premium 1
premium1
4 arbres en pixel art
© MicrovOne via Getty Images

Réconcilier écologie et numérique, il y a du boulot mais c’est possible 

Le 18 avr. 2019

Relier écologie et numérique : c'est l'ambition des 20 défis établis par la Fing dans son « agenda pour un futur numérique et écologique ». Et malgré des vocabulaires et des objectifs en apparence différents, y a de l'espoir !

Numérique et écologie font rarement bon ménage. Au mieux, prendre conscience de l’impact environnemental des gigaoctets de data donne envie de se déconnecter pour toujours. Au pire, on n'en a rien à faire. Pourtant la Fondation internet nouvelle génération (Fing) ne désespère pas. Elle s’est donné pour mission de faire converger ces deux transitions. C'est à cette fin que l’association propose un « Agenda pour un futur numérique et écologique ». Ce document, publié fin mars 2019 après trois ans de travail, foisonne d’exemples et de pistes de réflexion.

L'écologie est la destination, le numérique le chemin

Au départ, il y a un constat : « La transition écologique est l’horizon indispensable de nos sociétés, la transition numérique la grande force transformatrice de notre époque. La première connaît sa destination mais peine à dessiner son chemin ; la seconde est notre quotidien, une force permanente de changement mais qui ne poursuit pas d’objectif collectif particulier. L’une a le but, l’autre le chemin : chacune a besoin de l’autre. »

Pour les réunir, « il ne suffira ni de numériser l’écologie, ni d’écologiser le numérique, même si les deux sont nécessaires. Il faudra explorer les actions nouvelles qui émergent à leur croisement et ne pourraient pas s’imaginer autrement ».

La prise de conscience écologique de la tech commence à peine

L’affaire ne s’annonce pas aisée. « Les acteurs de l’écologie et du numérique ne parlent pas le même vocabulaire, nous explique Jacques-François Marchandise, délégué général de la Fing. Leur clivage s’est aggravé lorsque les entreprises du numérique ont commencé à prôner qu’elles pouvaient sauver la planète grâce à la technique. », estime-t-il. La prise de conscience écologique des acteurs du numérique commence à peine selon lui.

La Fing propose donc vingt défis pour aider ces deux mondes à se rejoindre. Nous en avons sélectionnés trois. 

Mettre les data au service de l’écologie

Récolter et analyser des données est souvent synonyme de publicité ciblée et de surveillance de masse. Mais les data peuvent aussi permettre d’accroître nos connaissances sur l’environnement, de mesurer notre impact écologique et d’en anticiper les dégâts. C’est en tout cas ce que cherche à démontrer la Fing.

Les auteurs rappellent l’existence de projets comme the three-degree World, une infographie du Guardian, qui propose une simulation des nouvelles frontières du monde suite à la montée des eaux. Ou encore le laboratoire VHIL de Stanford, qui utilise la réalité virtuelle pour montrer les conséquences liées à l’acidification des océans, notamment sur les coraux.

Le pouvoir du numérique réside aussi dans sa capacité à collecter des données à grande échelle, grâce à l’effort collectif. Une aubaine pour les données environnementales. Sur Reddit, des internautes mettent à jour des cartes en temps réel en cas de catastrophe naturelle. Ce fut notamment le cas lors de la tempête Harvey en 2017. Breakfreefromplastic propose de son côté de recenser via une plate-forme en ligne l’origine des déchets plastique que l’on trouve dans la rue. Un moyen de pointer du doigt les entreprises les plus consommatrices en plastique et de réaliser un audit.  

D’autres projets de cette nature pourraient voir le jour, espère la Fing. Mais il faut faire attention à ne pas tomber dans certaines dérives. « Récolter des données énergétiques pour gagner en performance et économiser de l'économie - et donc de l'argent. Sur le papier, c'est bien. Si c'est un prétexte pour se dire qu'on a plus d'argent pour consommer plus de ressources par la suite, c'est contre-productif. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond », explique Jacques-François Marchandise.

Relier open source et écologie 

On pourrait croire que les deux vont de pair. Les visiteurs des fablabs férus d’open source partagent souvent des valeurs écologiques. Ils préfèrent faire et réparer plutôt que consommer, mettre en commun des outils plutôt que de les acquérir. Mais « les modèles ouverts ne sont pas "verts" par essence : tant qu'il n'y a pas une intention explicite d'impact positif sur l'environnement et que cette intention n'est pas une priorité de l'organisation, les modèles ouverts ne permettront pas de progresser vers la transition écologique », explique le rapport de la Fing. Certaines communautés qui prônent l'open source sont davantage mues par la passion de la technologie pure que par leurs effets et usages. « Des adeptes du tuning qui conçoivent des voitures open source sont plutôt pour une économie carbonée », note Jacques-François Marchandise.

Mais il n’empêche que le monde du libre reste un levier puissant pour démocratiser des technologies durables. « OpenSolarMap est l’un des projets les plus emblématiques de l’open source au service de l’écologie », estime Jacques-François Marchandise. Les contributeurs à cette plateforme créée en 2016 répertorient les bâtiments les mieux exposés, et donc plus susceptibles d’accueillir des panneaux solaires. Plus surprenant : le projet Open source ecology. Son but est de mettre à disposition 50 plans de machines industrielles et agricoles qui permettent de construire « une petite civilisation durable, moderne et confortable. »

Mettre en place un numérique contre (ou post) l’effondrement

Le numérique, par son empreinte écologique, a participé à l’« effondrement » de notre civilisation. Cette idée, apparue avec le « rapport Meadows » du MIT en 1972 et reprise aujourd’hui par de nombreux scientifiques, exprime que tout va disparaître. Le numérique pourrait aussi être un allié pour lutter contre l'effondrement qui nous attend, nous dit l’étude de la Fing. Car il « appuie de nouvelles sources d’imaginaires, de recherche et d’innovations. Certaines préviennent l’effondrement, d’autres anticipent le monde après l’effondrement », estiment les auteurs. C’est l’une des idées les plus neuves de cet agenda, mais aussi l’une des moins détaillées. Car les projets qui tentent de la mettre en œuvre sont loin d’être aboutis.

Il existe tout de même quelques pistes comme la base de données Materials Project. Elle recense tous les matériaux et leurs propriétés. Elle pourrait permettre de créer de nouveaux matériaux en combinant ceux qui existent déjà. Un moyen de lutter contre la raréfaction de certaines ressources. Il y a aussi le courant « Collapse informatics » inspiré par le chercheur américain Bill Tomlinson. Il s’intéresse à la manière de concevoir des systèmes informatiques qui pourront être utilisés après la disparition de notre civilisation. Le numérique pourrait donc nous survivre. Porteur d’espoir ou effrayant ? On vous laisse juger.

POUR ALLER PLUS LOIN

> Éco-anxiété : quand le changement climatique nous envoie chez le psy

> Entreprises : comment passer « en mode donut » ?

> Les philanthrokids : ces ados qui vont changer le monde


Méthodologie

« L’agenda pour un futur numérique et écologique » est une publication qui s’appuie sur l’ensemble des travaux du programme Transitions2. Il est porté par la Fing, l’Ademe, l’Inria, GreenIT et d’autres. Ce programme inclut des ateliers, des conférences et des contributions en ligne sur la plateforme www.transitions2. net. Dans l’ensemble, Transitions2, a rassemblé près de 800 contributeurs : innovateurs, chercheurs, entrepreneurs, grandes organisations, acteurs publics, médias...

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.