Jeune femme tenant des herbes devant son visage sur fond de champs de blé

Veganomics : quels sont les 5 marchés transformés par le véganisme ?

© Daria Shevtsova et Pixabay via Pexels

Plus qu'un simple régime alimentaire, le véganisme est une économie. Zoom sur les menaces et les opportunités pour 5 marchés avec Astrid Prévost, présidente du Réseau V-Entrepreneurs.

ALIMENTATION : Poule aux no-œufs d'or

QUEL MARCHÉ ? Manger éthique, écologique et responsable, sans sacrifier le goût et le plaisir. Pour 1 Français sur 5 qui se déclare flexitarien, cette promesse est devenue une réalité quotidienne. De jeunes marques pionnières ont montré la voie, à l'image de Happyvore pour la viande végétale. Mais les industriels s’y mettent aussi. C’est le cas d’Unilever, Danone et Bel, qui ont lancé récemment des versions végétaliennes de leurs produits phares. Enfin, l’économie végane possède aussi ses poids lourds, à l’image de Beyond Meat (viande végétale) et Oatly (produits laitiers végétaux) dont la croissance à deux chiffres affole les filières traditionnelles. Les lobbies sont en embuscade et mènent une véritable bataille juridique, en particulier dans le champ sémantique. En jeu, la possibilité pour ces marques alternatives d’utiliser les appellations « fromage » , « lait » ou encore « steak » . 

PERSPECTIVES :  162 milliards de dollars. C’est la valeur du marché des aliments véganes attendue à l’horizon 2030 (rapport Plant-Based Foods Poised for Explosive Growth de Bloomberg Intelligence).

LES TIPS D’ASTRID : Yumgo, le substitut aux œufs pour la pâtisserie, Papondu, l’alternative végétale à l'œuf, Jay&Joy, la crèmerie végétale, VG pâtisserie, la pâtisserie fine végétale, l’épicerie historique Un monde vegan à Paris. 

COSMÉTIQUES : De l'éthique dans ton lipstick

QUEL MARCHÉ ? Formulée sans produits d’origine animale (lait, miel, cire d’abeille, glycérine animale) et sans tests sur les animaux (déjà interdits en Europe depuis 2013), la cosmétique végane se présente comme résolument éthique. Le marché est en forte croissance et en rayons, le nombre de produits marqués du label « vegan » a explosé. Même les gros s'y sont mis. L’Oréal Paris propose ainsi la gamme Botanicals Fresh Care quand Unilever met en rayon Love Beauty and Planet. Le véganisme, nouvel argument marketing des géants de la cosméto ? Difficile en effet de se faire un avis devant la profusion de labels : bio, vegan, cruelty-free... Ce qu'il faut garder en tête pour arbitrer : le label végane ne garantit pas systématiquement la qualité des actifs utilisés, ni les conditions éthiques de leur production. Il garantit en revanche l'absence de produits d'origine animale et de test sur les animaux.

PERSPECTIVES : 20,8 milliards de dollars d’ici 2025. C’est la valeur de l’industrie mondiale des cosmétiques véganes (rapport Vegan Cosmetics Market Size de Grand View Research). 

LES TIPS D’ASTRID :  Le Rouge Français, garanti 100 % éthique, The Body Shop et Lush, marques historiques dans leur combat contre la souffrance animale, The Green Emporium, la marque grande distribution de Lamazuna. 

MODE : Se vêtir sans faire souffrir

QUEL MARCHÉ ? Alors que l’industrie de la mode affiche un bilan catastrophique tant d’un point de vue social que d’un point de vue écologique, de nouveaux venus bouleversent les pratiques. Relocalisation, fabrication durable et innovation dans le design et les matières premières permettent ainsi au secteur de repenser les conditions de son écoresponsabilité. C’est le cas des alternatives végétales au cuir. Piñatex est une fibre ultrarésistante conçue à partir d’ananas. Pensée pour remplacer les cuirs traditionnels, elle vient compléter de nouveaux matériaux conçus à partir de champignons, de raisin (Vegea Company), ou même de pommes (Beyond Leather, Apple Skin). Côté marques, certaines s’étaient déjà mises à la page avec succès, comme Dr Martens. La gamme végane du bottier anglais avait même permis à la marque de nettement relancer ses ventes. À Paris, la boutique Manifeste011 propose une sélection pointue de jeunes marques véganes. 

