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© Thomas de Luze

Pascal Blanchard : « La nouvelle génération réclame une autre manière de raconter la France »

Béatrice Sutter & Alexandre Kouchner
Le 7 déc. 2020

Historien de la colonisation, Pascal Blanchard se démarque par un sens précieux de l’équilibre : entre la nécessité de préserver un récit commun et l’urgence d’élargir la mémoire républicaine à ses acteurs minoritaires. Il livre sa réflexion sur le rôle des jeunes générations dans l’émancipation des esprits.

À la sortie du confinement, le premier embrasement citoyen concernait la reprise du mouvement Black Lives Matter. De quoi ces manifestations sont-elles le signal ? 

Pascal Blanchard : Selon moi, même sans pandémie, l'évènement George Floyd aurait déclenché le même processus. Ces huit minutes quarante-six qui ont circulé partout dans le monde ont fait converger un certain nombre de prises de conscience et d'actions militantes qui existent partout et que nous voyons monter depuis une quinzaine d'années.

Les jeunes générations semblent être particulièrement investies sur les questions de l’égalité des droits, de la diversité, peut-être plus que leurs aînés...

P. B. : Effectivement. La jeune génération est égalitariste (elle veut l’égalité pour tous : homme/femme, hétérosexuel/homosexuel, Blanc/non Blanc…). Mais, surtout, elle perçoit désormais que les discriminations racistes et sexistes puisent leurs racines dans l’histoire et trouve que ses aînés n'ont pas affronté les questions que posent notre passé impérial ou les rapports homme/femme. Aujourd’hui, ils n'ont plus envie d'attendre. C’est un sujet qui est devenu prioritaire, au même titre que la question écologique.

Pourquoi la jeunesse d'Europe s'est-elle emparée des revendications américaines, alors que certains schémas sociaux semblent différents ?

P. B : Le poids de l'esclavage est différent en France et aux États-Unis, entre autres parce que l'esclavage a eu lieu hors du territoire hexagonal, alors qu'il s’est déroulé sur le sol américain pour les États-Unis. Mais penser que le mouvement Black Lives Matter exprime des revendications propres au contexte américain serait méconnaître celles qui s’expriment en Europe depuis fort longtemps. On ne les entend pas parce que les élites politiques des pays européens ont considéré que nous avions tourné la page de notre passé colonial depuis soixante ans. Et que les revendications n’avaient aucune signification, ni intérêt, ni besoin d’être prises au sérieux.

© Martin Reisch via Unsplash

Mais la culture coloniale est enracinée dans une matrice qui dépasse les dates objectives de la colonisation. Elle ne concerne pas uniquement les 3 ou 4 % de Français qui sont allés dans les colonies, mais tous les Français qui ont été imprégnés d’un discours colonial, ceux qui sont allés voir les 896 films de fiction coloniale entre 1912 et 1962, ou l'Exposition coloniale de Paris en 1931, ou celle de Marseille en 1922, ceux qui ont fait à l’école un concours de la Ligue maritime et coloniale ou lu Tintin au Congo ou les romans des frères Tharaud... Les manifestations autour du Black Lives Matter, de la mort d’Adama Traoré, ou encore les statues déboulonnées... signalent que l’héritage de toute cette culture reste vivace au quotidien pour un certain nombre de citoyens.

La « fracture coloniale » est devenue visible, évidente, et le poids du passé colonial fait résonnance dans le présent. 

Selon vous, les non-dits historiques d’hier fabriquent les fake news de demain. Mais avec Internet, les tentations d’invisibilisation ne sont-elles pas vaines ?

P. B : Il y a trente ans, la question coloniale était un no man’s land culturel, historique et intellectuel ; ce n’est plus le cas. Cette génération a le savoir, et ce savoir est passé par beaucoup d’autres chemins que les seules influences académiques. Certains ont puisé chez Dieudonné and Co, sur Internet, une vision tronquée de l’histoire de l’esclavage ou de la colonisation, mais d’autres ont cherché à comprendre et ont refusé cette lecture manipulée du passé. Et ils ont cherché… Ils ont puisé dans les films de Rachid Bouchareb, les romans de Leïla Slimani, les livres d'Alain Mabanckou, le Goncourt d’Alexis Jenni pour L'Art français de la guerre, et dans le Goncourt des lycéens de David Diop. Il y a aussi des films comme Django, du rap comme celui de Youssoupha ou d’Abd Al Malik, le travail de jeunes artistes ou peintres, ou tout simplement les débats sur les réseaux sociaux. Désormais, « la fracture coloniale » est devenue visible, évidente, et le poids du passé colonial fait résonnance dans le présent. 

