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Visage d'un mannequin
© Matthew T Rader via Unsplash

Les réseaux sociaux, nouveaux juges de beauté

Imprudence
Le 26 sept. 2019

On dit souvent que la beauté est subjective. Sauf que ce n’est plus vraiment le cas. Aujourd’hui, la beauté est standardisée par les algorithmes et optimisée par les réseaux sociaux. Bienvenue dans l’ère de la conformité et de la mesure.

L’IA, à l’origine des standards de beauté

Quand Amazon lançait sa caméra connectée Echo Look, on a tout de suite pensé aux risques en matière de données personnelles. Un peu moins à ce que ça voulait dire dans notre quotidien. Les nouveaux yeux d’Alexa conseillent ses utilisateurs sur leur tenue vestimentaire, en se basant sur les tendances des réseaux sociaux. Plus qu’un styliste personnel, l’intelligence artificielle dicte ce qui est de bon goût ou non.

Autrefois déterminés par les médias ou les géants de la publicité, les « canons » de beauté sont donc aujourd’hui définis par l’IA et les algorithmes. Nourris par nos données, ces algorithmes nous incitent à modifier nos habitudes de consommation et à nous conformer aux standards des plateformes sociales. Parce qu’au delà de la beauté physique, cet empire de la mesure s’étend aussi sur notre psychique.

Mais qui se cache derrière ces calculs qui régissent nos vies ? On le sait : les normes des intelligences artificielles sont souvent définies par des hommes blancs cisgenres et hétérosexuels. Les biais raciaux et sexuels se répercutent donc sur les « goûts » de l’IA en matière de beauté et de mode. À l’heure où l’on prône le body positivism et l’acceptation des différences de style et de beauté, il y a comme un problème.

Le corps digital devient la norme

Aujourd’hui, notre premier miroir est celui de notre téléphone. Miroir qui nous renvoie une image biaisée de notre reflet, puisqu’optimisée par les filtres des applications comme Instagram ou Snapchat. Cette « chirurgie non invasive » en réalité augmentée a des conséquences bien réelles sur la perception de notre corps. John Rankin Waddell l’a montré avec son projet Selfie Harm, qui met en évidence la « dysmorphophobie Snapchat ». 

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For my latest series, Selfie Harm 🤳 I photographed teenagers & handed them the image to then edit & filter until they felt the image was ‘social media ready’. People are mimicking their idols, making their eyes bigger, their nose smaller and their skin brighter, and all for social media likes. It’s just another reason why we are living in a world of FOMO, sadness, increased anxiety, and Snapchat dysmorphia. It’s time to acknowledge the damaging effects that social media has on people’s self-image. Thanks to: the incredible individuals that took part in the @Visual.Diet project; Jennifer, Felix, Alessandra, Maisie, Isaac, Seb, Beneditcte, Shereen, Mahalia, Eve, Siena, Tomas, Emma & Georgia. Also, @mimigray_ at @mcsaatchilondon, @marinetanguyart, @gemfletcher, @technicallyron & @justintindall on making this project come to life 🙌 PLEASE NOTE 📝 The majority of subjects preferred their original image.

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L’ère digitale semble n’avoir fait qu’accélérer la conformisation et la consolidation des « canons » traditionnels. Les corps sont hyper sexualisés et nous sommes en permanence confrontés à des physiques idéalisés et peu conformes à la réalité.

Le corps – de la femme, notamment – devient un corps optimisé, mis en scène sur des images postées sur les réseaux sociaux, qui en dictent l’esthétique. Autrement dit, l’allure de ces femmes est programmée et leurs visages optimisés par des filtres ne sont plus les mêmes qu’au naturel.

Les égéries changent. On se fie à des créatures 100% made in algorithmes, qui poussent à l’extrême l’esthétique retouchée de tous les côtés des influenceuses beauté. Par exemple, Lil Miquela n’est que l’image à peine exagérée de Kylie Jenner. La journaliste Amanda Hess appelait d’ailleurs ces influenceuses des « social media fembot » dans un article du New York Times.

L’avatar ou l’existence d’un autre « moi » virtuel

On a à peine le temps de prendre conscience de notre corps physique qu’il faut déjà s’occuper de notre corps numérique. Désormais, nos avatars ont une identité à part entière, et il faut les traiter comme des individus réels. Ces identités souffrent du syndrome de Second Life. On crée un « moi » virtuel, un peu plus beau, un peu plus intelligent et un peu plus riche que le « moi » réel.

Dans le domaine de la mode, le détaillant scandinave Carlings a surfé sur cette tendance pour sortir une collection entière de vêtements numériques. Les internautes pouvaient ensuite acheter la pièce en postant une photo de leurs avatars la portant virtuellement.

Un recul artistique nécessaire

Quand certains utilisent les plateformes sociales pour imposer leurs standards de beauté, d’autres s’en servent à des fins artistiques. Johanna Jaskowska a, par exemple, utilisé les filtres pour transformer des visages en œuvres d’art. John Yuyi se sert de corps digitaux comme surfaces de lutte et de résistance. On peut enfin citer Matières Fécales qui se sert des réseaux sociaux pour donner son interprétation du cycle de consommation dans le secteur de la mode, et en dénoncer les dérives.

 

Femme qui porte son visage

@johnyuyi

Ange blanc entouré de deux anges noirs

@matieresfecales

Ainsi, le corps numérisé permet de jouer avec les représentations standardisées de la beauté, voire d’en inventer de nouvelles. De nouvelles créature CGI prennent d'assaut les réseaux et montrent que d'autres corps sont possibles. La digitalisation du corps doit être le début d'une libération. Extravagants et baroques, nos corps mixtes seront un pied de nez aux normes. Ils porteront en eux d'autres imaginaires que celui techno-utopique de la Silicon Valley. Le corps du futur sera post-humain, hybride et « bizarre ». Et c'est tant mieux.

Femme portant une combinaison couleur chair avec des épines

@salvjiia


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L'agence a imaginé 14 faux produits et services imaginant ce que pourrait être la beauté en 2035.

Imprudence - Le 26 sept. 2019
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