PERSPECTIVES : 70 % des Français se disent prêt.e.s à cesser d'acheter de la fast fashion (sondage IFOP pour Purpose Lab et Le Nouveau Modèle). 

LES TIPS D’ASTRID : Up’Swing, sa propre marque de chaussures pour enfant écoresponsables, Ashoka, la maroquinerie éthique, la désormais incontournable Veja, la créatrice Marine Serre et ses collections recyclées. 

LOISIRS : Take a walk on the slow side

QUEL MARCHÉ ? Conséquence d'une demande pour des modes de vie et de transports décarbonés et respectueux de l’environnement en forte croissance, le marché des loisirs véganes prend tout juste son essor. En matière de tourisme, deux écueils freinent toutefois son développement : le manque d’information sur les alternatives existantes et les prix qui ne font pas encore dans l’auberge de jeunesse. Dans un tout autre registre, le marché de la sexualité végane (sextoys, lubrifiants) est lui déjà en très grande forme. Godemichés en matières naturelles recyclables chez The Gaia Eco, préservatifs et lubrifiants sans collagène d’origine animale ni produits d’origine pétrochimique chez Dame Products, batteries rechargeables et remplaçables chez Goliate Paris...la gaudriole se cuisine aussi à la sauce végane. 

PERSPECTIVES : 55 % des utilisateurs de la plateforme Booking.com sont enclins à mettre en place des actions plus respectueuses de l’environnement pendant leurs congés (rapport Booking.com 2020 sur l’écotourisme). Quant au marché de la « sextech » qui planche sur l’innovation en matière de plaisir, il pourrait peser 91 milliards d’euros d’ici 2027, selon l’Allied Market Research.

LES TIPS D’ASTRID : Veggie Hotels, pour planifier des vacances véganes, Vegan FoodTour pour des excursions culinaires véganes, Vegan CampSurf à Moliets et l’e-shop Point Q pour jouir éthique.

AGRICULTURE : Growing Green

QUEL MARCHÉ ? Mélanger des techniques issues de la permaculture et de l’agroécologie. Refuser l’élevage et les intrants qui en résultent (lisiers et fumiers). Encourager une production autonome et efficace. Tels sont les trois piliers de l’agriculture végane, qui entend dépasser le modèle délétère de l’agriculture conventionnelle en offrant une alternative efficace du point de vue agronomique. La suppression de l’élevage permettrait de libérer des terres cultivables de manière à ouvrir de nouvelles opportunités alimentaires, mais aussi de réduire drastiquement la consommation d’eau potable. L’absence d’intrants d’origine animale limiterait la pollution environnementale qui se retrouve dans les sols et les nappes phréatiques et cause des phénomènes comme les algues vertes qui envahissent les plages bretonnes. Une démarche encore minoritaire dont l’influence grandit.

PERSPECTIVES : La production d’1 gramme de protéine d’origine animale multiplie par 10 les besoins en ressources et les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la production d’1 gramme de protéine d’origine végétale (étude The opportunity cost of animal based diets exceeds all food losses du PNAS).

LES TIPS D’ASTRID :  Vtopia près de Liège en Belgique, Benoît Noël y développe un projet de microferme végane, agroécologique et sans élevage ; le Vegan Organic Network au Royaume-Uni, qui promeut une agriculture végane ; l’ouvrage Growing Green, pour une agriculture bio sans intrants d’élevage. 


Cet article est paru dans le dossier Le Clash : « Faut-il clouer les véganes au pilori ?  » de la revue 28 de L'ADN

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