Une personne bloquée dans un véhicule avec la vitre cassée

Quitter WhatsApp ? Plus facile à dire qu'à faire

© Toan Nguyen via Unsplash

L'annonce de la mise à jour des conditions d'utilisations de WhatsApp les a (enfin) décidés à abandonner l'application de messagerie. Mais les choses sont plus compliquées que de supprimer une icône sur son smartphone.

« À partir d’aujourd’hui, je suis joignable sur Signal » . Souvent accompagnés du hashtag #switchtosignal, les tweets du genre se multiplient depuis début janvier 2021. Parmi les apôtres de l’application de messagerie Signal, on ne trouve pas moins qu’Elon Musk. Le 8 janvier sur Twitter, il enjoignait sobrement ses 42,5 millions d’abonnés à quitter WhatsApp pour Signal.

Quelques millions d’abonnés en moins, mais une démarche commune qu’on retrouve chez Julien qui va jusqu’à rajouter le #switchsignal dans son pseudo. Sur son profil Facebook – toujours actif –, on tombe immédiatement sur le message : «  J'ai désinstallé WhatsApp et Messenger -> https://signal.org/fr/. »  Pour lui, c’est clair, 2021 sera l’année de la révolte.

New year, new me-ssagerie

L'année avait à peine commençé que WhatsApp annonçait une mise à jour obligatoire de ses conditions d’utilisation qui devait avoir lieu le 8 février. Dans un souci de transparence, l’application prévient en amont ses 2 milliards d’utilisateurs. Mais le résultat n’est pas celui escompté. Ces nouvelles conditions d’utilisation évoquent des changements dans la manière dont seront gérées les données personnelles. Elles impliquent de plus grands échanges avec les autres entités du groupe Facebook dont Instagram et Messenger.

Rapidement, c’est la panique côté utilisateurs et l’idée que WhatsApp va les obliger à partager toutes leurs données privées avec Facebook se répand comme une traînée de poudre. La fronde s’organise et les appels à quitter la messagerie rachetée par Facebook en 2014 affluent sur Twitter. D'après les chiffres de Visibrain, depuis le début de l'année 2021, on compte plus de 700 000 messages mentionnant Signal. Soit 20 fois plus qu'avant. Telegram, une autre messagerie alternative connue pour son respect de la confidentialité des utilisateurs, profite du même effet avec près de 2 750 000 de tweets publiés, soit trois fois plus qu'avant. 

L'emballement médiatique sur Twitter se traduit en actes dans les smartphones. En quelques jours, Signal se classe en tête des applications les plus téléchargées sur l’App Store et le Google Play Store. Suivie de près par Telegram. 

Le réveil du grand public

Julien, 36 ans, fait partie de ceux qui se sont tournés vers Signal il y a une semaine et demie. L’Alsacien nous l’assure, « depuis, je reçois tous les jours des notifications de nouveaux contacts qui rejoignent l’appli » . Militaire de formation, Julien se qualifie de « geek » et anime le blog Back Slash sur lequel il partage ses passions autour de la Tech. Sensibilisé à la question des données personnelles, il n’a pas hésité à voir dans ce début d’année le signal qu’il fallait abandonner WhatsApp.

Quelques twittos technophiles qui essaient, encore une fois, d’échapper aux GAFA et nous alertent sur la sécurité de nos données… jusque-là, rien de bien nouveau, en fait. Mais cette fois-ci, l’inquiétude sort de la sphère Twitter et touche le grand public, en plein cœur. « Très rapidement, j’ai reçu des messages d’amis dans des groupes WhatsApp qui annonçaient leur départ sur Signal ou Telegram » , raconte Eric, 45 ans, qui travaille dans le secteur de la communication. Pourtant, dès 2019, le lanceur d’alerte Edward Snowden nous conseillait de désinstaller WhatsApp au profit de Signal – il s’inquiétait aussi d’un manque de transparence sur Telegram. À l’époque, sur WhatsApp, on était loin d’un exode massif. Mais à la faveur d’une mauvaise com’ de WhatsApp, le message de l’expert en cybersurveillance trouve enfin de l’écho.

Tous sur Signal !

