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Grand-mère mécontente dans une cuisine
© CaseyHillPhoto via Getty Images

Facebook c’est comme votre mère : elle vous énerve mais vous ne pouvez pas la quitter

Le 11 juill. 2019

Un sondage d’OpinionWay pour Dolmen technologies montre que plus de 90 % des Français veulent protéger leurs données personnelles. 50 % seraient même prêts à boycotter les GAFA. Mais dans les faits, personne ne les quitte vraiment.

Scandale Cambridge Analytica, multiples appels à #Deletefacebook voire à démanteler le réseau social, et pourtant le nombre d’utilisateurs français de Facebook n’a pas décru. Plus étonnant : il n’a jamais été aussi important. Et les chiffres grimpent encore quand on comptabilise les utilisateurs d'Instagram (qui appartient à Facebook). Les Français n’en ont-ils rien à faire de la protection de leurs données personnelles ? Pourtant si, et tout le paradoxe est là.

Les GAFA vus comme des prédateurs

Selon un sondage OpinionWay pour Dolmen technologies sur le rapport des Français aux données personnelles publié jeudi 11 juillet 2019, 92 % des sondés estiment que leurs data sont précieuses. Et 93 % jugent qu’elles devraient être mieux protégées. 61 % disent avoir perdu confiance dans les acteurs d’internet suite aux scandales comme Cambridge Analytica. « C’est un constat massif, très enraciné. Il montre que les géants d’internet sont perçus comme des prédateurs dont il faut se protéger », analyse Frédéric Micheau, directeur des études d’opinion chez OpinionWay.

Plus étonnant : selon cette même étude, 54 % des répondants envisageraient de boycotter les applications et sites web suite à un scandale lié à l’utilisation des données personnelles. Et 23 % songeraient carrément à réduire leur temps passé sur internet.

Réaction espérée vs. réalité

Mais entre ce que les répondants annoncent et ce qu’ils font réellement, il y a une différence. Seuls 37 % des répondants disent avoir effectivement boycotté un site internet ou une application suite à un scandale, et 20 % ont réduit leur temps passé sur internet. Les chiffres paraissent tout de même énormes. Car dans les faits, le nombre d’utilisateurs de Facebook n’a pas baissé suite au scandale Cambridge Analytica. « Il s’agit de données déclaratives, précise Frédéric Micheau. Il faut prendre en compte les conditions du sondage. Entre la première question "quelle réaction envisageriez-vous ?" et la seconde "quelle réaction avez-vous eue ?", les répondants ont certainement ajusté leurs réponses pour qu’elles soient cohérentes. »

Les jeunes moins soucieux de leur vie privée

Les résultats varient selon la classe d’âge et la catégorie sociale. Visiblement, les jeunes sont moins sensibles à la protection de leurs données personnelles. 75 % des 18-24 ans estiment qu’elles devraient être mieux protégées. « Cela reste un chiffre important, mais c’est 17 points de moins que les 35-49 ans, et 22 points de moins que les 50-64 ans », précise Frédéric Micheau. Ils sont aussi 34 % à considérer que leurs données ne leur appartiennent pas, contre 29 % pour l’ensemble des répondants.

Un rapport quasi maternel aux réseaux sociaux

Pour Michael Stora, psychanalyste et fondateur de l'Observatoire des sciences numériques en sciences humaines, la différence entre l’apparente volonté des internautes de protéger leurs données personnelles et l’absence d’actes réels s’explique par la relation que nous entretenons avec les réseaux sociaux. « Les géants du web ont une présence invisible, presque maternelle, estime-t-il. Nous nous rendons sur ces réseaux pour combler notre solitude en nous mettant dans une situation constante de partage. Ce que l’on recherche en allant sur Facebook, ce n’est pas la présence du réseau social, mais c’est la présence des autres. Quitter les GAFA est une décision qui va bien au-delà du rationnel, il y a une dimension affective très importante. »

Les plateformes, selon lui, font de nous de « grands enfants » car lorsque « nous utilisons Facebook, nous ne nous posons pas de questions, nous ne cherchons pas de sens derrière », estime le psychanalyste. « Dans mon cabinet j’entends beaucoup le discours suivant : "je n’ai rien à cacher, et au contraire je souhaite me montrer". Publier une photo sur Instagram n’est pas perçu comme problématique puisque ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui font le choix ». Sauf qu'on se pose rarement la question du traitement qui en est fait ensuite.

Les Français pensent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes

Enfin, même s’ils sont pleins de bonne volonté, peu de Français connaissent véritablement les moyens qui sont à leur portée pour mieux contrôler leurs données personnelles. 54 % des personnes interrogées par l’étude estiment qu’elles sont les plus à-mêmes de protéger leurs données. Seuls 32 % des répondants font confiance aux pouvoirs publics pour le faire, et 17 % à l’Union Européenne, qui a pourtant mis en place le Règlement général sur la protection des données personnelles (auquel les Français ne comprennent toujours rien, notait une autre étude en mai 2019).

Pour Michael Stora, cela s’explique en partie par un double discours du gouvernement. « Depuis 20 ans, les gouvernements agitent beaucoup de peurs liées à internet. Cela a commencé avec les réseaux pédophiles : on disait qu’internet était le lieu de tous les prédateurs, alors que 90 % des actes pédophiles se font au sein d’une même famille. À l’heure actuelle, le gouvernement a un double discours : il effraie sur l’utilisation de nos données personnelles par les géants du web, mais communique finalement assez peu sur la CNIL et le RGPD… »

Même en ayant conscience de ces problématiques, quitter les GAFA se heurte à un autre obstacle : la méconnaissance des solutions alternatives (que nous avions testées). 

Méthodologie

OpinionWay a interrogé 1008 personnes âgées de 18 ans et plus entre le 12 et le 13 juin 2019 via un questionnaire en ligne. La structure du panel correspond à la structure de la population française selon les chiffres de l’INSEE. Les sondeurs ont défini le terme "donnée personnelle" comme toute information qui permette de rendre une personne identifiable.

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