Deux fois la même étudiante, en miroir

Normal, moyen, « basic » ou «  average » : ils célèbrent le fait de ne pas être exceptionnels

© Anastasiya via Pexels

S'imaginer promis à un destin hors du commun, c'était le fardeau des millennials. Mais aujourd'hui, être « average » (moyen) ou « basic » (comme tout le monde) n'est plus ringard. C’est même vigoureusement recommandé.

Après avoir voulu à tout prix se différencier, s'autoriser à être « average » est accueilli comme une probabilité non seulement libératrice, mais aussi tout à fait désirable.

#average ou la célébration de la normalité

Ne pas être zèbre, HPI ou la prochaine Billie Eilish, c'était la grande désillusion des millennials, biberonnés à l'idée qu'ils étaient spéciaux et que leur avenir le serait tout autant. Alors que certains s'acharnent encore (le #dontbeaverage, pour « ne soyez pas moyen », cumule quelques 235 000 vues sur TikTok, principalement associées à des hommes bodybuildés en train de faire de la muscu...), d'autres revendiquent le fait d'être dans la norme. Et ils sont de plus en plus nombreux à faire rimer le #celebrate (célébrer) avec le #average. Ou comment le mainstream est en passe de devenir le nouveau cool.

Comme le dit l'américaine fan de poésie Whitney Hanson sur TikTok : « Je pense que nous passons trop de temps à avoir peur de notre propre médiocrité. (...). Notre réalité en tant qu'humains, c'est qu'on est tous un peu moyens à tout un tas de trucs (...) donc arrêtons de nous empêcher d'apprécier les choses que l'on aime sous prétexte que nous ne sommes pas des prodiges. (...) La vie est trop courte pour avoir peur d'être humain. »

Un message derrière lequel se range l'influenceur Sky McKee : « Vous non plus vous n'avez pas ce truc dans lequel vous excellez, mais vous arrivez à faire plutôt bien pas mal de choses ? C'est super, cela devrait être célébré, c'est ça être une personne équilibrée, je suis fier de vous. »

En ligne, d'autres tiktokeurs partagent aussi leur quotidien « moyen », à l'instar de Busola dans sa vidéo intitulée Not everyday has to be grand. Celebrate the little things (Toutes les journées n'ont pas besoin d'être grandioses. Célébrons les petites choses), assortie du #averagegirltiktok, qui cumule les 2,4 millions de vues...

La revanche de la VSCO girl

Figure incontestée de l'Internet de la fin années des 2010, la VSCO girl, archétype de l'adolescente cool, est née sur Tumblr. En 2017, elle était le comble du trendy, avec plus de 1,7 million d’occurrence du #VSCOgirl sur Instagram en 2019. Mais rapidement, la VSCO girl est moquée car jugée trop mainstream, avec sa gourde réutilisable, ses chouchous, son sac à dos Kanken de la marque Fjällräven, son amour pour les pumpkin spice latte et la série Friends. En un mot, cette girl next door est trop basic, comprendre : une basic bitch. Pour le Urban Dictionary, cela signifie être « extra regular » (extra normal), ce qu'il ne faut donc surtout pas être, car signe de médiocrité.

Jusqu'à aujourd'hui, où la pop culture réhabilite la basic bitch et la VSCO girl comme étant des parangons de cool, car à l'aise dans leur baskets et en phase avec elles-mêmes. En témoigne le succès de la vidéo I'm Basic and So Can YOU! diffusée sur YouTube, qui démantèle les stéréotypes négatifs associés au fait d'être basic, se moquant de ceux qui souhaitent se différencier par des goûts et inclinaisons perçus comme étant alternatifs.

L'objectif : encourager les internautes à embrasser le fait d'être comme tout le monde et d'assumer son amour pour les bougies parfumées, les vêtements Urban Outfitters et les concerts de Taylor Swift.

Dans la même idée, les youtubeuses de The Take s'attaquent à la question dans leur vidéo baptisée In Defense of Basic, où elles louent la fraîcheur de la basic bitch, prenant ainsi la suite de l'autrice Daisy Buchanan. Dans un édito publié dans The Guardian en 2014, elle affirmait être fière d'être une basic bitch et ne pas avoir honte de son engouement pour des artistes populaires car elle était ce faisant fidèle à elle-même...

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