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Une femme qui regarde son écran d'ordinateur assise sur son canapé

Qui sont ces gens qui changent de vie grâce aux documentaires ?

Le 12 déc. 2019

Grâce à Netflix, le documentaire n'a jamais été aussi tendance. Loin d'être une simple mode, ce genre nous fait aussi changer de vie. Témoignages.

Ils s’appellent Kip Andersen, James Wilks, Joshua Fields Millburn… et ils veulent nous faire changer de vie. Leur mode d’action, c’est le documentaire. Et leur terrain de jeu se nomme Netflix. Productions originales ou non, la plateforme de streaming est passée maîtresse en la matière et a complètement dépoussiéré le genre. Au-delà de la simple source d’information ou de divertissement, ces contenus nous aident aussi à prendre conscience de la société dans laquelle nous vivons. Et même à agir. Ces 6 témoignages nous montrent l’impact que ces docus nouvelle génération peuvent avoir sur nos modes vie.

Netflix, la star des documentaires

Impossible de parler documentaires vidéo sans évoquer Netflix. C’est donc sur la plateforme que Charline, 29 ans, a découvert The Minimalists, il y a deux ans. Le film raconte l’histoire de Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, adeptes d’un mode de vie épuré. « Le documentaire est très incarné. Les deux réalisateurs parlent de leur vie. C’est assez intime et on peut facilement s’identifier », se souvient la chargée de projet dans l’informatique. Elle reconnaît que The Minimalist est tourné « un peu à l’Américaine » et tire sur la corde du pathos mais la vidéo a néanmoins transformé son rapport à la consommation.

Une semaine après avoir regardé le documentaire, chez Charline, c’est le grand ménage de printemps. Elle raconte avoir « vidé tous [ses] placards et donné la moitié de [ses] vêtements. » Deux ans après, la Nantaise ne se définit pas comme minimaliste mais elle a gardé l’habitude de trier régulièrement.

Marquée par les intérieurs dépouillés des deux protagonistes qui vivent seulement avec « leur ordinateur et trois paires de chaussettes », Charline a redéfini sa relation aux objets matériels. Celle qui faisait les magasins toutes les semaines « sans se poser de questions » a désormais une nouvelle approche. Deux ans après sa prise de conscience, à chaque achat elle se demande « est-ce que j’en ai vraiment besoin ? » Netflix n’a pas résisté au test puisque Charline a depuis résilié son abonnement.

Mais avant Netflix, les documentaires changeaient déjà nos vies

Jeanne, 25 ans, n’a pas attendu Netflix et son algorithme pour regarder des documentaires qui ont changé sa vie. En 2014, elle a été frappée par 100 % Made in France de Benjamin Carle diffusé sur Canal+.

Alors qu’Arnaud Montebourg et sa marinière menaient la bataille du made in France, le journaliste Benjamin Carle a tenté de relever le défi de vivre uniquement avec des produits français. Cinq ans plus tard, Jeanne se souvient d’un passage qui l’a particulièrement touchée. Le journaliste allait à la rencontre d’un éleveur et soulignait le fait que « consommer français, c’est faire vivre son voisin. »

L’expérience du journaliste se termine sur la conclusion qu’il est impossible de vivre totalement Made in France. Pourtant, c’est bien son documentaire qui a fait prendre conscience à Jeanne qu’elle pouvait au moins essayer de consommer plus de produits français. « Depuis, je fais toujours attention à regarder la provenance des produits que j’achète, » conclut-elle.

Le poids des mots mais surtout le choc des images

Choquée par un reportage d’Hugo Clément pour Konbini, Valentine, 23 ans, a décidé de ne plus jamais mettre les pieds dans un McDonald’s. Comme beaucoup, elle n’a pas découvert le sujet de l’élevage industriel avec la vidéo. Dans son entourage, sa tante avait d’ailleurs déjà eu la même prise de conscience après un reportage à la télévision. Il y 4 ans. Mais à l’époque, pour Valentine, « c’était des informations qui entraient par une oreille et ressortaient immédiatement de l’autre. »

Quand cette vidéo sur « la face cachée des nuggets de poulet McDonald’s » est apparue sur son fil d’actualité Facebook, la jeune Business Developpeuse a choisi de la regarder. Évidemment, elle avait une idée de ce qu’elle allait y trouver. Mais la bonne vieille recette de Paris Match fonctionne toujours et le choc des images a convaincu Valentine.

Quelques mois après avoir vu la vidéo, elle avoue ne pas se rappeler du contenu du reportage mais uniquement de « ces images de poussins entassés les uns sur les autres, parfois incapables de tenir debout. » Radical et efficace.

