Sur fond bleu, des sodas rose et jaunes

Slushies et dirty sodas : le grand retour des boissons sucrées et colorées

© Marcelo Chagas et London Slush

Les sodas enrobés de sirops, crèmes et additifs douteux supplantent désormais les boissons à base de jus de céleris et d'épinards dans le cœur des internautes. Voilà pourquoi.

Il y a quelques mois, ils se passionnaient pour les boissons Starbucks compliquées et rendaient fous les baristas de l'enseigne américaine en réclamant des cafés agrémentés de sirops et parfums en tous genres. Aujourd'hui, après des mois de confinement et de pandémie, les injonctions sanitaires et hygiénistes ne passent plus auprès de certains consommateurs, qui la mine dégoûtée rejettent les green smoothies de that girl au profit d'un hédonisme plus gourmand...

C'est quoi les dirty sodas ?

On ne parle pas ici de simples sodas, mais de boissons à la texture et au goût bien particuliers. Il y a d'abord les slushies (slush en anglais signifiant neige fondue), sortes de granitas fluo et très sucrés qui laissent les doigts poisseux et collants. (Les fans de séries pour ado se rappelleront que c'est cette boisson que les élèves du lycée William McKinley High School aiment à renverser sur les héros de Glee.) Mais l'engouement se déploie surtout autour des dirty sodas (sodas sales), ces boissons fraîches et gazeuses agrémentées de crèmes et sirops dont la palette de couleur s'étend du bleu ciel au rouge dilué. Enrichies de tourbillons onctueux, les coloris de ces boissons évoqueraient pour certains les confins de la Voie lactée, un résultat des plus photogéniques donc...

S'ils proviennent des États-Unis, terre du Coca-Cola, Moutain Dew et autre Dr Pepper, les dirty sodas ont une origine géographique bien spécifique : le Corridor Mormon, qui s'étend de l'Idaho à l'Arizona en passant par l'Utah. Dans ces régions montagneuses, une grande majorité de la population appartient à l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, qui prohibe la consommation d'alcool, de caféine et théine, surtout si ces dernières sont consommées chaudes...

À St. George, petite ville du sud de l'Utah, Samantha Durfey, 28 ans, se rend 3 fois par semaine chez Swig, « home of the dirty soda » (là où est né le dirty soda). Ici, elle commande directement depuis sa voiture sa boisson fétiche, un Save Me Jade, à savoir un Dr Pepper aux sirops aromatisés à la vanille et à la noix de coco qu'elle choisit sans sucre. « Ils ont de très bonnes boissons à base d'eau gazeuse, et vu que l'eau gazeuse toute seule c'est dégueulasse, ils la mélangent avec des fruits frais et des sirops sans sucre et d'autres choses, cela lui donne un goût vraiment trop bon » , a expliqué la jeune femme au New York Times.

Quand les Mormons rencontrent la pop star Olivia Rodrigo

L'enseigne a ouvert ses portes en 2010 dans l'Utah. Depuis, des dizaines de franchises et boutiques indépendantes ont fleuri au sein du Corridor Mormon, où la fièvre du dirty soda aurait atteint un sommet durant la pandémie. La fermeture des bars et restaurants a stimulé le développement de l'enseigne, en remplissant une fonction sociale de substitution pour les habitants de la région. Pour les consommateurs, les dirty sodas jouent aussi un rôle réconfortant. « Si ma semaine est difficile, je vais y aller plus d'une fois » , rapporte au média américain Nichole Richins, 42 ans, qui vit à Clinton dans l'Utah.

Depuis, d'autres boutiques Swig ont ouvert ailleurs dans le pays, notamment en Floride, Caroline du Sud, au Texas et dans l'Oklahoma. Pour Nicole et Todd Tanner, le couple derrière la chaîne de soda, le potentiel de croissance de la marque est important. Comme ses concurrents Sodalicious et Fizz, Swig lorgne du côté de Starbucks, dont ils ne cachent pas vouloir répliquer le succès de l'enseigne née à Seattle. Après la Grande Démission, les dirty sodas traverseront-ils aussi l'Atlantique pour venir répandre leurs effluves gazeuses et sirupeuses sur nos palais ? Possible. Car depuis quelques mois, la popularité des dirty sodas dépasse largement le cadre du corridor mormon. En cause : la pop star Olivia Rodrigo, qui s'affiche sur Instagram en décembre 2021, gobelet de plastique Swig en main.

Les dirty sodas débarquent sur TikTok

Résultat : les dirty sodas sont cool sur TikTok. Plus d'un an plus tard, le #dirtysoda cumule plus de 4 millions de vues sur le réseau social favori de la génération Z. Ici, une avalanche de vidéos montre les fanas de la boisson faire la queue au drive-thru ou se gaver de dirty sodas tout au long de la journée. Si d'autres consommateurs estiment que les dirty sodas sont « une création abjecte et impie » , ils ne se privent pas d'essayer de reproduire les recettes à la maison et de se livrer à des tests gustatifs moqueurs.

Dans l'Utah, l'emballement pour ces boissons inquiète déjà les professionnels de la santé. Souvent bus en format 44 ounces (130 centilitres), les dirty sodas contiendraient jusqu'à 1000 calories, pas terrible pour les maladies de cœur ou le diabète qui sévissent dans le pays.

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