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Un homme tenant son mobile dans un canon
© mikkelwilliam via Getty Images

La 5G : un gâchis environnemental... qu'on déploie à vitesse grand V

Le 11 déc. 2019

Multiplication des objets connectés, obsolescence des smartphones… Les opposants à la 5G soulignent son effet délétère sur l’environnement. Les acteurs des télécoms estiment qu’elle sera au contraire un moyen d’améliorer l’efficacité énergétique de nos communications. Éclairages sur ce débat houleux.

La 5G nous promet l'accès à plus de numérique alors que les études appellent à stopper notre consommation de contenus virtuels qui s'avère très polluante. En parallèle, l'ONU dans son dernier rapport publié à l’occasion de la COP25 rappelle l'urgence à réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % par an entre 2020 et 2030 pour éviter la catastrophe. A priori, ces deux projets de société ne font pas vraiment la paire. Des associations dont Agir pour l’Environnement et Priartem appelaient en octobre 2019 à un moratoire sur la 5G, estimant que la technologie fera « basculer la planète et la société dans un monde aux conséquences hors de contrôle ». Leur principal argument est sanitaire  ils craignent la nocivité des ondes électromagnétiques  mais l’impact environnemental de la 5G fait aussi partie de leurs inquiétudes. L’astrophysicien et militant écologiste Aurélien Barrau s’est lui aussi farouchement opposé à la technologie.

Opposer si brutalement 5G et protection de la planète n’est pourtant pas si évident. Car l’un des intérêts de la 5G est justement d’être moins énergivore que les précédentes générations de réseau mobile. À consommation de données équivalente, la 5G est censée avoir une meilleure efficacité énergétique que la 4G. Comment ? Grâce à des antennes intelligentes dites « massive MIMO » (entrées multiples, sorties multiples). « Elles auront la capacité de s’adapter au nombre d’utilisateurs de la zone et à leur emplacement, nous explique une porte-parole d’Orange. Elles permettront d’accueillir un plus grand nombre d’utilisateurs tout en augmentant les débits, d’améliorer sensiblement la qualité du signal en réduisant les émissions superflues. »

La performance énergétique, l’argument choc des opérateurs

Les acteurs de la 5G ont même fait de la transition énergétique un argument de vente. Le PDG de l’opérateur américain Verizon estimait lors du Consumer Electronics Show, à Las Vegas en janvier 2019, que « les équipements réseaux et terminaux 5G consommeront 10 % de l’énergie consommée par leurs équivalents 4G ». Dans une publication LinkedIn, Olaf Swantee, le PDG de Sunrise, une entreprise de télécom suisse, avance que la 5G est une « force protectrice pour notre environnement ». Rien que ça.

Des centaines de millions de smartphones rendus obsolètes

Sauf que les effets délétères de la 5G sur la planète pèseraient plutôt lourd dans la balance si l’on en croit Frédéric Bordage, expert de la sobriété numérique et fondateur du club Green IT. Celui-ci estime que l’arrivée de la technologie déclenchera l'obsolescence prématurée de centaines de millions de smartphones 4G parfaitement fonctionnels. « Car les utilisateurs souhaiterons avoir le dernier cri et bénéficier de toujours plus de bande passante », explique-t-il. Elle permettra par ailleurs « de regarder davantage la télévision en HD sans fil ou de jouer à des jeux vidéo en streaming. Ces nouveaux usages multimédia vont considérablement augmenter notre empreinte ». Pour rappel, une récente étude de The Shift Project estimait que la vidéo en ligne avait rejeté autant de CO2 que l’Espagne en 2018. Enfin, la 5G multipliera selon Frédéric Bordage les objets connectés, en partie responsables de l'augmentation de notre empreinte numérique.

« En Afrique on sauve une vie avec 2 SMS »

« Alors que l'on prend conscience que le numérique est une ressource critique, non renouvelable, qui sera épuisée dans une génération, peut-on encore se permettre d'upgrader le réseau mondial de téléphonie pour ne pas avoir à éco-concevoir nos services numérique ? », s’interroge le défenseur du Green IT. Il estime que la 5G est inutile pour la plupart des usages numériques courants. « Des services numériques éco-conçus peuvent fonctionner en 3G / 3G+. En Afrique on sauve une vie avec 2 SMS. En France, il faut 70 000 fois plus d'octets pour prendre RDV chez le médecin. Quand allons nous arrêter cette gabegie ? »

Un changement d'état d'esprit vis-à-vis du numérique

Pour Sébastien Soriano, président de l’Arcep, l’autorité de régulation des télécoms en charge du déploiement de la 5G en France, ces craintes sont justifiées, mais pour lui elles sont surtout synonymes d’un changement d’état d’esprit vis-à-vis du numérique. « Depuis les premiers télégrammes au XIXè siècle, il est clair que chaque nouvelle technologie permet un accroissement des échanges, et donc a pour conséquence un impact environnemental croissant. La question est de savoir si il y aura un effet particulier du passage de la 4G à la 5G ou s’il s’agit plutôt d’une prise de conscience globale de la société sur les habitudes de consommation – boire dans des bouteilles en plastique, prendre l’avion, utiliser le numérique… Je penche plutôt pour cette deuxième option. Cette prise de conscience, tout à fait légitime, fait que l’on regarde une réalité avec des lunettes différentes. »

Pour le président de l’Arcep la 5G ferait office de « totem d’un certain nombre de peurs liées au développement des technologies. »

Des effets bien réels de la 5G sur l'environnement... mais aucune étude pour le confirmer

Le problème reste qu’à l’heure actuelle aucune étude ne permet d’évaluer clairement l’impact environnemental de la 5G et de ses usages. Nous avons contacté l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). L’organisation nous a répondu ne pas disposer d’études sur le sujet, tout en affirmant que « les impacts seront bien réels ».

