habillage
premium
premium
Un jeune homme avec un carton de déménagement qui rentre dans une maison
© monkeybusinessimages via GettyImages

Génération Boomerang : les jeunes retournent chez leurs parents, et pas seulement à cause de la crise

Le 6 juill. 2020

La crise du Covid-19 va-t-elle enterrer le mythe de Tanguy et faire émerger une société plus intergénérationnelle ?

Ce n’est un secret pour personne, la crise sanitaire du Covid-19 s’accompagne d’une crise économique majeure. Le FMI prévoit déjà une récession mondiale de 4,9% pour l’année 2020. Un chiffre qui monte à -10% pour la zone euro. Des perspectives peu réjouissantes qui, pour les jeunes actifs ou tout juste diplômés, sont souvent synonymes de retour au foyer parental. D’après The Atlantic, aux États-Unis, le phénomène concerne près de 3 millions d’Américains âgés de moins de 25 ans. La « génération Covid » serait donc également la « génération boomerang ».

Retour à la case départ

Des jeunes adultes de retour chez leurs parents, le phénomène n’est pas inhérent à la pandémie actuelle. La crise financière de 2008 avait déjà provoqué un phénomène similaire. Mais d’après le journaliste Joe Pinsker, la situation économique n’est pas le seul facteur qui pousse les jeunes à revenir à la maison.

Deux ans après la crise de 2008, 13% des Américains âgés de 25-34 ans habitaient chez leurs parents. Une augmentation de seulement quelques pourcents par rapport aux données de 1980 à 2000. Mais surtout, ce chiffre a continué à augmenter une fois la récession et ses conséquences passées. En 2015, ils étaient 15% à être rentrés chez leurs parents et 17% en 2018. Résultat : en 10 ans, 2 millions d’Américains de moins de 34 ans ont réintégré le domicile familial.

En France, les derniers chiffres de l’INSEE sur le sujet datent de 2013. À l’époque 4,7 millions de Français adultes résidaient chez leurs parents dont 3 sur 10 qui avaient un emploi. Et ce n’était pas toujours une contrainte. Un tiers des sondés indiquaient ainsi qu’ils n’avaient pas l’intention de déménager, même s’ils en avaient les moyens. Derrière les raisons économiques se cache aussi un changement de mode de vie.

Et si habiter chez ses parents n’était plus la pire chose au monde ?

Le phénomène se démocratise peu à peu mais les adultes qui vivent chez leurs parents sont souvent stigmatisés. En 2001, la France découvrait Tanguy. Il a 28 ans, un travail, mais vit toujours chez ses parents qui cherchent à s’en débarrasser. Et tout le monde trouve ça drôle. À l'époque, habiter chez ses parents passé 25 ans ne peut signifier qu’une seule chose : être inadapté à la société. Mais les choses commencent à changer.

Les retours forcés à cause de la pandémie ont apporté leur lot de tensions, mais aussi de bonnes surprises. Interrogé par The Altantic, le professeur de psychologie Jeffrey Arnett explique que les jeunes adultes de retour s’entendent généralement bien avec leurs parents. De quoi même faire oublier les moments difficiles de l’adolescence pour entamer une nouvelle relation intergénérationnelle. Spécialiste des 18-29 ans, Jeffrey Arnett indique également que les parents bénéficient du retour de leurs enfants en appréciant le fruit de leur travail d’éducation. Gagnant-gagnant, donc.

Vers des sociétés intergénérationnelles

Pour Karen Fingerman, professeure à l’université d’Austin, c’est le signe que notre société s’oriente vers des liens intergénérationnels plus fort. En janvier 2020, elle a co-publié une étude montrant que les jeunes adultes actuels ont plus de contact avec leurs parents et reçoivent plus d’aides – psychologique ou financière – de leurs aînés qu’il y a dix ans. Les liens entrent les générations se renforcent et les désirs de cohabitation apparaissent. C'est peut-être la fin du « OK boomer » et du clash des générations perpétuel.

Alice Huot - Le 6 juill. 2020
À lire aussi
premium2
premium1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.