Olivier Desbiey, Directeur de la prospective chez Axa

Olivier Desbiey est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
O.D. : Le fil rouge qui résumerait le mieux mon parcours est celui d'avoir toujours œuvré dans des secteur en pleine mutation. Au début des années 2000, quand La Poste s'interrogeait sur son avenir numérique; à la CNIL, dans un contexte de pleine refonte réglementaire #RGPD face à l'économie des données; ou aujourd'hui dans l'assurance, confrontée à des risques majeurs qui questionnent leur assurabilité.
En réalité, est-ce que j'ai choisi ces mutations ou est-ce simplement une forme de rationalisation ex-post ? Je ne sais pas...mais c'est en tout cas ce que j'en retiendrais.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
O.D. : Ce qui me fait me lever, c'est comment renforcer nos muscles d'anticipation. Comment les stimuler pour que nous soyons collectivement plus à même de nous adapter aux surprises.
En ce moment, je m'appuie sur notre dernier rapport de prospective "The Atlas of New Futures" qui imagine des archétypes de territoire de demain avec des trajectoires concrètes d'adaptation. en faisant rayonner ces travaux, j'aide à mieux accueillir l'incertitude.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
O.D. : La pandémie du COVID a été un moment fondateur. Comme prospectiviste, j'ai vu un 'cygne noir' se matérialiser, et ça a transformé nos façons de vivre, d'habiter le territoire, de travailler: numérisation accélérée, hybridation du travail, nouvelles géographies du quotidien. Cela a d'ailleurs aussi changé mon organisation personnelle, vivant aujourd'hui entre le sud-ouest avec ma famille et Paris où je travaille. Ça m'a rappelé aussi qu'explorer l'avenir exige humilité et ouverture car on ne peut jamais tout prévoir...surtout lorsque ça concerne le futur.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
O.D. : Sans hésitation la série Black Mirror qui nous décrit un monde où nous aurions abandonné les humanités au profit de la toute puissance - ou parfois simplicité - des technologies. J'adore essayer de comprendre les hypothèses qui ont guidé le travail des scénaristes qui livrent des épisodes d'un futur qui nous semble à la fois si proche et si éloigné. C'est une très belle matière du point de vue de sa plausibilité de laquelle devrait s'inspirer tout prospectiviste.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
O.D. : Je ne vais pas parler d'IA, c'est trop évident. Ce qui me fascine, ce sont les changements culturels car ce sont tout d'abord les plus difficiles à anticiper, ils sont aussi plus subtils mais déterminants. Depuis la pandémie, l'individualisme semble prendre une nouvelle ampleur: certaines facettes positives d'autonomie, mais cela questionne un secteur fondé sur la mutualisation et la solidarité. C'est une mutation difficile à quantifier, mais aux impacts profonds sur nos structures collectives.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
O.D. : L'initiative "100 Raisons d'Aimer le Futur" que nous avons lancée en 2023, notamment au travers d'événements et d'une publication, et pour laquelle nous avons - je l'espère - réussi à rendre compte de visions positives sur l'avenir sans qu'elles en soient naïves. Je trouve très important dans cette période où nous vivons une accélération des transformations de ne pas rester piégé dans le présent, en particulier lorsqu'il devient anxiogène, et de conserver cette capacité à nous projeter et imaginer un futur potentiellement plus désirable.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
O.D. : La meilleure manière d'innover, c'est d'assumer un style unique. Ça ne doit pas être très compliqué car chacun a sa façon singulière de percevoir le monde, et c'est en l'exprimant qu'on apporte une vraie créativité. Dans mon quotidien, je dois naviguer dans des tendances complexes et en saisir les enjeux pour un grand groupe. Ma méthode: partir de la recherche, de la science, de sources qui font autorité, également de données pour a minima disposer d'ordre de grandeur, et y ajouter une couche de créativité pour rendre le futur plus immersif et accessible.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
O.D. : Sans hésitation le stoïcisme. Il consiste à focaliser son énergie là où l'on a un pouvoir d'action, et à accepter ce qui échappe à son contrôle. En prospective, c'est tout aussi clé de distinguer ce qu'on subit de ce qu'on peut influencer. C'est une posture d'humilité, mais aussi d'impact, car on concentre nos efforts là où ils comptent vraiment.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
O.D. : Ce qui me motive au sein de L'ADN Le Shift, c'est d'échanger des perspectives variées, tout en apportant ma vision des futurs marqués par les grands risques. Ces dynamiques redéfinissent les industries et les métiers.
J'apprécie aussi particulièrement le cadre convivial des événements, entre discussions sérieuses, moments centrés sur les autres et les pas de côté par les arts et la culture.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
O.D. : Dans un monde saturé par les écrans, les distractions et de nombreuses pressions pour capter nos intentions, je rêve d'un impact où nos organisations anticipent ces dérives et recréent de la véritable attention: envers les autres, et envers les problématiques sociétales cruciales.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
O.D. : En regardant l'histoire, en moyenne le présent est toujours préférable au passé - c'est la preuve que nous avançons. Ma raison d'être : croire en ce progrès continu et œuvrer pour le futur.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
Vous souhaitez rejoindre le collectif L’ADN Le Shift ?
Découvrez le programme de l’année et écrivez-nous ici pour nous faire parvenir votre candidature !

Participer à la conversation