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Bruno Latour propose de faire émerger un nouvel horizon politique à la hauteur de notre nouveau régime climatique

© Shepard Fairey, affiches

Dans un nouvel ouvrage stimulant - Mémo sur la nouvelle classe écologique, le philosophe et sociologue français Bruno Latour et le sociologue danois Nikolaj Schultz réfléchissent aux conditions d’émergence d’un courant aussi identifiable que le libéralisme ou le socialisme.

« Un spectre hante l’Europe et le reste du monde : l’écologisme !  », écrivent les coauteurs de ce Mémo sur la nouvelle classe écologique. Et c’est bien sûr pour faire écho au manifeste de Karl Marx qui, en son temps, a su formuler le nouveau sens de la lutte politique en faveur de la classe ouvrière naissante. La question que posent ici Bruno Latour – l’un des intellectuels écologistes les plus reconnus sur la scène internationale – et Nikolaj Schultz est donc : à quelles conditions la pensée écologique pourrait-elle devenir une force politique centrale et mobilisatrice comme l’ont été avant elle le socialisme ou le libéralisme ?

Enchaînant les thèses, Latour condense ici ses idées déployées dans ses livres précédents – tel le best-seller Où atterrir ? – mais sous la forme d’une « prose combat » tonique et stimulante destinée à armer les esprits de bonne volonté et à laisser émerger de nouveaux affects.

Nouveau matérialisme 

La tâche est, il est vrai, difficile. Car le socialisme et le libéralisme avaient beau s’opposer, ils étaient d’accord sur l’essentiel : une société ne trouve sa raison d’être qu’à s’organiser autour de la production par et pour les humains. L’écologie élargit le scope à tous les vivants en mettant l’accent sur l’habitabilité même de la Terre, que la production à outrance menace. 

Comment alors penser la « jonction du monde où l’on vit et du monde dont on vit »  ? Face au « nouveau régime climatique », c’est un nouveau matérialisme qui est requis, centré sur « les pratiques d’engendrement » du vivant et non plus les rapports de production de biens. Tâche vertigineuse qui seule permettra d’unir les luttes écologiques aujourd’hui multiples et éclatées vers un nécessaire horizon d’action en commun.

À lire : Mémo sur la nouvelle classe écologique, Éditions Les Empêcheurs de penser en rond, 2022.

Chronique parue dans le dossier « Idées fortes » de la revue 29 de L'ADN : à commander ici

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