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des amis s'amusent lors d'un match de football
© South_agency via Getty Images

Peut-on entreprendre entre potes sans se fâcher ?

Le 8 janv. 2019

Steve Jobs et Steve Wozniak. Mark Zuckerberg et Eduardo Saverin. Liam et Noel Gallagher… Les exemples ne manquent pas : faire du business avec ses proches, c’est prendre le risque de se brouiller à vie. Et s’il existait des solutions ?

Le business, jamais entre amis ? Les plus belles success stories sont souvent le terrain de déchirements médiatiques, de jalousies assumées et de coups bas.

Vous avez l’idée du siècle et, malgré tout, l'envie de vous lancer avec votre meilleur ami ? Respirez. Les petits frenchies de chez Picture expliquent le b.a.-ba d’une collaboration réussie.

Parler fric avant d’en gagner

Picture Organic Clothing, c’est une marque de vêtements née d’une passion commune : les sports de glisse. Il y a 10 ans, les trois fondateurs – alors âgés d’une vingtaine d’années – décident de tout quitter. Leurs jobs, leurs études, et le parcours tout tracé qui leur était destiné. Ils lancent ensemble leur marque et, depuis, ça roule toujours entre eux. « Rester ami quand tu bosses dans une entreprise qui fait de l’argent, c’est notre petite fierté, explique Julien Durant. L’argent, c’est souvent destructeur. »

Celui qui a fondé son entreprise avec ses amis d’enfance, Jérémy Rochette et Vincent André, explique que, dès le départ, « l’objectif n’était pas de devenir riche. » Paradoxalement, les trois compères ont posé les bases de cette hypothèse très tôt dans leur développement. « Avant même que l’on ne génère de l’argent, l’aspect financier a été très clair : nous aurions toujours les mêmes salaires, les mêmes primes, les mêmes voitures de fonction. » Des discussions très prématurées à l’époque, mais qui ont permis de poser les bases d’une relation de travail « saine ».

Ça peut paraître simple, dit comme ça… Mais la clé de toute entreprise, c’est de vendre. Et même si l’ordre logique voudrait que l’on vende les produits que l’on a déjà en stock, les garçons ont choisi de faire l’inverse. « On a d’abord cherché des acheteurs avant de créer. » Point d'ego, mais du réalisme : c'est moins risqué de produire quand on sait que ça se vendra.

Amitié, égalité, pas de disparité

L’autre point important, c’est de déterminer tôt le rôle de chacun. « Jérémy était architecte : il a naturellement pris en charge la partie créative. Vincent, lui, était informaticien : il s’est occupé de tout le développement informatique. Par défaut, j’ai récupéré la partie administration et gestion », explique celui qui a travaillé au marketing chez Coca-Cola. Le trio s’est développé selon les points de compétences propres à chacun – « ça permet de mener des projets en groupe sans concurrence ».

Ne pas se lancer tout de suite après l’école

Il a beau avoir été « fatigué par la grosse consommation de masse et la vie d’une entreprise extrêmement politique », Julien Durant explique que le fait d’avoir eu une expérience professionnelle avant de se lancer a permis d’acquérir « quelque chose que tu n’apprends pas à l’école ». Développer une vision, comprendre une stratégie de marque, de groupe… « Ça a été bénéfique pour nous. Ça nous a permis de sauter des étapes. »

Et soudain, la crise

L’histoire est belle, mais on ne peut pas gérer une entreprise qui enregistre 20 à 30% de croissance annuelle sans une petite crise. Ce qui devait arriver arriva : il a fallu recruter, apprendre à déléguer, changer de métier. « Pour tous les trois, ça a été la phase la plus difficile de l’entreprise, se rappelle Julien Durant. D’un coup, d’autres gens ont mis la main à la pâte, ont fait les choses différemment. » Ça a aussi été le moment où se sont confrontées plusieurs visions du management. « Finalement, ce sont les nouvelles recrues qui ont créé des débats. On a alors fait un audit RH et organisationnel pour se structurer, et nous aider à adopter une direction managériale commune. Paradoxalement, nous avions besoin d’un regard extérieur pour nous orienter sur quelque chose de commun. »

Remise en question et apaisement social

L’épisode a été douloureux mais est désormais derrière eux. Il était, selon Julien Durant, impossible à anticiper. « Tout a été très vite. On a été à l’équilibre dès la troisième année. Au bout de la cinquième, nous étions rentables. La septième a amorcé la phase de recrutement, et la neuvième portait la crise humaine qui nous a amenés à tout restructurer et remettre à plat. Ça nous a complètement changés, apaisés. »

« À la vie, à la mort »

À leur premier million, Julien, Jérémy et Vincent se sont faits un tatouage. « Ça partait d’un pari débile. On pensait qu’on serait riches, à un million. Sauf qu'en fait, on perdait de l’argent. » Des années après, les choses sont bien plus concrètes. Ils ont monté une holding et pris une décision lourde de sens : « on est ensemble, à la vie à la mort. S’il y en a un qui veut partir, on part à trois. C'est pour ça qu'on a monté la holding : ça rend les départs plus compliqués. On est très clairs là-dessus : le projet n’aurait plus la même saveur, même si notre relation a évolué. En 10 ans, c’est normal… C’est valable pour tous les groupes de potes, pas uniquement ceux qui montent un business ensemble. »

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