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Un robot médite sur une plage devant la mer
© 4X-image sur Getty Images

Caresses virtuelles, jeux vidéo sympas et décryptage des émotions... En 2020, la tech sera douce ou ne sera pas

Laure Coromines
Le 30 janv. 2020

Selon le rapport « The Future 100 » de l'agence Wunderman Thomson Intelligence, l'année 2020 sonnera (enfin) le glas du règne des géants de la tech. Place aux nouveaux acteurs qui ont compris qu’après Cambridge Analytica, la fonte des glaciers, et l’effondrement (inéluctable ?) de notre civilisation, les consommateurs ont besoin d’être rassurés.

« Les figures de proue du secteur et les entreprises irresponsables doivent rendre des comptes sur leurs méfaits sociétaux et environnementaux », indique Emma Chiu, Directrice de Wunderman Thomson Intelligence. C'est maintenant clair, on en a tous ras-le-bol des technos anxiogènes des GAFFA. En 2020, on leur préférera caresses virtuelles, décryptage des émotions, et jeux vidéo inclusifs pour un effet feel good quasi immédiat.

Les nouveaux jouets au secours des control freaks

Poussés à bout par une superposition de crises (au hasard : environnementales, politiques et économiques...), les gens sont sous tension. Un sondage de la American Psychological Association (APA) mené en avril 2019 révèle que 32% des Américains se sentent plus anxieux que l'année précédente, notamment les millennialsla génération la plus angoissée à ce jour selon l'institut. L’un des moteurs de cette anxiété exponentielle : la pollution. 

Pour calmer nos cœurs qui s’affolent, nous nous tournerons en 2020 vers des produits et services susceptibles de nous abriter des dangers du monde extérieur. Mon corps est un temple, voilà le mantra des consommateurs de 2020, et la tech n’est pas en reste. Au programme : des bouteilles (Larq) qui débarrassent l’eau de 99,9% de ses virus et bactéries, et des filtres intelligents (Mitte) qui nous débarrassent des fléaux modernes : micro plastiques, hormones et produits chimiques.

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a récemment démontré qu’il y avait une corrélation directe entre la qualité de l’air et le bonheur. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Samsung met sur le devant de la scène Bot Air, un purificateur d’air qui patrouille dans votre maison pour surveiller la qualité de l’air. De son côté, Ikea mise sur le lancement de Gunrid, un rideau qui filtre la pollution et indique la nature des agents polluants détectés...

De là à virer complètement control freak, il n’y a qu’un pas. Les consommateurs sont peut-être lassés de l’omniprésence des géants de la tech... mais ne semblent pas totalement prêts à dire non à la boulimie de gadgets connectés.

Celui où le jeu vidéo veut démanteler le cyber-harcèlement

L’une des industries les plus blâmées pour sa normalisation de la violence et des comportements toxiques veut s’assagir. En octobre 2019, Dave McCarthy, responsable des opérations Xbox chez Microsoft, déplore sur le média américain The Verge le traitement réservé aux femmes, aux membres de la communauté LGBTQ+, et à toutes autres personnes qui ne se conforment pas aux standards de l’écosystème. Et ça, tout le monde en a marre, gamers ou pas.

Pour marquer sa désapprobation, Stadia, la nouvelle plateforme de gaming de Google, a lancé un jeu entièrement conçu autour de la diffusion de message anti-harcèlement. Le jeu embarque le joueur « dans un voyage au cours duquel il faudra affronter ses pires peurs et se confronter à l'impact émotionnel de ses actions », précise le studio Tequila Works, responsable de sa conception. Même ambition pour le jeu Concrete Genie du studio Pixelpus qui encourage les joueurs à adopter l’art comme antidote au harcèlement.

Plus anecdotique, le signe de bonne volonté des créateurs de Fortnite, qui lancent Aura Glow, un skin que les joueurs peuvent s’offrir en signe de bonne camaraderie. Car les skins, ces habillages graphiques qui permettent de personnaliser un personnage et coûtent dans les 50 USD, c’est un peu comme avec les sapes de marque dans les cours de récré : ceux qui ne peuvent pas se les payer sont moqués.

