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Ecosophie : et si la nature nous apprenait à innover  ?
© Boonchuay1970 via GettyImages

Ecosophie : et si la nature nous apprenait à innover ?

Le 13 mars 2019

Et si nous nous étions trompés de révolution ? Et si l’innovation n’était pas dans la tech mais dans notre capacité à nouer un autre type de relation avec la nature ? L’idée est nettement plus disruptive qu’il n’y parait.

Biomimétisme, la nature comme source d’inspiration

À coups de smartphones hyperpuissants et de projet Hyperloop, l’Homme se targue d’être l’être vivant le plus innovant. Sauf que la nature a toujours une longueur d’avance. 4 milliards d’années même. Côté R&D, elle fait mieux, plus efficace et sans détruire son environnement. Et contrairement à l’Homme, ses innovations sont toujours utiles. Il y a de quoi s’inspirer des plantes et animaux qui nous entourent. Les tribus amérindiennes le font depuis des siècles ; l’autrice Janine Benyus en a fait le sujet d’un livre en 1997, Biomimétisme : Quand la nature inspire des innovations durables . Nouvelles énergies, gestion de l’eau, biodiversité… d’après un rapport du Ceebios, le biomimétisme permet de répondre à 9 des 17 objectifs de développement de l’ONU.

Architecture, tech ou santé, le biomimétisme s’applique à tous les domaines. Au Zimbabwe, on imite les termitières pour construire des immeubles sans clim’. En Italie, le bambou inspire des prothèses osseuses à l’entreprise GreenBone. En Bretagne, l’hydrolienne d’Eel Energy crée de l’énergie en s’inspirant des ondulations des anguilles. Pas forcément besoin d’enfiler masque et tuba pour observer les vers marins. En matière d’innovation, le corps humain est déjà à la pointe. La start-up française Prophesee développe une caméra neuromorphique qui fonctionne comme l’œil humain et n’enregistre pas des centaines d’images par seconde. Et ça fait une sacrée différente sur la quantité de données stockées.

La permaculture ou comment miser sur des écosystèmes vertueux

Trouver le bon équilibre entre différentes plantes. Écouter la nature plutôt que de lui imposer sa loi. Miser sur la diversité pour accroître la résilience. Des principes simples et pas franchement nouveaux mais il aura fallu attendre 1974 pour que l'Australien Bill Mollison théorise la permaculture. Il était temps. Depuis 1940, l’efficacité énergétique de notre modèle agricole a été divisée par 25. On consomme beaucoup plus d’énergie qu’on n’en produit.

Au-delà de l’agriculture, la permaculture questionne notre rapport à l’éducation, au partage des ressources et à un système fondé sur le profit et la croissance infinie. En Australie, Crystal Waters, premier éco-village construit sur le principe de la permaculture, accueille désormais 250 habitants. On y vit en communauté - sur des terrains privés, tout de même - organisée autour du modèle de la coopérative. En France, le réseau Fermes d’avenir fédère et accompagne plus de 700 projets permacoles. Des micro-fermes de quelques hectares qui sortent des modes de financement traditionnels et trouvent des soutiens sur les plateformes participatives spécialisées comme Blue Bees ou Miimosa.

Un rapport Inra démontre la viabilité économique du modèle.  Mais les adeptes, souvent néo-ruraux, préfèrent prôner des cultures à taille humaine. La transmission des savoirs est au cœur de la philosophie de ces éco-fermes. Et de leurs revenus. Le mouvement n'a donc pas encore tissé de vrais liens avec l'industrie agro-alimentaire. Dans l’Essonne, Brétigny-Sur-Orge se prépare à accueillir une exploitation permacole à taille industrielle. 60 hectares, la taille moyenne d'une exploitation française. Mise en culture prévue pour 2019.

Apprendre à penser comme un arbre

Malgré les critiques de certains scientifiques qui regrettent son approche anthropomorphique, le forestier allemand Peter Wohlleben a écoulé plus d’un million d’exemplaires de La vie secrète des arbres. En France, le chercheur en écologie végétale du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), Jacques Tassin, nous enjoint dans un ouvrage paru en mai 2018 à Penser comme un arbre.

Mais que nous disent-ils ? Loin de l’individualisme humain, chaque arbre fait partie d’un gigantesque réseau de solidarité. Les arbres vivent en harmonie avec l’écosystème qui les entoure. Ils nouent des partenariats avec des champignons, des coléoptères ou des chenilles pour se défendre contre d’autres parasites. Sous terre, des réseaux mycorhiziens tentaculaires leur permettent de se soutenir en cas de coup dur et d’alerter les autres membres de l’espèce en cas d’agression. Dans ce « Wood Wide Web », pas de haut débit, pas de surconsommation d’informations. Les échanges entre êtres centenaires se font à leur propre rythme. En matière de gestion des ressources aussi, les arbres ont beaucoup à nous apprendre. Il suffit d’une sécheresse pour qu’ils apprennent à réguler leur consommation d’eau et adoptent la frugalité comme mode de vie.

De quoi bousculer notre rapport aux forêts, qui représentent 28 % du territoire métropolitain français ? L’Office national des forêts se veut rassurant. La surface forestière du pays augmente de 0,7 % par an. Mais l’abattage des grands arbres, parfois millénaires, se poursuit. Avec eux disparaissent leur capacité à purifier l’air, filtrer l’eau et réguler les températures...


Cet article est paru dans la revue 17 de L'ADN consacrée aux tendances 2019. Pour vous procurer votre numéro, cliquez ici.


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