Portrait de Magali Payen, productrice, fondatrice de On Est Prêt ! et experte en mobilisation citoyenne

Portrait de Magali Payen
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L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain. Il est né d’une volonté de faire naître d’authentiques conversations, de créer des relations durables et de nous donner les moyens d'agir ensemble. Ses membres veulent penser, encourager et écrire collectivement le grand récit de la transition écologique. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Le plus sûr afin d'accélérer la transition écologique est de la rendre désirable. Pour atteindre ce but, Magali Payen souhaite mobiliser les imaginaires pour transformer notre rapport à la nature et reconnecter l'être humain au vivant. À l'heure du réchauffement climatique, un autre avenir est encore possible.

 

C'est sa conviction qui la fait avancer. Après des études de commerce et une carrière dans l'audiovisuel qui l'amènera à travailler pour Canal+ et à créer sa propre structure de production, Magali Payen est devenue une activiste acharnée de la protection de l'environnement. Avec la première campagne On est prêt ! , elle fait appel à une centaine de personnalités, dont les youtubeurs Norman et Enjoy Phoenix, le handballeur Nikola Karabatic et les actrices Marion Cotillard et Juliette Binoche, pour accélérer la sensibilisation sur les enjeux environnementaux et sociaux grâce à des vidéos virales et des actions digitales massives. Magali Payen s'est fixé pour mission d'éveiller les consciences et de faire bouger les lignes, et elle est bien décidée à y parvenir.

 

Comment est né On est prêt ?

Magali Payen : J'ai fondé ce mouvement en 2018. C'était quelque chose qui germait en moi depuis plusieurs années. Notre première campagne a réuni plus de cent trente personnalités qui, chaque jour, devaient relever un défi pour le climat. Ensuite, nous avons œuvré à une convergence avec le mouvement des gilets jaunes, ce qui a permis à Mathilde Imer (alors chez On est prêt) et Cyril Dion de négocier avec le gouvernement la Convention citoyenne pour le climat, dont Cyril Dion était le garant.

Une autre campagne notable a eu lieu lors des festivals de Cannes 2019 et 2021 où nous avons interpellé les professionnels du cinéma sur les questions environnementales. Suite à cela parmi d’autres éléments peut être  le Festival de Cannes a mis en place une « Sélection éphémère pour le climat »  et pris des mesures écologiques beaucoup plus fortes à destination des festivaliers.

Aujourd'hui, notre objectif est de permettre aux artistes, aux experts, aux scientifiques et aux lanceurs d'alerte de sensibiliser le grand public via des vidéos sur l'environnement et de donner envie aux spectateurs de s'engager. Ensuite, notre rôle est de leur fournir les moyens d'agir sur le terrain, notamment en les orientant vers des ONG ou des entrepreneurs sociaux. C'est un écosystème qui s'adresse principalement aux moins de 35 ans, et qui les invite à agir pour le vivant et la justice sociale grâce à la création et à la diffusion de nouveaux récits.

 

Aujourd'hui, il semble nécessaire de fabriquer un nouvel imaginaire ?

M. P. : En effet. Le constat que nous faisons, c'est que nous arrivons à la fin d'un paradigme. Le monde actuel ne fonctionne plus parce qu'il ne prend pas en compte les limites planétaires. Il faut inventer de nouvelles règles du vivre-ensemble qui respectent ces limites. Je me réfère souvent à la théorie du Donut, établie par l'économiste Kate Raworth, car elle prend en compte le plancher social, c'est-à-dire les conditions minimales pour vivre dignement, et les limites planétaires. Nous devons inventer de nouveaux modèles. Et pour cela, nous devons réactiver nos imaginaires.

 

Le but est-il de rendre l'écologie désirable ?

M. P. : C'est tout à fait cela. En ce moment, nous travaillons sur plusieurs rapports de prospective, notamment ceux du Shift Project, du GIEC et des 4 scénarios de l'Ademe. Nous essayons d'identifier les points communs entre ces différents rapports afin de fournir un cadre de réflexion qui deviendra ensuite un cadre de créativité pour imaginer un monde durable. Il faudra que ce nouveau monde soit désirable. Je perçois que c'est quelque chose qui est en train d'émerger. On l'a vu avec le Covid. Ce qui rendait les gens heureux, ce n'était pas la consommation, mais la connexion aux autres et à la nature. C'est cette vision que nous mettons en avant.

 

Pour autant, ce qui reste désirable aujourd'hui, et c'est ce que la publicité nous montre, ce sont plutôt les SUV et la 5G... Il y a toujours et encore une pression très forte du marché pour que les consommateurs continuent d'acheter des produits qui sont nocifs pour l'environnement ?

M. P. : C'est pour cette raison que nous sommes en train de rentrer dans une bataille des imaginaires. Il faut arriver à créer de l'adhésion autour des nouveaux récits écologiques. Ce qui nous manque, ce sont des exemples incarnés. Ils existent déjà. C'est ce que Cyril Dion a montré dans les documentaires Demain et Animal. Nous voulons décliner ces nouveaux récits de plein de manières différentes. C'est pour cette raison que nous travaillons avec un grand nombre d'artistes car chacun d'eux a sa propre sensibilité et la capacité de toucher des communautés différentes.

 

Comment passer la seconde ?

M. P. : Il faut changer de paradigme, et donc modifier notre manière de percevoir le monde. Il faut que nous révisions nos croyances en profondeur. Pour y parvenir, nous essayons d'accélérer la transversalité entre les artistes, les faiseurs et les experts. Nous souhaitons faire connaître nos études prospectives à un maximum de leaders pour qu'ils s'emparent de ces enjeux. Nous nous adressons à eux pour qu'ils comprennent ce qui est en train de se jouer au niveau climatique. Nous voulons favoriser leur prise de conscience et leur donner des outils pour qu'ils puissent proposer autre chose. C'est un travail de fond que nous sommes en train d'effectuer avec des scénaristes, des réalisateurs, des chanteurs, des labels...

Il y a également un enjeu d'empowerment des citoyens. Il faut que chacun d'entre nous prenne conscience du pouvoir qu'il a de changer les choses en faisant d'autres choix. Il y a énormément de jeunes qui s’engagent au niveau territorial, mettent en place un nouvel art de vivre plus sobre, refusent désormais d'aller travailler dans des entreprises qui ne partagent pas leurs valeurs,, etc.

 

Votre grand projet pour 2022 ?

M. P. : Nous sortons d'une grande campagne qui a eu lieu en septembre, et nous en finalisons le bilan. Pour 2022, nous réfléchissons à la manière d'encourager les jeunes à aller voter. Ce sera une année marquée par l'élection présidentielle et il faut rappeler que 50 % d'entre eux ne se rendent pas aux urnes. Par ailleurs, nous avons envie d'aborder les sujets de l'éco-anxiété et de la fast fashion, et d'approfondir celui de la reconnexion au vivant via des expériences concrètes.

 

À consulter :  

https://www.onestpret.com/

 

Pour en savoir plus sur L’ADN Le Shift et rejoindre le collectif, rendez-vous sur notre site.

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