Stressés comme jamais ? La sentient tech est là pour nous

Longtemps clouée au pilori pour ses effets néfastes sur notre santé mentale, la tech tente de se racheter une conscience en essayant de nous apporter paix et bien-être intérieur. Mieux décrypter nos émotions pour mieux les contrôler, voilà l’objectif de la sentient (sensible, doué de sensation en anglais) tech.

Et c'est la Suède qui donne le ton. Clear Channel y a lancé la Emotional Art Gallery pour apaiser les commuters. Le système mis en place décortique des données (oui, encore elles, visiblement, on n’arrive pas vraiment à tourner la page) issues de recherches Google, des réseaux sociaux, d’articles de presse et d’informations relatives au trafic pour déterminer en temps réel quelle œuvre d’art afficher sur ses 250 panneaux digitaux en fonction de l’humeur des riverains. L'objectif : distiller énergie et bonnes ondes dans la ville. 

Chez Microsoft, il y a Ada. Ada est une IA qui décrypte les émotions des collaborateurs du campus de Redmond lorsqu’ils interagissent avec des microphones et des écrans et module, en fonction, les couleurs des message affichés. En Corée, le fabricant de voiture Kia compte équiper ses voitures d’un système qui analysera les émotions de ses conducteurs en fonction de leurs signaux biologiques (expression faciale, rythme cardiaque, activité électrodermale) pour adapter lumière ou et musique d'ambiance dans l’habitacle.

Euh… Apaisant, ou flippant ?

Quand la tech haptique veut nous donner des sensations

Le terme fait référence à toutes les technologies qui procurent des sensations de toucher ou de mouvement. Bien souvent, elle va de pair avec la réalité virtuelle (RV) et augmentée. À l’heure où la 5G s’apprête à déferler sur les consommateurs, les marques se bousculent au portillon pour essayer de voir comment la simulation de sensations physiques au sein d’un univers visuel pourrait être à leur avantage.

Et l'enjeu est grand. « Le toucher est important pour pour créer confiance et empathie, comme quand les bébés développent une première connexion avec leur mère par un simple toucher », souligne le designer Ryo Tada. 

En Chine, Alibaba, la plus grosse market place du monde, a lancé la solution Refinity pour que les adeptes du shopping en ligne puissent sentir tissus et textures au travers de leurs écrans de tablettes et smartphones. Le secteur de l’éducation se penche aussi sur la question, notamment les apprentis médecins. Couplée à la RV, la technologie pourrait permettre d’apprendre et de s’entrainer sans risque pour eux ou leurs patients…

Mais l'industrie qui a le plus à gagner, c'est celle du gaming, évaluée à plus de 150 milliards de dollars. Le Research Lab de Facebook travaille sur Tasbi (un bracelet) tandis que Disney vient de sortir le prototype de Force Jacket (une veste), tous les deux conçus pour procurer des sensations physiques en environnement RV, à défaut de les procurer ailleurs. 

Hey la data, plus personne n’a envie de toi, okay ?

Cambridge Analytica, fuite des données personnelles de la quasi-totalité de la population de l’Équateur et piratage de l’agence de crédit Equifax… Les internautes en ont ras-la-casquette et la collecte des données n’est pas perçue comme un moyen de mieux servir les consommateurs. 89% d’entre eux ont même l’impression que la manière dont les entreprises collectent des données est « fourbe », d’après Wunderman Thompson.

Pour développer la loyauté en 2020, il faudra donc être transparent. Apple a donné le ton en misant, lors de sa dernière campagne, sur le slogan : « Ce qui se passe sur ton iPhone reste sur ton iPhone. » Retournement de veste donc chez les géants de la tech. Brittany Kaiser, militante pour la transparence des données et ancienne collaboratrice de Cambridge Analytica, affirme : « Cette idée que nous pouvons contrôler nos datas et notre identité digitale n’est pas qu’une chimère ou un espoir fou pour le futur, c’est réellement possible, maintenant. »  

Une aspiration louable, c'est certain. Illusoire? Allez, promis... En 2020 on va essayer d'y croire. 

Laure Coromines - Le 30 janv. 2020
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