chiffre 81 et Tour Eiffel

Que pensent les Français de la France ? Pas toujours ce qu'on en dit...

Déclin, passéisme, crise identitaire… ? Hé bien non. Les Français ont pour leur pays des inquiétudes et aspirations qui ne sont pas celles relayées dans le débat public. Le point en chiffres avec Arnaud Zegierman.

« Si un extraterrestre faisait une revue de presse avant d'atterrir en France, ce qu'il lirait le pousserait certainement à changer de cap et à choisir l'Allemagne » , écrivent Arnaud Zegierman, fondateur de l'institut de sondage et d'étude Viavoice, et Thierry Keller, ancien Directeur des Rédactions chez Usbek & Rica.

Dans leur ouvrage Entre déclin et grandeur - Regards des Français sur leur pays (sorti en novembre 2021 aux Éditions L'Aube), les deux auteurs ont souhaité se comporter comme des médecins qui « posent leur stéthoscope à plusieurs endroits » , combinant étude nationale et entretiens qualitatifs afin de nuancer l'image que nous avons de notre pays. D'après les résultats de leur enquête, l’image que les Français se font de la France serait complètement en décalage avec ce qu'en dit le débat public, un décalage qu'Arnaud Zegierman juge « gravissime en termes d'enjeux démocratiques. » À ses yeux, les discours dominant l'espace public véhiculent une vision de la France qui ne serait rien d'autre que le fruit du fantasme des instituts de sondage, des politiques et des médias.

3 chiffres qui érodent les idées reçues.

81% des Français se sentent bien en France

Contrairement à ce qu'agitent certains chroniqueurs et hommes politiques aux propos anxiogènes, une écrasante majorité de Français serait plutôt heureuse de son sort. Bien entendu, tous les chiffres ne sont pas aussi optimistes : 59% des Français estiment que le système politique fonctionne mal, et près de 7 Français sur 10, que la population n’est pas soudée... « Néanmoins, ce que montrent nos données, c’est que l'archipélisation décrite par Jérôme Fourquet n’est pas désirée, elle est subie, et cela change tout ! C’est vrai que les occasions manque de se rencontrer pour une population segmentée comme la nôtre, mais les Français en sont demandeurs » , souligne Arnaud Zegierman. À ce titre, les questions liées à l'immigration sont d'ailleurs loin d'obsédés les Français. L'immigration n’arrive qu’en septième position des préoccupations des sondés.

55% des Français estiment que la France idéalise son passé 

Les Français ne sont pas si nostalgiques que nous pourrions le croire... « La France de Bourvil » , la France tranquille des années 50 ou 60, ferait surtout rêver les plus jeunes, en proie à une crise de nostalgie aiguë. Les plus vieux sont plus nombreux à estimer que l'on idéalise à tort notre passé, et que la conception du pays « ambiance France 3 Régions » provient d'un manque de mémoire. « Les politiques évoquent beaucoup la supposée grandeur de la France, mais quelle grandeur, et à quelle époque ? La Guerre ? Les 30 Glorieuses ? Louis XIV ? Le problème, c’est qu’on est convaincue en France soit d’être soit le phare du monde, soit d’être en plein déclin. Or, ni l’un ni l’autre n’est vrai, il n’y a ni de quoi désespéré, ni de quoi faire la morale au monde » , commente l'auteur.

42% des Français estiment que préparer l’avenir est le principal élément qui permettrait de dire que la situation de la France s’améliore

À la question : « Quels sont selon vous les indicateurs qui montreraient que la situation de la France s’améliore » , les Français ont majoritairement répondu « la préparation de l’avenir », et ce devant un allongement de l’espérance de vie, une hausse du niveau de vie, une amélioration de la sécurité ou même une baisse du chômage… Pour Arnaud Zegierman, cela montre que les programmes politiques qui se cantonnent à réparer sont encore une fois en décalage avec ce dont les Français ont réellement envie, à savoir la désignation d’un horizon commun qui créerait de la cohésion sociale, des envies communes, du rêve, du symbole, de la puissance, et au passage, des emplois. « Les Français sont très lucides, ils ont envie de long terme et savent que c’est ce qui permettra d’accepter les difficultés immédiates. Le dernier imaginaire collectif, cela a été l’Europe, dont on ne parle actuellement plutôt qu'en mal... Aujourd’hui, ce nouvel horizon commun pourrait être l’écologie, qui pour l’instant n’est que punitive et moralisatrice, mais qui entre choc démographique et raréfaction des ressources devrait s'imposer d'elle-même. »

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