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Que révèle l'affaire de harcèlement autour de l’identité des membres fondateurs de Bored Ape Yacht Club ?

Pour avoir révélé l'identité des créateurs de BAYC, la journaliste Katie Notopoulos voit une photo d’elle enfant vendue illégalement en NFT. Un épisode qui pointe les dérives du Web3... et pas seulement en matière de cyberharcèlement.

Elle pensait simplement faire son travail de journaliste en révélant le nom des personnes à l’origine du plus gros et du plus rentable des projets de NFT du moment : le Bored Ape Yacht Club. Depuis, elle a fait face à un déchaînement de cyberharcèlement et de violence sexiste. Katie Notopoulos, journaliste tech pour le site américain Buzzfeed, subit une campagne de dénigrement qui a culminé avec la publication d’une photo d’elle enfant, assortie d’un commentaire haineux, le tout vendu comme NFT sur la plateforme KnowOrigin. Le NFT a depuis été retiré.

Greg Solano et Wylie Aronow, deux crypto-milliardaires qui voulaient rester anonymes

Pour les fans de NFT et autres cryptobros, il est clair que Katie Notopoulos a dépassé les bornes en publiant l’article dans lequel elle révèle l’identité et les pseudonymes de deux des membres fondateurs de BAYC. Déjà, elle n’aurait pas respecté l’anonymat volontaire des quatre fondateurs, piétinant avec mépris les valeurs cardinales de ces inframondes numériques dans lesquels le « pseudonymat » prévaut. Pire, elle les aurait délibérément mis en danger. Dans une séquence larmoyante, on voit ainsi Nicole Muniz, CEO de Yuga Labs, la maison-mère du projet BAYC, expliquer à quel point la vie des deux fondateurs et de leur famille était mise en péril suite à la parution de l'article.

Pourquoi tant d’émoi ? Principalement parce que Greg Solano et Wylie Aronow, deux des identités révélées par la journaliste, pèsent aujourd'hui des milliards de dollars. La capitalisation boursière de Yuga Labs est estimée aujourd’hui à 2,8 milliards de dollars (2,47 milliards d'euros), et le prix d’entrée pour s’offrir l’un de ces singes à la mine revêche est de près de 280 000 dollars (247 000 euros). À ce prix-là, l’inoffensive collection de petits singes est devenue une niche d’investissement, une typologie d’actifs extrêmement recherchés que seul·e·s les plus riches peuvent s’offrir. C’est le cas par exemple de Justin Bieber qui a dépensé 1,3 million de dollars (1,15 million d'euros) pour faire l’acquisition de l’un des personnages (et pas le plus coté, visiblement). Mais aussi de Paris Hilton, qui a fait l’acquisition de son Bored Ape pour plus de 300 000 dollars. La firme d’investissement phare du Web3, Andreessen Horowitz, veut elle aussi miser sur Yuga Labs pour un ticket à hauteur de 4,5 milliards de dollars.

Les geeks amateurs de singes jouent donc désormais dans la cour des ultra-riches. Pour la journaliste Katie Notopoulos, révéler l’identité de ces deux super-milliardaires relevait donc de l’information d’intérêt général. Après tout, les milliardaires « traditionnels » tels que les Bezos et autres Zuckerberg ne font pas mystère de leur fortune. Celle-ci fait même l’objet d’une discussion publique. Pourquoi les crypto-milliardaires devraient-ils rester anonymes ?

Une armée de « zélotes hypocrites » en mission pour défendre leurs crypto-rois

Certains ont jugé ridicule l’interview de la CEO de Yuga Labs, Nicole Muniz quand d’autres crient franchement au scandale. C’est le cas du journaliste et écrivain britannique Ed Zitron qui pointe du doigt l’hypocrisie de la communauté crypto / NFT. Il rappelle ainsi que l’anonymat dont bénéficiaient jusqu’à présent les deux membres fondateurs de BAYC leur a permis de jouir d’avantages non-négligeables, comme par exemple éviter d’attirer l’attention sur un business qui engrange chaque jour des millions et ne payer aucune taxe sur ces bénéfices.

Ed Zitron en est convaincu, cette vague de cyberharcèlement révèle aussi la nature oligarchique de cette communauté qui prétend pourtant « redonner le pouvoir aux individus ». La communauté BAYC fait prospérer une minorité d’acteurs qui engrangent tous les profits et peuvent compter sur une majorité active pour défendre leurs intérêts. Pour lui, les « zélotes » ayant volé au secours de leurs idoles en menaçant de mort la journaliste sont hypocrites et ne se montrent pas à la hauteur de l’alternative au système qu’ils prétendent incarner. Pire, en se mettant au service de l’enrichissement exclusif de deux individus, ils reproduisent les mécanismes capitalistiques qu’ils critiquent.

Les révélations de Katie Notopoulos auront donc mis fin à un régime d’exception. Mais elles auront également jeté une lumière crue sur l’absence de régulation au sein d’espaces numériques propices à l’intimidation et au sexisme. Le Web3 ne serait-il qu’une reproduction à l’identique de la société qu’il prétend transformer, sans toutefois l’améliorer ? On attend les contre-exemples.

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