Deux mains qui tiennent un iPhone en train de brûler

Le Luddite Club : le club des ados qui ne veulent plus de leur smartphone

© ekkawit998

Leur iPhone leur pourrissait la vie, ils ont décidé de s'en débarrasser. Depuis, ils vont beaucoup mieux, merci pour eux. Le début d'une petite révolution ?

Pas facile de délaisser nos smartphones, même s'ils nous tyrannisent et empiètent sur nos vies. Selon une équipe d'anthropologues britanniques, nos téléphones seraient même devenus notre nouvelle maison, « le lieu que nous habitons. » Mais le ras-le-bol monte, notamment chez certains Z. Pour se déconnecter, ils pratiquent le tricot ou adoptent les téléphones à clapet des années 2000. D'autres encore n'hésitent pas à se réclamer du Luddisme...

C'est quoi le Luddite Club ?

Lola Shub est en terminale à Brooklyn, New York. De son propre aveu, elle était il y a deux ans une véritable screenager (screen, écran + teenager, ado), une ado qui vivait rivée à son téléphone. Jusqu'à la nausée. Un dégoût qu'elle partage avec ses amis proches. Au début, Lola ne fait pas dans la dentelle. Elle explose carrément son téléphone et le jette à la poubelle. Elle tient un mois. « Ce n'était pas réaliste », précise-t-elle à Insider. Et cela ne satisfait pas non plus ses parents qui pour la joindre, multiplient les coups de fil à ses camarades de classe.

Depuis, Lola est passée au téléphone à clapet. Et le soulagement s'est fait immédiatement sentir. « Tous ces moments où j'aurais normalement dégainé mon téléphone par réflexe — dans le métro, la file d'attente des magasins, dans la salle de bain — étaient maintenant des moments de silence. Pour certaines personnes, cela pourrait devenir un problème. Ce n'est pas rien, d'être seul avec ses pensées, et je sais que ça peut être dur. Mais c'est aussi une chose vraiment merveilleuse à pratiquer et à apprendre. »

Pour répandre la pratique, Lola et son amie Logan ont fondé en 2021 le Luddite Club. Le club a été baptisé en l'honneur de l'ouvrier anglais Ned Ludd supposément à l'origine du Luddisme, le mouvement des « casseurs de machines » au 19ème siècle. Pour rejoindre le Club, pas besoin de réduire en miettes son smartphone. Il suffit d'adopter le 3310 ou de partager l'envie de passer moins de temps en tête à tête avec son téléphone. Et surtout, de le laisser à la maison lors des réunions du Luddite Club. Chaque semaine, les membres se retrouvent à la bibliothèque publique de Grand Army Plaza à Brooklyn pour réfléchir et discuter : tout le monde est bienvenu. Pour Logan, le Luddisme est un art de vivre, « un voyage » auquel tous les ados sont conviés.

Le goût délicieux de la liberté

« Nous détestions tous nos smartphones et ce qu'ils induisaient : l'utilisation incessante des réseaux sociaux, le scrolling sans fin, les posts et les selfies. Aucun d'entre nous ne voulait rester un screenager, mais on avait du mal à prendre du recul. Nous avons donc créé le Club pour créer un espace où nous pourrions mettre de côté nos petits ordinateurs et vivre sans eux », souligne Lola. Et les effets secondaires sont savoureux.

« Sans téléphone, j'ai été obligé de vivre ces moments et de les savourer. Je me suis retrouvé à réfléchir à mes plans pour la journée, ou à un souvenir d'il y a cinq ans, ou alors j'essayais de trouver la réponse à un problème qui me stressait. Peu importe ce à quoi je pensais, c'était beaucoup plus vivant et détaillé qu'auparavant, lorsque mon attention était immédiatement détournée par mon téléphone et les vidéos insensées et chronophages qu'il proposait. J'ai trouvé de l'espace, dans tout le temps perdu que j'avais retrouvé, pour penser de façon créative. J'ai aussi commencé à lire davantage et j'arrive à mieux me concentrer. Dans l'ensemble, j'ai l'impression que ma manière de penser s'améliore. »

1 adolescent sur 2 accros à son téléphone

Pour Lola et les autres, il n'a pas été facile de mettre de côté son téléphone. « Mais mes amis et moi avons trouvé le moyen de le faire ensemble, et d'apprendre à vivre dans le moment présent. »

Un apprentissage loin d'être évident, que l'on se place du côté des adolescents ou des parents, qui peinent parfois à surveiller le temps d'écran de leurs enfants. Selon un sondage, un peu plus de la moitié des enfants américains possèdent désormais un smartphone à l'âge de 11 ans. En outre, 84 % des adolescents ont leur propre smartphone, auquel 50% des jeunes s'estiment accros, avec tous les désagréments que cela entraîne, entre troubles anxieux et parfois même dépression. D'après un rapport d'Ofcom, régulateur des médias au Royaume-Uni, 16 % des enfants âgés de 3 et 4 ans utiliseraient déjà TikTok, un pourcentage qui monte à 33 % chez les 5 à 7 ans, et à 60 % chez ceux de âgés de 8 à 11 ans.

Aujourd'hui, le Luddite Club ne cesse de croître. Il attire de nouveaux membres dans tout Brooklyn, de Hell's Kitchen à Prospect Park.

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commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Génial ces jeunes de revenir à une vie réelle, pleine de moments chaleureux avec de vrais amis.
    Partager ses vraies galères et ses vrais bonheurs avec un pote autour d'un Diabolo-menthe, renouer avec la vraie vie.
    Et ne plus subir cette déferlante d'images retouchées, de gens inconnus, tous soit disant merveilleux, parfaits, surproductifs, efficients dans tous les domaines, afficheant des existences d'une vacuité navrante !
    Tout ça dans le but de se sentir inscrit dans la dynamique sociale de compétition, l'esthétique du paraître, un rapport à soi devenu inexistant, défini uniquement par l'image que nous renvoie la société avec ses codes sociaux auxquels tout bon humain du XXIe se doit de souscrire, tête baissée.
    Bravo les jeunes, car tout est dans la modération !
    Savoir mettre des limites à la technologie à but mercantile, qui nous envahit... jusqu'à nous faire délaisser notre corps et notre unicité !

  2. Nanata dit :

    bravo les jeunes, marre de la dépendance !

  3. Anonyme dit :

    C EST EXCELLENT QUE CA CONTINUE TOUJOURS ET ENCORE DE TOUTE PART DANS TOUTES LES DIRECTIONS

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