« On sait bien qu’on peut faire dire ce qu’on veut aux études »

Hyacinte, 27 ans, n’a pas attendu qu’un documentaire lui tombe dessus par hasard. Elle s’intéresse depuis longtemps au sujet de l’alimentation, surtout dans l'optique de perdre du poids. Elle tombe rapidement sur des contenus liés au végétarisme et au véganisme. Et avec la pléthore de vidéos accessibles sur Internet et de docus souvent popularisés par Netflix, l’entrepreneuse installée à Londres a pu assouvir sa soif de connaissances. Et finalement, c'est plutôt la cause animale que la perte de poids qui finit par guider ses recherches.

En 2012, elle s’essaie au végétarisme sans grand succès. Les nombreux documentaires qu’elle regarde ont très peu d’impact sur sa vie. Même le grand classique What the Health de Kip Andersen n’a aucun effet sur elle. « C’est très orienté. Le réalisateur s’appuie sur des chiffres mais on sait bien qu’on fait dire ce qu’on veut aux études », raconte-t-elle, sceptique.

Pourtant depuis 2017, Hyacinte ne consomme plus aucun produit d’origine animale. Loin des documentaires traditionnels, c’est sur YouTube qu’elle a eu la révélation. Le format est plus proche de la conférence mais la construction ressemble à celle d’un documentaire. Sauf qu'à l’inverse des docus traditionnels, la vidéo ne repose ni sur des anecdotes ni sur des études « plus ou moins modifiées pour soutenir l’argumentation ». Pour Hyacinte, ça fonctionne et en une heure, la vidéo « déconstruit tous les préjugés qu’[elle] pouvait avoir sur les vegans » et la convainc d’adopter ce mode de vie. Pour le bien-être animal, et non comme un simple régime.

Végétalienne depuis plus de 2 ans, elle continue à regarder des documentaires sur le sujet. Pas pour se convaincre, mais pour rester au courant de l’actualité et pouvoir en débattre avec les gens.

Sur Netflix, un documentaire peut en cacher un autre

Sorti mi-octobre 2019, The Game Changers a déjà beaucoup fait parler de lui. Le documentaire made in Netflix a même changé la vie de Mathieu, 33 ans, et Claire, 30 ans, en couple à Paris. Pourtant, pour Mathieu, c’était loin d’être une évidence. Peu intéressé par le sujet, c’est Claire qui insiste pour qu’il regarde ce « documentaire fascinant ».

Pour l’un comme pour l’autre, l’effet est quasi-immédiat. « Au début du reportage, on voit l’exemple d’une cycliste américaine qui devient médaillée olympique alors qu’elle a la quarantaine. Je me suis dit que les exemples présentés étaient vraiment incroyables, » explique Mathieu. Lui-même joueur de hockey à haut niveau, ils se sent immédiatement concerné.

Face aux informations très riches d’un documentaire, il y a deux types de spectateurs : ceux qui font leur propre fact checking et ceux qui tentent de reproduire les expériences. Claire et Mathieu font partie de ces deux catégories. Étonnée par certaines informations, Claire se renseigne et cherche d’autres points de vue sur Internet... avant de se lancer à fond avec son conjoint.

Pour Claire, c’est un changement radical. Pour Mathieu, une expérience d’une semaine pour « voir s’[il] pouvait obtenir des résultats semblables à ceux du documentaire. » L’expérience est concluante et Mathieu consomme désormais de la viande « 3 ou 4 fois par semaine maximum. »

Sur Netflix, un documentaire peut en cacher un autre. L’algorithme de la plateforme leur conseille donc un autre documentaire : What the Health. Bien vu. Car Mathieu l'affirme : avoir vu The Game Changers l’a rendu « réceptif aux informations de ce second documentaire. »

Une nouvelle vague de documentaires méta-médias pour une transformation tout inclus

Diffusé en 2017, le documentaire de Kip Andersen s'accompagne d'une plateforme numérique et d'une application. On y trouve des informations, des recettes simples pour passer à une alimentation végétale et même un accompagnement personnalisé. Dans la même veine, la plateforme Game Changers Movie poursuit l'expérience du film et propose des recettes vegan. Une sorte de kit pratique pour transformer les spectateurs en acteurs. Et c'est sûrement ça qui permet à ces nouveaux docus de nous faire passer à l'action bien plus vite que les 44 saisons de Thalassa.

Alice Huot - Le 12 déc. 2019
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