Les mouvements de contestation s'en prennent régulièrement aux statues. En France, c'est Ferry, Condorcet et Voltaire qu'on a voulu masquer. Peut-on vraiment se réconcilier en « annulant » une partie de notre mémoire ? 

P. B : N’en déplaise au président de la République, la République s'est construite aussi sur la destruction de statues. Dès août 1793, la Convention nationale demande au peuple de s’attaquer aux « cendres impures des tyrans » et souhaite détruire pour rebâtir (ce fut une erreur, mais la Révolution française l’a fait). Une statue, ce n'est ni l'histoire, ni la mémoire. C'est de la commémoration. C’est pourquoi il n’y a plus de rue, de place ou de statue du maréchal Pétain, en France…. Et ce fut le choix de la République d’effacer ce qui ne devait plus être « commémoré ». Les jeunes militants s'attaquent donc au commémoratif : en France, c’est Colbert, mais ailleurs, c’est Christophe Colomb aux États-Unis, qui est décapité à Boston, jeté dans un fleuve à Richmond et arraché de son socle à Saint-Paul, Léopold II, déboulonné en Belgique, Colston, en Grande-Bretagne... 

Évidemment, en qualité d’historien, je ne peux défendre l’effacement des traces du passé. C’est une erreur historique, patrimoniale et pédagogique. Sans Banania, Tintin au Congo, et même les statues, je ne peux plus faire mon métier d’historien, et on pourrait craindre que, dans quelques décennies, privés de traces, des révisionnistes viennent mettre en doute la colonisation elle-même : il n’y a pas de traces, de quoi parlez-vous ? Il ne faut donc pas toucher à ces statues. En revanche, il faut faire des textes, proposer d’autres statues (comme le fait la ville de Paris fin septembre 2020 avec la personnalité de « mulâtresse » Solitude, dans le XVIIe arrondissement), expliquer dans nos rues qui était Faidherbe, qui était Colbert, qui étaient Gallieni et Bugeaud.

Cette culture de l’effacement n’est-elle pas un jeu de dupes où chaque camp tente d’effacer la mémoire de l’autre ?

P. B : La « cancel culture » dont on parle en ce moment a émergé dans les minorités ethniques et chez les féministes américaines pour s'attaquer à la majorité blanche ou masculine. Mais ces militants n'ont fait que reprendre à leur compte le discours des vieux conservateurs et des réactionnaires qui, de la même manière, désignaient les points de vue différents comme un danger révolutionnaire, anarchiste ou identitariste. C'est en réalité toujours cancel culture contre cancel culture ! La seule chose positive dans cette pratique, c'est l’ouverture de certains débats ; mais la violence des actes ou le fait de marginaliser certaines personnes enferment aussi ce débat dans un face-à-face entre deux radicalités qui, dans le même mouvement, pervertit le débat.

L'historien navigue toujours avec la politisation du récit historique. La pratique de l’histoire est-elle devenue un sport de combat ?

P. B. : L'historien se doit d’apporter de la nuance, de toujours s’aligner avec les sources, les archives, y compris quand cela va à l'encontre des idées reçues. Être historien, c'est dire qu'il n'y a pas qu'une seule parole, pas qu'un discours unique, que l’histoire est chargée de paradoxes, de complexités. Mais notre métier a toujours été politisé. En France, par exemple, depuis la Révolution française, la République a forgé sa légitimité sur la construction de son récit historique. C’est politique. La question coloniale est une composante de notre République. Ce n’est pas la seule, mais il s’agit de lui accorder sa place. L’amnésie d’État depuis soixante ans sur le passé colonial, c’est politique, comme le refus de bâtir un musée d’histoire coloniale. 

© Thomas de Luze

Chacun, en qualité de son appartenance à tel ou tel groupe, a une sensibilité particulière à l’histoire. La science historique doit-elle tenir compte de ces points de vue ? 

