Willy Fortunato, Président Directeur Général chez UVGERMI

    Willy FORTUNATO

    Willy Fortunato est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    W.F. : De mes racines aveyronnaises à la tête d’UVGERMI, mon parcours est guidé par une conviction environnementale profonde, née du travail de la terre. Après un passage formateur en grand groupe, j'ai choisi l'agilité d'une PME pour fédérer et agir concrètement. Mon fil rouge réside dans cet engagement total : une "vocation-religion" où l'entrepreneuriat et la dépollution de l'eau et de l'air ne font qu'un. Malgré les sacrifices personnels et l'exigence dévorante du métier, j'ai trouvé un nouvel équilibre auprès d'une partenaire partageant cette même intensité de vie. Aujourd'hui, je conçois l'entreprise comme un refuge éthique, un lieu où le travail et le savoir-faire répondent à l'urgence d'un monde en transition. C'est cette volonté de construire, par le bon sens et l'action collective, qui relie indéfectiblement mes vies professionnelles et personnelles.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    W.F. : Ce qui m'occupe l'esprit chaque matin, c'est cette passion pour l'entrepreneuriat, pour LE Projet qui m'habite intensément jour et nuit. Je suis porté par l'urgence vitale de dépolluer l'eau, l'air les surfaces de manière respectueuse et professionnelle. Ce sont des enjeux capitaux pour notre santé et notre souveraineté. Face à l'inertie des dirigeants politiques, je conçois mon entreprise comme un refuge éthique et un repère social indispensable. Mon moteur est de fédérer un collectif autour de la valeur travail et du savoir-vivre pour bâtir un projet durable et partagé. Malgré les épreuves, je me lève avec la chance d'aimer mon métier et de croire fermement en l'Homme et au bon sens citoyen. En quelques mots œuvrer pour passer d’une société de consommations et d’abondance à une société respectueuse et résiliente.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    W.F. : Mon regard sur le monde a basculé en travaillant dans une ferme aveyronnaise, pour financer mes études, où j'ai découvert l'alchimie puissante et fragile entre l'homme et la nature. Ce moment fondateur a dicté mon parcours vers l'agronomie et nourri ma conviction qu'il faut agir pour préserver nos ressources vitales. Plus tard, ma rencontre à la faveur de la foire du livre de Brive-la-Gaillarde, avec respectivement Éric Orsenna et Jean-Louis Etienne, m’a ancré dans la certitude que nous devons individuellement œuvrer au changement à la construction d’un modèle plus juste, plus durable.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    W.F. : La lecture de Les Ombres du monde de Michel Bussi et de Jacaranda de Gaël Faye m’a profondément bouleversé. Ces deux romans montrent combien l’histoire des hommes est traversée par des blessures invisibles qui continuent d’agir longtemps après les événements. Ils m’ont rappelé que derrière chaque destin se cachent des zones d’ombre, des silences et des souffrances que l’on ne perçoit pas au premier regard. J’y ai découvert la force des liens humains, capables de résister à la violence, à l’exil et au temps. Ces œuvres montrent aussi combien nos jugements sont souvent fragiles face à la complexité des situations. Elles invitent à regarder l’autre avec davantage d’humilité et d’empathie. J’ai été frappé par la manière dont les certitudes peuvent enfermer les individus et nourrir l’incompréhension. La prétention de croire que l’on sait, que l’on comprend tout, apparaît souvent comme une forme de stupidité. Ces récits rappellent que la vérité est rarement simple et que chacun porte sa part de contradictions. Ils m’ont laissé une conviction durable : la fragilité humaine n’est pas une faiblesse, mais une condition qui nous rapproche les uns des autres.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    W.F. : Le changement le plus déterminant pour mon secteur est la prise de conscience de la fin de l’abondance des ressources. Chaque année, le jour du dépassement intervient plus tôt, signe que notre mode de développement n’est plus soutenable. Dans un monde où la population augmente et où le niveau de vie progresse légitimement, nous ne pouvons plus nous contenter de consommer davantage. Nous devons apprendre à produire mieux avec moins. Cette mutation impose de passer d’une logique d’abondance à une logique de performance et d’ingéniosité positive. L’innovation ne doit plus seulement viser la croissance, mais aussi la préservation des ressources naturelles. Les entreprises devront concevoir des solutions plus sobres, plus durables et plus circulaires. Cette transformation est autant technologique que culturelle. Elle exige de repenser nos usages, nos priorités et notre rapport à la consommation. C’est à cette condition que nous pourrons concilier progrès humain et respect des limites de notre planète.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?