Julien déclare que 80% de ses groupes WhatsApp ont déjà migré sur Signal. Même ceux auxquels il s’attendait le moins. « Dans la conversation familiale où il y a par exemple ma grand-mère, je n’ai même pas eu besoin d’expliquer la situation. C’est ma belle-mère qui a naturellement abordé le sujet et incité tout le monde à changer d’application » , confie-t-il, toujours un peu étonné. Utilisatrice de Signal avec un nombre restreint de contacts depuis des années, Aurélie fait état du même phénomène. Elle nous raconte avoir vu débarquer ses proches sur Signal de façon inattendue. Et elle se réjouit de pouvoir enfin utiliser plus régulièrement la messagerie cryptée.

Entre Facebook et le reste du monde, la confiance est rompue

Pourtant, l’entreprise de Mark Zuckerberg n’a pas été épargnée par les scandales ces dernières années. Malgré son ampleur, le scandale de Cambridge Analytica avait finalement à peine fait vaciller Facebook. Christopher Willy, le lanceur d’alerte qui a révélé l’affaire, a beau en remettre une couche avec son livre Mindfuck (traduit en français en 2020 chez Grasset), rien n’y fait. Facebook aurait-il finalement versé la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

Pour les déserteurs de WhatsApp, aussi présents sur d’autres réseaux du groupe Facebook, toucher à l’application de messagerie a quelque chose de particulier. Alors que tout le monde a plus ou moins intégré que la photo de notre chat postée sur Insta est quasiment publique, les conversations privées sont considérées comme les derniers bastions de l’intimité. D’autant que depuis ses débuts, WhatsApp jouissait d’une image d’application sûre grâce à son chiffrement de bout en bout. Une mesure de sécurité qui ne sera pas remise en cause par la mise à jour des conditions générales d’utilisation.

« Un modèle façon Instagram, non merci »

En regardant de plus près les changements de CGU de WhatsApp – ce qui n’est pas aisé vu l’ampleur de la tâche –, on s’aperçoit que la fameuse mise à jour ne va pas changer grand-chose pour les particuliers et concerne surtout les entreprises. Julien fait partie des 3 Français sur 10 qui lisent les CGU. Même rassuré sur la confidentialité de ses conversations, ça ne change rien à sa décision de quitter la messagerie.

« Cette mise à jour indique surtout que WhatsApp va aligner sa régie publicitaire avec celle de Facebook. Mais un modèle façon Instagram, non merci, » explique-t-il. Plus que l’utilisation de ses données, il craint de voir les publicités envahir ses conversations « comme sur Instagram où une story sur trois est une pub » . Une situation qu’il juge inévitable à la longue. Les tentatives de WhatsApp pour rassurer ses utilisateurs n’auront donc pas d’effet sur lui. « C’est le côté intrusif de la publicité qui me gêne vraiment » , conclut-il.

Une transition plus difficile qu’il n’y paraît

Qu’on ait lu ou non les nouvelles CGU, qu’on ait peur pour ses données perso ou qu’on se sente « déjà foutu » comme Éric, abandonner WhatsApp n’a rien d’un parcours de santé. « À part si je me coupe d’une partie de mes contacts, c’est impossible de quitter WhatsApp d’un seul coup, » affirme celui qui s’est d’abord imaginé supprimer la petite icône de téléphone vert. Mais dans son smartphone, cette vague de panique résulte surtout en une multiplication des applications. Désormais, en plus de WhatsApp, Messenger, ses SMS et ses mails, il jongle avec Signal et Telegram. « Il m’arrive donc de passer à côté de certains messages, » confie-t-il, résigné « mais pas encore blasé » .

Même les plus prosélytes se retrouvent pris en étau entre plusieurs messageries. « Pour le moment, je fais cohabiter WhatsApp et Signal mais c’est transitoire. À terme, je compte bien supprimer WhatsApp » , déclare Julien avec confiance. Il affirme n’avoir essuyé aucun refus de la part de ses contacts à le suivre sur Signal. Mais tous les carnets d’adresse ne sont pas aussi conciliants. « Si je demande à certaines personnes de basculer sur Signal, je sais qu’ils ne le feront pas » , soupire Éric. « Je ne suis pas convaincu qu’il y aura une migration complète, » conclut-il en espérant qu’une autre appli pourra réunir autant d’utilisateurs que celle au téléphone vert. Pour le moment, nous assistons à la fin de l’hégémonie de WhatsApp plus qu’à la fin de WhatsApp.

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commentaires

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  1. Valentine Herrenschmidt dit :

    Article très intéressant !!
    PS : Attention à la faute d'orthographe ici : "L'année avait à peine commençait"

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