P. B. : Il faut accepter qu’un travail sur l'immigration, sur la colonisation ou sur l'esclavagisme confronte à des questions qui ont un effet sur le présent. On ne peut pas ignorer cette génération de jeunes qui considèrent – et cela depuis des siècles –, que la République les « déteste ». On doit prendre la mesure de ce sentiment dans le présent, fruit d’un travail de transmission, de connaissance et d’histoire qui n’a pas été assez fait. Il y a plus de 20 millions de Français dont un des grands-parents est né dans l'espace colonial ou dans les Outre-mer, ou est issu des immigrations postcoloniales. Un tiers de la société française hérite ainsi directement dans son histoire familiale de ce passé. La France est la seule puissance coloniale qui considère avoir apporté les lumières aux colonies. Tout cela constitue un héritage très complexe dans le présent. 

Est-ce que cet élan de revendications est en passe de changer les sociétés et les mentalités ?

P. B. : Les historiens ne prédisent pas l’avenir. Mais ils peuvent contribuer à faire évoluer les politiques publiques en matière d’enseignement, de culture ou de rééquilibrage mémoriel. De fait, nous sommes dans une période de bouleversements profonds, et ces nouvelles générations de militants issus des immigrations postcoloniales ont fait exploser de l'intérieur le mouvement antiraciste, qui n'a plus aucun impact sur la société, et notamment les jeunes. Il faut agir et éviter de se laisser entraîner par les plus radicaux – des deux côtés du miroir colonial –, qui prônent une société où chacun a des droits au nom de sa « race ». Une telle radicalité déclenche une réaction identitaire extrêmement violente, une fédération des conservateurs et des néoréactionnaires. Sur le fond, ces deux radicalités ont pris la parole, et l’opinion au centre ne sait plus comment faire entendre sa voix. Seules les radicalités sont actives dans le débat. Ce rapport de force peut mener Vers la guerre des identités.

La responsabilité des historiens ne se limite pas à retranscrire l'histoire.

Des débats houleux se tiennent sur les réseaux sociaux où on ne trouve pas beaucoup d’historiens. Comment ces derniers peuvent-ils y participer ? 

P. B : La responsabilité des historiens ne se limite pas à retranscrire l'histoire. Leur rôle est de l'ordre du pédagogue, de l'acteur intellectuel dans son temps. Pendant des années, on nous a dit que les zoos humains ne rentreraient jamais dans les manuels scolaires. Les zoos humains ne sont pourtant pas une anecdote de l’histoire, ils couvrent plus de cent ans ; plus de 35 000 personnes ont été exhibées et plus d’un milliard de visiteurs les ont vues. Ils sont de fait entrés dans les manuels scolaires en 2005-2006 parce que des films ont été produits (sur Arte, par exemple), de grandes expositions ont été proposées (comme au musée du quai Branly ou au Mémorial ACTe, à Pointe-à-Pitre), des livres ont été publiés…, et ce travail a été réalisé par une nouvelle génération d’historiens et de chercheurs qui ont donc fait changer la manière d’appréhender le racisme et ses origines. Donc oui, les historiens sont des acteurs de leur temps. 

Faire des films, des expositions, des livres, prendre la parole dans les médias, sont des manières de transmettre. C'est compliqué, car on se heurte à des polémiques qui n’ont plus rien à voir avec des débats historiques. Débattre avec Éric Zemmour, ce n’est pas faire face à un historien de carrière mais à quelqu'un qui parle d'histoire, ce n’est pas la même chose, mais c’est nécessaire pour que l’histoire ne soit plus piégée. Si on ne va pas sur ce terrain-là, il y a toute une marge de la population à qui on ne s'adresse pas ou plus. Il faut donc trouver des chemins. J'ai fait pour France Télévisions de petits films sur 150 personnages issus de toutes les diversités et qui ont contribué à notre destin national. C’est une manière d’ouvrir des ornières, de combler des failles, de les remplir d’un ciment commun. C’est aussi de la responsabilité des historiens, et des chercheurs, de s’engager sur ces médiations du passé. C’est ainsi que je conçois mon approche de l’histoire. 

Qui sont ces figures ignorées ?

