que c’est plein de blé et que le blé c’est bon etc.. ce n’est pas du tt le lieu.

      La dame en question à quand même donné un exercice aux enfants leur faisant barrer une POMME ! Genre une pomme c’est pas bon pour la santé .. pour vous il n’y a rien de grave ?

      Pour moi ... y a quelque chose qui cloche ..

    • Ce n'est pas le propos de savoir si le lait est bon ou pas dans ce message, mais plutôt le fait que des personnes viennent vendre leurs produits aux enfants en leur bourrant le crâne d'informations marketing. Et votre fromagère n'est peut-être pas un lobby à proprement parlé, mais elle vient quand même faire la promotion de ses produits en salle de classe et c'est bon pour son business... et pas forcément bon pour nos enfants et leur libre arbitre...

  • Tout à fait d'accord. Je déplore juste le fait que HC tape sur la personne du CNIEL qui fait bien son boulot (même si son boulot peut être discuté, je n'ai pas assisté à sa présentation donc ne peut me prononcer sur son objectivité) plutôt que sur l'enseignante qui, de toute évidence l'a mal fait... Il y a juste à regarder le titre de l'article et comparer le temps de la video consacré au CNIEL et à l'enseignante. Et taper sur l'industrie en colportant de fausses infos est plus tendance que taper sur l'éducation nationale, et plus facile que bien faire son boulot de journaliste.
    https://www.lopinion.fr/edition/politique/science-ne-saurait-avoir-parti-pris-l-appel-250-scientifiques-aux-192812

  • Vraiment très étonnée que des intervenants de la sorte rentrent dans une école. J'aimerais bien savoir quelle école afin de vérifier l'information et de connaître les raisons de l'intervention.

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