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Femme en bd apeurée qui s'écrit
© Dantre via Getty

Elle inquiète, mais a-t-on raison de détester la 5G ?

Le 28 mars 2019

Les défenseurs de la 5G estiment que le très-haut débit permettra un bond d'innovation sans précédent. Mais la technologie, qui ne sera pas déployée avant 2023 en France, suscite déjà beaucoup de critiques de militants écologistes et citoyens inquiets.

La cinquième génération de réseau mobile (5G) n’est pas encore déployée, mais elle connaît déjà de farouches opposants. En 2017, 240 scientifiques réclamaient un moratoire alertant sur les dangers potentiels de la 5G sur la santé. Plus récemment, le physicien Aurélien Barrau dézinguait la technologie dans un post Facebook à coups d’expressions choc comme « La 5G tue » et « création artificielle d'un besoin arbitraire aux conséquences dévastatrices ».

Hypothèses loufoques 

Sur Facebook, les groupes « Stop5G » pullulent. Certains regroupent plus de 15 000 membres. On y lit des inquiétudes concernant les potentiels effets cancérogènes des fréquences électromagnétiques, des questions quant au coût financier et énergétique de la technologie, des remarques sur la pollution visuelle (la 5G nécessitera l’installation de plus d’antennes que la 4G),  et des hypothèses loufoques sur l’effet de la 5G sur l’agressivité des animaux sauvages, par exemple.

Ces craintes sont parfois alimentées par des fake news. En novembre 2018, la 5G était accusée d’avoir tué une centaine d’oiseaux dans un parc de La Haye. Sauf qu’aucune expérimentation en cours n’a eu lieu dans cette partie des Pays-Bas, expliquait 20 minutes. En mars 2019, le site anti Linky « Enedis, touche pas à mon compteur » avançait qu’à Grenoble des arbres étaient coupés pour permettre l’installation d’antennes 5G. Une intox démentie par Ouest France quelques jours plus tard.

En parallèle, le site d’information Reporterre rappelle qu’aucune étude épistémologique n’a encore été menée pour mesurer les effets des ondes à très haute fréquence sur l’organisme.

La 5G annoncée comme une révolution par ses promoteurs 

Les critiques contre la technologie sont aussi virulentes que le discours marketing est dithyrambique. À en croire Orange, la 5G permettra un monde hyper-connecté et meilleur. « La 5G avec des milliards d’objets connectés simultanément et ses nouvelles applications permettra, à terme, de développer des villes et des écoles intelligentes, des traceurs GPS pour objets et animaux, la domotique dans les maisons, des véhicules intelligents et plus fiables. Elle améliorera aussi les soins de santé et l’éducation », lit-on sur le site de l’opérateur.

Sauf que pour un citoyen lambda, difficile de comprendre l’intérêt réel de la 5G. Et c’est peut-être l’une des raisons de la méfiance. Télécharger un film en quelques secondes, se passer des temps de latence lors de visio-conférences, jouer aux jeux en ligne de manière plus fluide… Ces avantages concrets de la 5G paraissent un peu maigres pour justifier le déploiement massif de la technologie. La 5G « n’est pas la priorité sur l’agenda des usagers », estime Dominique Boullier, professeur des universités en sociologie, spécialiste des usages du numérique et des technologies cognitives, interrogé par l’émission Du grain à moudre de France Culture.

Une techno pour les entreprises, moins pour les consommateurs

Les applications les plus intéressantes de la 5G sont surtout dédiées au monde industriel. La 5G promet d'améliorer la connectivité des usines par exemple. Elle sera aussi un moyen d’accélérer le développement du véhicule autonome. « L’objectif de la 5G, ce n’est pas d’améliorer la vie des consommateurs. L’objectif est de s’adresser à des marchés B to B », expliquait Jean-Pierre Benghozi, directeur de recherche CNRS, ancien membre du Collège de l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (Arcep), dans la même émission France Culture.

Les controverses autour de la 5G illustrent aussi une tendance de fond, dont témoignaient déjà les critiques contre le compteur Linky : la remise en cause des autorités scientifiques. « Il y a un déclin frappant de l’autorité sociale et culturelle des institutions scientifiques, dû aux réseaux sociaux qui nous saturent d’informations et mettent opinion et savoir scientifique sur le même plan », expose Virgine Tournay, directrice de recherche au CNRS dans les sciences du politique et membre du Cevipof, à L’Usine Nouvelle.

La promo de la 5G comparée aux pubs de l'industrie du tabac dans les années 60 

La remise en cause de la « vérité scientifique » par les citoyens s’est nourrie de l’accumulation des scandales industriels. « La fabrique du doute, chère aux cigarettiers, est emblématique : pendant près d’un demi-siècle, ces derniers ont, tout en connaissant la nocivité du tabac, mené campagnes de presse et études mensongères affirmant l’innocuité des cigarettes pour annihiler l’impact des études démontrant leur danger », explique le magazine. De nombreux messages anti-5G sur les réseaux comparent la promotion de la 5G à la publicité de l’industrie du tabac dans les années 1960.

Pourtant, contrairement au tabac, le lien entre 5G et effets néfastes sur la santé est loin d’être avéré. Pour Anne Perrin, membre de l’Association Française pour l’information scientifique (AFIS) et biologiste co-autrice du livre Rayonnement électromagnétique, environnement et santé, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. « Je ne suis pas inquiète à ce sujet car aucun effet des radiofréquences sur la santé n’a été démontré en dessous des seuils réglementaires en vigueur, qui s’appliqueront aussi à la 5G. Le problème, c’est que de nombreux articles de presse sur les dangers potentiels de la 5G mettent sur un même plan l’opinion d’un groupe de signataires d’une pétition et les expertises du monde entier qui analysent l’ensemble des études scientifiques. Il est alors facile de dire que l'on ne sait rien », explique-t-elle.

Au-delà des inquiétudes sanitaires, la 5G cristallise beaucoup des craintes liées au numérique. La technologie promet l’hyper-connectivité. Elle est aussi vendue comme un moyen d’absorber la très forte croissance du trafic de données, de mails, de vidéos etc. Or beaucoup de voix commencent à s’élever contre cette hausse du trafic, et prônent au contraire une sobriété numérique, plus adaptée à la transition écologique. 

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