Gregory Isabelli, Fondateur de Baztille

    Gregory Isabelli

    Gregory Isabelli est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    G.I. : J'aime relier les gens avec ce que j'ai sous la main : des jeux, de la technologie, des idées.

    Plus jeune, j'ai erré pendant des années de startups en grosses boîtes sans vraiment être convaincu par ce à quoi je contribuais, tout en travaillant en parallèle sur un site de jeux de société en ligne. Les joueurs ont adoré, et j'ai adoré permettre à des personnes du monde entier de partager des moments ludiques ensemble, à travers les continents et les cultures. C'est devenu Board Game Arena, 11 millions de membres et la référence du secteur.

    Depuis la revente de cette entreprise, j'ai toujours des projets dans le monde ludique, dont la convention Ludiverse Paris qui a fait le plein en avril dernier dès sa première édition (16 000 visiteurs). Mais avant et surtout, je me considère comme activiste pour la défense de notre démocratie, et militant pour l'importation en France du modèle suisse de démocratie semi-directe.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    G.I. : Cette question qui m'empêche de dormir : pourquoi, en 5000 ans de civilisation, n'avons-nous toujours pas trouvé de moyen efficace de prendre collectivement de bonnes décisions ?

    Nous sommes passés du silex au smartphone, nous avons inventé des outils pour tout et n'importe quoi — perche à selfie comprise — mais pour quelque chose d'aussi essentiel que de mettre d'accord une vingtaine d'individus, nous n'avons pas tant progressé que ça depuis le stade tribal.

    Pour ma part, je suis persuadé que la réponse à cette question est la clef qui permet de mieux vivre ensemble, à tous les niveaux. C'est largement assez pour me tirer du lit le matin.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    G.I. : Un drame que je ne souhaite à personne : le décès très jeune de mon meilleur ami. À 25 ans, comprendre que la vie peut être très courte est un coup de fouet absolu. Depuis, je n'attends plus la « bonne » occasion pour me lancer : il n'y en a pas. On a juste le temps qu'on a, et c'est maintenant.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    G.I. : Je fais partie de ceux qui pensent que la science-fiction et l'anticipation portent la mission essentielle de penser et d'influencer le futur de l'humanité. S'il faut faire une sélection, je pense simultanément à La Zone du dehors d'Alain Damasio et à 1984 d'Orwell. Deux romans, un demi-siècle d'écart, deux manières d'écrire et de penser le totalitarisme.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    G.I. : Sans doute la polarisation croissante au sein de notre société. Ces « bulles informationnelles et culturelles », créées et amplifiées par les réseaux sociaux et une certaine presse d'opinion, sont une menace directe pour le vivre-ensemble et la démocratie.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?

    G.I. : J'ai l'honneur de travailler en ce moment avec l'équipe qui organisera cet automne la Convention Citoyenne pour la Démocratie. À l'instar des autres conventions citoyennes (comme celle sur le climat), elle rassemblera des citoyens tirés au sort qui seront invités à trouver des propositions concrètes pour faire évoluer nos pratiques démocratiques et répondre à cette question : « Quelle démocratie voulons-nous pour demain ? ».

    J'ai aussi contribué à mettre sur pied "Le Noël Citoyen", une initiative qui vous permet de commander un "Noël Citoyen" au lieu d'un énième cadeau inutile à Noël. Il s'agit d'une carte cadeau dont vous pouvez répartir le montant entre des associations qui font du bien à la démocratie. Ces associations sont aujourd'hui incroyablement sous-financés alors même que l'état de la démocratie est l'une des principales préoccupation des français : ça me parait assez indispensable de remédier à cela.

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    G.I. : Tous mes projets sont à la frontière entre plusieurs mondes, comme le digital et le jeu de société par exemple.

    J'ai la chance d'intervenir régulièrement auprès d'étudiants et je leur répète systématiquement la même chose : j'étais novice dans le monde du jeu de société et loin d'être le meilleur informaticien, mais quand j'ai mis le pied dans ces deux mondes, je suis devenu un informaticien de référence pour les joueurs et un joueur de référence pour les informaticiens.

    C'est à ces frontières que la curiosité se transforme en créativité.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    G.I. : Je fais partie de ceux dont le métier a déjà été transformé à 100 % par l'IA. De fait, je suis absolument persuadé qu'en ce qui concerne le monde du travail, les transformations en cours sont un bouleversement historique, et bien malin sera celui ou celle qui saura prédire où cela nous mènera.

    Dans ce contexte, j'avoue que je suis incapable de répondre à la question posée : il est plus que probable que, dans cinq ans, dans dix ans, notre manière de penser le travail aura complètement changé.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    G.I. : J'ai été attiré par la collision entre les mondes, cette source de richesse, d'innovation et d'émulation intellectuelle. J'espère y apporter une voix particulière, à la croisée de toutes mes actions : l'activisme politique, le jeu, le digital.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    G.I. : Mon ambition, mon rêve et mon utopie : faire comprendre à tous qu'il n'y aura pas de changement durable et pacifique de notre monde sans une méthode qui permette à une large partie des citoyens de participer aux décisions publiques.

    Dit autrement : faire comprendre à ceux qui se battent pour un monde plus juste, plus égalitaire, plus écologique, que le combat pour améliorer la démocratie est la mère de toutes les batailles.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    G.I. : Sans hésiter : « Vers l'infini et au-delà ! » - Buzz l'Éclair. Parce que sans un peu de légèreté notre monde serait irrespirable.

     

     

    Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.

    Vous souhaitez rejoindre le collectif L’ADN Le Shift ?
    Découvrez le programme de l’année et écrivez-nous ici pour nous faire parvenir votre candidature !

    commentaires

    Participer à la conversation

    Laisser un commentaire