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C'est quoi Depop, l'application qui transforme les ados en entrepreneurs

Le 18 sept. 2019

Finis les petits boulots au McDo ! C’est en vendant des fringues sur Depop que les ados gagnent leur argent de poche. Ou beaucoup plus.

« Svp achetez mes trucs et financez mon année sabbatique – une semaine de délai pour que je poste les colis, je suis BUSY ». Avec une telle verve, on pourrait croire à un message de Sophia Amoruso, la créatrice à la langue bien pendue de Nasty Gal sur eBay, en 2006. Mais non, nous sommes bien en 2019. Et c’est sur Depop que @keelyrobison tente, sans détour, de se faire un peu d’argent.

eBay + Instagram = Depop

L’application britannique surfe sur la vague vintage qui transforme le secteur de la mode. À la croisée des considérations environnementales et d’un besoin croissant des consommateurs de sortir de l’uniformisation, le marché de la seconde main explose. Sur Depop, les utilisateurs créent leur boutique en ligne et vendent leurs objets aux quatre coins du monde sans quitter leur chambre. Comme sur eBay, donc. Ou Leboncoin. Ou Vinted. Et pourtant, c'est différent.

Sauf que sur Depop, on n’a pas l’impression d’être sur une marketplace où des particuliers bazardent leurs vieux vêtements. Non, on se sent comme sur Instagram. Les images sont léchées, les styles travaillés, la luminosité maîtrisée et les couleurs... pop. Et surtout, l’interface est quasiment similaire. Feed, bouton « like », commentaires, messages perso… tout y est. Vendre ses vieilles fripes est donc aussi facile que de partager ses photos de vacances. Seul pré-requis : posséder un compte PayPal.

Un iphone sur l'interface Depop

Crédit photo : Depop

Créer la nouvelle génération d’entrepreneurs

Fondée en 2011 à Milan par Simon Beckerman, c’est à Londres que l’application a pris son envol. Au Royaume-Uni, son marché d’origine, Depop fait partie du Top 20 des applications de shopping. L’application jouit même d’une audience quasi-exclusive avec seulement 4% de ses utilisateurs qui possèdent aussi son grand concurrent Vinted, note Ogury, spécialiste du marketing mobile.

Depuis 2016, Maria Raga est à la tête de ce réseau social du vintage. D’ailleurs, elle insiste, chez Depop, on ne dit pas « vintage », « seconde main » ou « fripe ». On dit « pre-loved », explique-t-elle au Guardian. Mais le message principal de la CEO, c’est surtout que Depop crée la nouvelle génération d’entrepreneurs. Et ça fonctionne plutôt bien.

La friperie de la génération Z

En 4 ans d’activité sur la plateforme, @gitanjali a accumulé 8 757 followers et vendu près de 300 pièces. Un hobby qui n’a pour but que de se faire un peu d’argent de poche – sans toutefois dévoiler le montant de ses ventes. À peu près toutes les semaines, la jeune Écossaise met en vente de nouvelles pièces sur son magasin digital. Des vêtements qu’elle ne met plus, un temps choyés et désormais prêts à passer dans d’autres mains. Le fameux « pre-loved » cher à l’application. Mais la majorité des habits présents sur son feed sont en réalité des pièces sélectionnées, en friperie, avec l’intention de les revendre.

La jeune vendeuse a donc bien l’âme d’une entrepreneuse. Et ce n’est pas un hasard si elle est sur la plateforme. « Les vêtements que je sélectionne s’adressent à un certain segment démographique. Et c’est sur Depop que se trouve ce public jeune », explique-t-elle. Un fait confirmé par l’application elle-même. Depop annonce que 90% de ses utilisateurs ont moins de 26 ans. Pour en avoir le cœur net, j’ai fait le test. Sur mes 300 amis Facebook, seulement 6 – majoritairement anglais – sont sur l’application. Le jugement est sans appel, je suis bien trop vieille pour Depop.

Acheté sur Facebook Marketplace, revendu sur Depop

Du haut de ses 18 ans, Charlie Gurnett, originaire d’une petite ville de l’Est de Londres, est parfaitement à l’aise sur Depop. Son profil affiche fièrement 159 objets vendus. Et surtout 19 000 followers qui suivent les nouveaux arrivages de son compte. Sa boutique virtuelle présente aussi bien des cartes Pokémon à £1,5 l’unité que des robes bon marché. Pour lui, les affaires fonctionnent plutôt bien et il vend « un ou deux articles par jour. »

Sur ses posts les plus récents, une identité visuelle se dessine. Chaque t-shirt est présenté sur un fond aux couleurs pop et motifs style Memphis. Comme le ferait une vraie marque. Mais l’ado l’assure, « pour le moment, Depop reste un passe-temps ». Habitué des marketplaces, Charlie utilise aussi Shpock, Facebook Marketplace et le site de petites annonces britannique Gumtree. Il fait des infidélités à Depop, certes. Mais c’est pour mieux y revenir. « J’achète et je vends des fringues sur ces autres plateformes mais je les utilise surtout pour acheter des objets à vendre sur mon Depop », explique-t-il.

Depop, la plateforme où les tendances apparaissent

Héritage de la fast fashion, la nouvelle génération change de style comme de chemise. C’est le sentiment d’Hannah qui remarque que « beaucoup de gens ne portent leurs vêtements qu’une fois puis les laissent de côté ». Une tendance en chasse une autre. Et c’est d’autant plus vrai à l’ère des réseaux sociaux. Avec son allure d’Instagram, Depop est aussi un lieu d’inspiration pour les jeunes utilisateurs, en quête d’identité et de style. D’après The Atlantic, on y voit émerger les nouvelles tendances de la mode. Parfois des mois avant Instagram. Quand elle n’ajoute pas de nouveaux vêtements à son profil, Hannah scrolle donc sur son feed pour découvrir de nouveaux styles. Et comme sur Instagram, il est infini.

Et où les stars naissent – et se recyclent

Outre les ados qui font leur fonds de placard, Depop regorge aussi de stars. Des influenceuses Instagram qui revendent les vêtements qu’elles ont obtenus gratuitement. Mais aussi des célébrités plus grand public. Comme les chanteuses des années 2000, Lily Allen et Kate Nash. Plus actuelle, le top model Emily Ratajkowski est aussi de la partie. Comme sur Instagram, un petit badge bleu indique son statut d’influenceuse. Même si sur Depop, elle n’a que 55 000 abonnés. Soit 24 millions de moins que sur Instagram… Plus jeune, la star de Game of Thrones, Maisie Williams vend aussi ses tenues sur l’application. Mais c’est pour la bonne cause. Les bénéfices sont reversés à trois associations qu’elle soutient.

Comme toutes les plateformes, Depop a aussi ses propres stars. La plus célèbre d’entre elles s’appelle Bella McFaddden. Sous le pseudonyme @internetgirl, elle est suivie par plus d’un demi-million de Depopers. La canadienne de 24 ans au look glam-goth des années 1990 est la plus grosse revendeuse Depop aux États-Unis. Et pour elle, Depop n’est plus un simple hobby. Face à son succès, Bella McFadden a arrêté la fac pour déménager à Los Angeles et se consacrer pleinement à Depop. Beaucoup d’ados préfèrent rester discrets sur les montants gagnés sur l’application, pas Internet Girl. L’entrepreneuse a des revenus à six chiffres, et ne s’en cache pas.

En répondant aux codes de la nouvelle génération, Depop a tout pour devenir un nouveau vivier de créativité et d'entrepreneurs. Et une nouvelle usine à créer des influenceurs.

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