Une licorne triste

C’est officiel : l’argent ne coule plus à flot chez les startups européennes

© FB avec Dream Studio

La fête est finie pour les licornes. Après les levées de fonds records de 2021, les investissements dans la tech européenne se sont taris en 2022. 

Les licornes européennes se mettent au pas. Le rythme des levées de fonds dans la tech européenne ralentit et les montants sont en baisse, conclut le rapport annuel d’Atomico « State of European Tech » publié le 7 décembre. Au total, les startups ont perdu 400 milliards de dollars de valorisation par rapport à l’an passé. Les levées de fonds devraient passer en dessous de la barre symbolique des 100 milliards de dollars à 85 milliards de dollars, soit 18 % de moins que l’année précédente. 

L’usine à licornes tourne au ralenti 

2021 avait été une année record, presque anormale selon les auteurs du rapport, marquée par des « mega levées » de fonds, dont les françaises Sorare, Back Market et Mirakl. Quelque 105 startups avaient atteint le statut de licornes européennes. Pour le moment, elles ne sont que 31 à avoir intégré ce club des jeunes pousses valorisées à plus d'1 milliard de dollars en 2022. C’est le niveau le plus bas depuis 2017 – hors 2020, année de la pandémie. Cette crise des financements se double, comme aux États-Unis, de vagues de licenciements notamment chez Klarna, Getir ou encore Gorillas. 14 000 personnes auraient été licenciées depuis le début de l’année, estime Atomico. Et des coupes devraient se poursuivre en 2023, projette le rapport. 

L’année commençait pourtant plutôt bien, sur la lancée de 2021, mais à partir de l’été les investissements ont commencé à fortement ralentir. Le contexte a évidemment joué. Les entreprises de la tech ont fait face – comme les autres secteurs de l’économie – à la guerre en Ukraine, aux pénuries, à l’inflation, à la hausse des taux d’intérêt et au début du crypto-winter (la chute du cours des cryptomonnaies). Ce contexte devrait se poursuivre en 2023, et il est peu probable que l’on retrouve les conditions de 2021 « avant très longtemps », juge Tom Wehmeier, associé et directeur de recherche chez Atomico. 

Pour des investisseurs interrogés par The Financial Times, il s’agit davantage d’un problème de confiance que de capitaux. Ce ralentissement remet aussi les pendules à l’heure par rapport à la surchauffe de l’année 2021 que le rapport qualifie d’ « aberrante ». « Normalement, nous finançons un très bon entrepreneur avec une excellente idée », estime Harry Nelis, associé chez Accel à Londres, interrogé par le quotidien américain. « Il y a plusieurs mois, de nombreux très bons entrepreneurs ont été financés alors qu'ils n'avaient toujours pas d'idée géniale. »

Retour à la normalité 

Les chiffres records de 2021 étaient en partie liés à l’arrivée de fonds étrangers, notamment américains, en Europe. Ils se sont mis à chasser plus activement sur le vieux continent après la pandémie, le boom de la visioconférence et du travail à distance ouvrant des perspectives. Auparavant, il y avait un frein à investir dans des entreprises éloignées géographiquement, sans rencontrer de visu les fondateurs. Cette arrivée des capitaux étrangers a par ailleurs poussé les investisseurs locaux à investir eux-mêmes davantage, poussés par le FOMO (Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose), rapporte le Financial Times. Mais aujourd’hui, la frénésie s’est calmée : les fonds américains, refroidis par le contexte en Europe, investissent moins. Ils étaient 122 à avoir participé à des levées de plus de 100 millions d’euros en 2022, contre 157 en 2021.

Toutefois, malgré ces chiffres décevants, le rapport estime que le secteur s’est montré plutôt résilient face au contexte géopolitique et économique très difficile. Par ailleurs, le rapport note un montant record de « dry powder » chez les investisseurs (autour de 80 milliards de dollars), c’est-à-dire des réserves de cash prévues pour être investies, mais pas encore déployées. 

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