P. B : Connaissez-vous Camille Mortenol ? En 1915, il est désigné défenseur de Paris par le gouverneur militaire de Paris, Gallieni. Il commande toutes les défenses anti-aériennes de la capitale contre les Allemands. C'est un Noir. Vous ne connaissez probablement pas non plus Do Huu Vi, aviateur d’origine vietnamienne de la Première Guerre mondiale. Ni Ahmed Boughéra El Ouafi, le seul athlète français médaillé d'or en athlétisme aux jeux Olympiques à Amsterdam en 1928. Et Jules (ou Julien) Maigne ? Ce député auvergnat de Brioude qui, à l'Assemblée nationale, va s’opposer à Jules Ferry, en invoquant les droits de l’homme pour tous les hommes, face à celui qui décrète les droits « des races supérieures sur les inférieures » en juillet 1885. 

Dans vingt ou trente ans, ces héros auront trouvé leur place naturelle dans notre récit. C’est juste une question de temps, et le travail des historiens est aussi de les mettre dans la lumière du présent. Pas pour remplacer les autres figures de notre « récit commun », mais pour leur donner leur juste place dans ce récit. De fait, les historiens font sortir des ténèbres ces « personnes oubliées » en regardant le passé selon un autre prisme. Ils vont au-delà des récits immuables et questionnent le passé autrement : la place des femmes, la place des pauvres, la place des minorités, la place des invisibles, la place des perdants, la place des autres... Désormais, une entreprise, un homme ou une femme politique, un média… qui n'intègrent pas ce décentrement du regard dans le présent risquent d’être en décalage avec la nouvelle génération, laquelle appréhende autrement le passé et questionne à sa manière les mythes. La manière de regarder le passé a changé, et dans le même temps les historiens ont changé. 

Les conséquences de l’histoire se payent en différé... La chute de notre empire colonial, c’est maintenant ?

P. B : Notre génération vit les « éclaboussures impériales ». Il y a une parfaite conscience que ces sujets sont brûlants : nous savons ce qui a été fait aux colonies. Je me rappelle un ministre de l'Éducation nationale me disant il y a vingt-cinq ans « on ne va quand même pas expliquer à ces enfants issus de l'immigration ce qu'on a fait à leurs arrière-grands-parents ». Incroyable déclaration, mais qui explique la manière dont l’Education nationale a pensé pendant des décennies le passé colonial. Notre pays a eu, sous l'Ancien Régime, une police des Noirs (1777), par exemple, puis sous la IIIe République une « police des Arabes » (rue Lecomte dans le XVIe arrondissement de Paris, 1926) et, sous Vichy une « police des Juifs ». Si les jeunes militants radicalisés font une analyse historique à partir de ces éléments, ils vont démontrer qu'il y a une historicité du rapport aux Noirs, aux Arabes et aux Juifs dans la police française, et une forme de racisme dit « structurel » en France.

Alors qu’en travaillant ces questions, en expliquant les contextes, en regardant en face ces passés difficiles, on est capables de les dépasser, de les expliquer, et surtout d’en faire un des éléments importants de la formation des fonctionnaires de police. Mais il faut faire un choix : voir ou se taire. Soit il y a une réaction pédagogique de déconstruction et d'analyse, soit on tait cette histoire parce qu’on redoute d’ouvrir la boîte de Pandore, et alors d’autres vont s’en emparer. Mais nous n’empêcherons pas les discours sur ces questions de circuler, et ils seront plus faciles à manipuler, par tous les extrêmes, si ce travail rigoureux d’historien n’a pas été mené, et communiqué. Ce n’est pas une question facile, mais je crois qu’il faut appréhender ces passés complexes pour justement les dépasser et les transformer en outils pédagogiques. 

Notre rapport compliqué au passé a de nombreux impacts sur notre vie politique. À l’image du terme « ensauvagement », par exemple.

P. B : Beaucoup de nos débats font appel à l’histoire. Celui sur l'« ensauvagement » de la société française par exemple est historicisant. Le choix de ce mot « ensauvagement » désigne directement les jeunes issus de l’immigration comme responsables de l’insécurité, réelle ou ressentie. Mais il réveille les discours sur le « sauvage » qui étaient très prégnants dans les années 1930 ou au xixe siècle. Les sous-jacents sont clairs pour le public. Aux États-Unis, ils utilisent sur ce même sujet le mot « brutalisation » qui ne contient pas de notion ethnique. Cette analyse, avec l’apport de l’histoire, permet de mieux comprendre les débats politiques du présent. 

L'histoire reste, mais la commémoration, la mémoire et le récit national mutent.

Ces débats réveillent aussi d’autres formes de radicalité...

