habillage
premium
premium
Un homme qui hésite en faisant ses courses au supermarché
© Traitov via GettyImages

La crise sanitaire va-t-elle détruire nos efforts pour le zéro déchet ?

Le 3 avr. 2020

Règles sanitaires, méfiance envers le vrac, fermeture des commerces locaux... le mouvement zéro déchet est-il menacé par la crise ? Interview de Laura Chatel de l'association Zero Waste France.

Interdiction du plastique à usage unique, mesures contre le gaspillage alimentaire, développement du vrac… avant le 16 mars 2020 et le discours d’Emmanuel Macron, nous étions déjà en guerre. Contre les déchets. Mais depuis que nous sommes confinés et que l’économie est à l’arrêt, le mouvement zéro déchet semble lui aussi au point mort.

La crainte de la pénurie a poussé les consommateurs vers des produits packagés plutôt que vers les bacs de céréales en vrac. Les semaines ont passé et les Français sont rassurés par leurs supermarchés approvisionnés par des travailleurs non-confinés. Pour certains, cette crise est même l’occasion de mettre en place une politique de transition écologique ambitieuse. C’est le cas pour plus de trois quarts des citoyens d’après une étude YouGov. Et près de 68% des Français pensent adopter un comportement plus éco-responsable suite à cette crise.

Des chiffres encourageants. Mais entre la tentation du plastique à usage unique pour des questions sanitaires et l’impact du confinement sur les petits acteurs locaux de notre économie, on peut se demander si nos belles intentions pour une consommation plus éco-responsable ne vont pas tomber à l’eau. Nous avons donc posé quelques questions à Laura Chatel, responsable du plaidoyer au sein de l’association Zero Waste France.

Les mesures d’hygiène à prendre contre la pandémie sont-elles compatibles avec un mode de vie zéro déchet ?

Laura Chatel : De manière générale, on peut continuer à faire des efforts pour le zéro déchet pendant la crise, selon sa situation. Par exemple, la vente en vrac n’est pas incompatible avec les mesures de précautions. La plupart des magasins ont mis en place des mesures pour pouvoir continuer à servir leurs clients. Comme tous les commerces alimentaires, ils doivent s’adapter, mais ils savent le faire.

Consommer des produits emballés plutôt qu’en vrac pourrait être considéré comme rassurant...

L.C. : L’usage unique ne protège pas du virus. Des études ont montré que le virus peut survivre plusieurs heures sur le carton ou le plastique. L’emballage peut donc sembler plus protecteur mais il a été manipulé par plusieurs personnes avant d’arriver dans les mains du consommateur. Il faut y appliquer les mêmes précautions que celles qu’on applique, peut-être plus naturellement, aux produits vendus en vrac. Et c'est important de passer ces messages non pas pour sauver le mouvement zéro déchet, mais surtout pour des questions sanitaires. Heureusement, en France, on n’a pas encore vu des lobbies qui essaieraient de vanter l’intérêt du plastique dans cette crise.

Les mesures prises pour limiter la propagation de l’épidémie – fermeture de nombreux commerces, confinement… –  peuvent-elles avoir un impact sur le mouvement zéro déchet ?

L.C. : La situation est inédite et c’est encore difficile de savoir quel va être l’impact de la pandémie sur nos usages. C’est tout à fait normal que les efforts en matière de zéro déchet diminuent dans le contexte actuel. Et ce n’est pas dramatique. Certaines personnes sont dans des situations vraiment compliquées. Il est évident que le zéro déchet n'est pas leur priorité. Surtout, il ne faut pas se flageller si on doit stopper nos efforts à cause du contexte actuel. D’ailleurs, arrêter les efforts pendant un temps donné, c'est une quelque chose qui arrive aussi hors pandémie. Mais à cause du contexte actuel, on a affaire à un phénomène généralisé. En revanche, au moment de la sortie de crise, il faudra être très vigilant collectivement à ce que cette période de confinement ne soit pas un retour en arrière.

Outre les habitudes des consommateurs, le mouvement zéro déchet repose sur des petits acteurs, souvent locaux. Quels sont les risques pour eux ?

L.C. : Effectivement, le zéro déchet ce n’est pas seulement ne plus consommer de plastique. C’est un mouvement global qui implique de privilégier les petits commerces, les acteurs sociaux et solidaires et les circuits de seconde main.

Pour le moment, les gagnants sont les supermarchés, Amazon et la livraison à domicile – très génératrice de déchets. Toutes les petites alternatives qui s’étaient patiemment construites et qui étaient portées par cette tendance de consommation sont menacées aujourd’hui. Quand l’épidémie sera derrière nous, en tant que citoyens, on aura un vrai rôle à jouer pour que ces initiatives locales se maintiennent. Il faudra un vrai soutien de la part du mouvement zéro déchet mais aussi une politique nationale pour les aider. On ne peut pas seulement sauver Air France.

Vous parlez du mouvement zéro déchet comme d’un « projet de société ». Justement, qu’est-ce que ce projet peut apporter à la société de l’après-crise ?

L.C. : Il y a aussi une façon optimiste d'envisager cette crise. On peut imaginer que la crise actuelle permette d’accélérer le mouvement de notre société vers le zéro déchet. C’est effectivement un projet global qui implique de la relocalisation et une attention particulière aux acteurs locaux. Mais aussi, de façon très concrète, des personnels mieux formés dans les commerces alimentaires. La vente en vrac impose une très bonne connaissance des règles d’hygiène et les salariés y sont donc mieux formés que dans la grande distribution. Aujourd’hui, les grandes enseignes ont du mal à maintenir leurs rayons « à la coupe » à cause d’une baisse de personnel et un manque de salariés formés. C’est donc important de développer les filières de vrac en prévision de futures crises sanitaires. Il y a un vrai sujet de résilience et le mouvement zéro déchet peut y répondre.

Alice Huot - Le 3 avr. 2020
À lire aussi
premium2
premium1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.