    W.F. : Je suis particulièrement fier de porter le projet d’UVGERMI, que je considère comme un véritable « refuge éthique » et un repère social au cœur de notre territoire. Ma fierté réside dans notre capacité à transformer une solution naturelle, les rayons ultraviolets, en une technologie concrète pour dépolluer l’environnement, répondant ainsi aux enjeux vitaux de santé et de souveraineté. Au-delà de l'innovation, je suis fier de l'initiative que nous menons pour former la jeunesse et les personnes en réorientation via l'alternance. Face aux défaillances du système éducatif, nous reprenons le flambeau pour transmettre non seulement des compétences techniques, mais surtout un savoir-vivre et des valeurs humaines indispensables au « faire ensemble ». Ce projet est une réussite collective où chaque collaborateur, issu de notre main-d’œuvre, participe pleinement à un modèle d'entreprise où la Responsabilité Sociétale (RSE) est au cœur même de notre objet social.

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    W.F. : L’innovation fait partie intégrante de notre culture d’entreprise et repose avant tout sur l’intelligence collective. Au-delà des boîtes à idées, nous organisons une à deux fois par an, de manière volontairement surprise et sur le temps de travail, des ateliers où chacun peut proposer des améliorations concernant les processus, les méthodes, les engagements ou tout autre sujet lié à l’entreprise. Cette démarche favorise l’expression de tous les collaborateurs, quels que soient leur poste ou leur fonction. Nous entretenons également la curiosité par la formation, qu’elle soit interne ou externe, afin d’ouvrir nos équipes à de nouvelles pratiques et connaissances. Enfin, nous participons régulièrement à des concours et à des démarches de benchmarking qui nous permettent de nous confronter à d’autres expériences, d’échanger et de nous challenger. Cette dynamique nourrit notre créativité et nous aide à progresser en permanence.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    W.F. : La pensée de Carl Honoré influence profondément ma vision du travail. Dans un monde où tout s’accélère, il défend l’idée paradoxale que l’on gagne souvent du temps en acceptant d’en prendre. Cette approche m’invite à sortir de la boulimie de l’urgence pour privilégier la qualité de la réflexion, de l’écoute et de l’action. Au travail, cela signifie prendre le temps de comprendre avant de décider, de construire plutôt que de réagir. La lenteur n’est pas l’inaction : elle est une manière de retrouver du sens, de la performance durable et de la créativité. C’est en savourant pleinement le moment présent que l’on produit souvent les résultats les plus solides et les plus utiles.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    W.F. : Au sein de ce collectif, j'ai envie de trouver un espace de décryptage et de conversation profonde avec des profils issus d'horizons variés — chercheurs, artistes ou activistes — pour mieux capter l'esprit du temps et les « reflets de demain ». Face à mon constat d'un certain immobilisme politique et d'une dérive de nos modèles, je cherche à nourrir ma réflexion sur les mutations de notre époque auprès de ceux qui ont un temps d'avance. En retour, je souhaite apporter mon pragmatisme d’entrepreneur engagé concrètement dans la dépollution de l'eau et de l'air via UVGERMI, des enjeux que je considère comme capitaux pour notre santé et notre souveraineté. Je veux partager ma conviction que l'entreprise doit devenir un « refuge éthique » et un repère social, capable de transmettre des valeurs de travail, de savoir-vivre et de bon sens pour bâtir un avenir durable et souhaitable.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    W.F. : Mon ambition est de contribuer à faire évoluer notre organisation et notre secteur vers un modèle plus sobre, plus ingénieux et plus humain. J’aimerais démontrer qu’il est possible de concilier performance économique, respect des ressources et épanouissement des collaborateurs. Je souhaite encourager une culture où l’intelligence collective, la curiosité et l’amélioration continue deviennent des réflexes quotidiens. Mon rêve est également de réhabiliter le temps long, en privilégiant la qualité des décisions plutôt que l’urgence permanente. Si nous parvenons à inspirer d’autres acteurs à suivre cette voie, notre impact dépassera largement les frontières de notre entreprise.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    W.F. : Respectons la vie le contraire est dangereux.

     

     

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