P. B : Les promoteurs du « On est chez nous » sont de plus en plus nombreux, et leur modèle ne se limite pas à la question du racisme. C'est bien plus complexe. Éric Zemmour développe une argumentation extrêmement percutante et qui se lit entre les lignes : vous savez, à la fin de la guerre d'Algérie, les Pieds-noirs et les Juifs ont dû partir pour bâtir l’État algérien. Peut-être que pour reconstruire la République, on devrait leur dire de partir, nous aussi. C'est le discours qu'avaient les Afrikaans dans les années 50-70 en Afrique du Sud pour se « séparer » des Noirs et des métis, celui d’Orbán, en Hongrie, qui refuse les réfugiés au nom de la « pureté » d’un peuple, et celui de Salvini, en Italie, et il fonctionne très bien dans l'opinion.

Ce discours s’impose à travers des leaders populistes. En face, les militants radicaux issus des minorités vont réclamer une dette issue du passé et, au nom de cette dette, des droits dans le présent. Ces deux postures tiennent presque toute la place dans le débat public. Au centre, il n'y a plus de discours, pas d’espace pour prendre la parole et porter une autre vision qui dépasserait les fractures de l’histoire. Toute la difficulté est de refuser de tomber dans ce piège des identités, et de construire une voie médiane qui écoute le passé, sans pour autant se retrouver piégé par lui. En fin de compte, je suis assez optimiste (malgré le contexte actuel), car la majorité des Français sont dans ce désir d’un récit pacifié entre le présent et le passé. 

À quoi pourrait ressembler le récit national que nous livrerons aux jeunes générations ?

P. B : Le récit national fonctionne dans un rapport de force. Il n'a pas pour objectif de raconter l'histoire, mais de nous construire une histoire commune (un récit). Par définition, l'histoire reste, mais la commémoration, la mémoire et le récit national mutent. Pour convaincre, ce dernier doit être entendu par une majorité de la population. Chaque génération refait ses paradigmes dominants. La nouvelle génération réclame une autre manière de penser et de raconter la France. Et c’est normal. Nous n’avons pas les mêmes héros que nos parents. Ce nouveau récit est déjà en cours. Il va y avoir une forme de rééquilibrage. Il va falloir que ces jeunes de France aient dans nos manuels scolaires, dans nos rues, dans nos musées, des gens qui leur ressemblent et qui leur parlent. Parce qu'ils existent. Ce sera complexe. Il y aura des réactions et des exagérations des deux côtés. Il ne faut pas remplacer des personnages par d'autres. Il ne faut pas retirer Charlemagne, Clovis ou Jeanne d'Arc de notre histoire, mais y rajouter Mortenol, Do Huu Vi et Jules Maigne. Il faut raconter notre récit commun en y incluant l'histoire des femmes et des minorités. Sinon, il n’est pas commun. Ce processus est en marche ; il est complexe, mais il est en marche. 

Béatrice Sutter & Alexandre Kouchner - Le 7 déc. 2020
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  • Citation. "Il y a deux choses importantes à savoir : 1) Les personnes qui se soucient le plus du changement sont celles qui sont les plus touchées par le statu quo. 2) Les personnes qui peuvent faire la plus grande différence sont celles qui occupent des postes de pouvoir et ce sont celles qui ne se sentent peut-être pas lésées par le fait que des gens ont été exclus.
    [...] Ce n’est que lorsqu’il y a soudainement une explosion du type Black Lives Matter ou quoi que ce soit d’autre que l’institution commence à se dire "c'est vrai nous ne sommes pas bons en termes de diversité, aidez-nous ! que devons-nous faire ? Mais en fait, ils savent quoi faire et s’ils ne savent pas quoi faire, ils doivent trouver la solution parce que si la porte est fermée, que faut-il faire ? C'est simple : ouvrez la porte ! Pourtant, la réalité est que la responsabilité de changer est toujours mise sur les gens qui ont été exclus or parfois la porte du château est si robustement fermée qu'elle doit juste être ouverte de l’intérieur."
    Bernardine Evaristo, Ecrivaine britannique et nigérianne, Booker Prize 2019 pour son roman Girl, Woman, Other. Citation tirée de l'émission Desert Island Disc du 20/09/2020 à la BBC
    https://www.bbc.co.uk/programmes/m000mrb1