Les premiers retours d'expérimentation de la 5G porteront en priorité sur le bon fonctionnement de la technologie et la mesure des expositions des ondes, moins sur la consommation énergétique, précise Sébastien Soriano. Depuis quelques années, l’Arcep suit pourtant le sujet des enjeux environnementaux des réseaux de télécommunication. L’organisation a produit une étude sur l’impact énergétique et environnemental des réseaux de télécom qui révèle une consommation constante ces dernières années. Mais cette évaluation est incomplète, reconnaît Sébastien Soriano. Elle se concentre sur les réseaux télécoms mobiles eux-mêmes sans prendre en compte l’impact des terminaux comme les smartphones, enceintes et téléviseurs connectés, ni celui des services numériques, comme la vidéo en ligne. Et l’étude ne fait pas de prévision sur la 5G. L’Arcep est en train de solliciter différentes autorités publiques et associations comme l’Ademe, le ministère de l’Environnement, le think tank Renaissance numérique, le Conseil national du numérique (CNNum), afin d’élaborer ensemble une étude plus complète à moyen terme.

Le déploiement continue vitesse grand V

Malgré ce manque d’information sur les effets environnementaux de la 5G, sa mise en place continue à une croissance exponentielle. Selon le cabinet IHS Markit, la 5G se déploie bien plus rapidement que sa petite soeur la 4G. Une trentaine de services commerciaux 5G existent déjà à travers le monde. Au deuxième trimestre 2019, 17 pays y étaient déjà connectés, à peine 10 mois après les premiers déploiements.

Pas question pour l’Arcep de limiter certains usages de la 5G pour diminuer son impact. « L’Arcep ne peut pas avoir pour objectif de réduire l’impact environnemental du numérique en allant vers une sobriété des usages. Car cela relève d’un choix politique. Notre problématique est de développer les usages tout en contenant leur impact », précise Sébastien Soriano.

Un Yuka du numérique pour informer les utilisateurs

L’organisation réfléchit plutôt à la mise en place d’un « Yuka du numérique » pour informer les utilisateurs de l’impact environnemental de leurs usages. Et de la même manière que Yuka fait bouger l’industrie agroalimentaire, cet outil pourrait inciter le marché des télécoms et du numérique « à se discipliner », espère Sébastien Soriano. Autrement dit : si ni les entreprises, ni le gouvernement s’attèlent à réguler les usages de la 5G pour limiter son effet sur l’environnement, ça sera aux citoyens de changer leurs usages pour faire pression.

Commentaires

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  • Bonjour Marine, merci pour cet article. Je suis juste curieux sur quels faits, infos vous appuyez vous quand vous dites "En Afrique on sauve une vie avec 2 SMS"?

    • Bonjour, merci pour votre commentaire. Frédéric Bordage qui avance ce chiffre fait référence au projet https://mpedigree.com qui permet de vérifier si un médicament est contrefait en 2 SMS. Un exemple de low tech qui permet de sauver des vies (les médicaments contrefaits tuent des centaines de milliers de morts chaque année selon l'OMS). Mais effectivement cela méritait d'être précisé !

  • Des investissements faramineux pour aller vers plus de gadgets, de dépendance numérique, de gachi énergétique pour installer les infrastructures et faire circuler et stocker les nouvelles données d'émissions de gazs à effet de serre... vraiment nous pouvons mieux dépenser notre temps et notre argent dans ce contexte de crise environnementale

  • Pour votre information, je vous suggère de lire l'article ci-dessous qui dénonce le greenwashing réalisé au sujet de la 5G.
    https://www.stop5g.ch/5g-et-environnement

    Un peu de lucidité.... Si l'industrie des télécommunications (qui veut juste s'en mettre plein les poches sur le dos de la nature et de la santé des êtres humains) vante l'aspect soi-disant écologique de la 5G, c'est justement parce qu'il n'en est rien.
    Elle sait que ce déploiement va complètement à l'encontre de ce que nous devons faire pour limiter le réchauffement climatique et protéger l'environnement. Même un enfant le comprendrait. Il est urgent de s'unir afin stopper ce déploiement. Partout dans le monde des gens se mobilisent pour cela. En Australie les opérateurs de téléphonie ont même appeler le gouvernement à agir car ils sont confrontés à une opposition croissante de la population vis-à-vis de la 5G. En Suisse aussi c'est bloqué dans plusieurs cantons. En Italie plus de 100 municipalités refusent déjà la 5G.... J'espère que les français vont se réveiller et aussi se mobiliser contre ce déploiement d'une technologie néfaste pour l'humain et l'environnement.

  • A quand un internet frugal? Du texte, quelques images/icones ca ne pèse pas bien lourd, et donc plus besoin de débits gigantesques. Mais non, chaque site se connecte à des dizaines de domaines, publicitaires, réseaux sociaux, tracking, l'usine à gaz. Des scripts lourds courants