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un homme allongé dans son lit sur son portable
© PeskyMonkey via Getty Images

Plongée dans l'iPhone d'un ado titillé par ses hormones

Le 8 mars 2019

Textos, mèmes, films pornos, scrolling à gogo, premier amour et flirt sur Snapchat, harcèlement à l’école et sur les réseauxRaconté du point de vue d’un iPhone, le court-métrage POCKET immerge le spectateur dans l’intimité d’un ado américain. Authentique et voyeuriste, la performance ne laisse pas indemne.

Jake est un jeune Américain typique d’une quinzaine d’années. Il aime skater, fumer de la weed, envoyer des mèmes à ses potes et scroller sur Instagram, en particulier pour se délecter de photos de mannequins à demi-nues. Ce que Jake n’aime pas, c’est que sa mère commente ses posts sur la plateforme. C’est un peu la honte, cette même honte qui vous saisissait lorsque votre mère vous embrassait en vous déposant à l’école. En revanche, il aime bien discuter avec sa grand-mère, à qui il demande quelques tuyaux pour pécho. Mais celle qu’il aime par-dessus tout, même plus que Pornhub, c’est Farrah, son crush du collège à qui il n’arrive pas à parler en dehors des réseaux.

Gênant et bousculant d’authenticité, le court-métrage POCKET nous immerge dans une année de sa vie, filmée via son iPhone au format vertical. Et tout y passe.

Génération sous Insta'

Co-réalisé par Mishka Kornai et Zach Wechter, le film est le premier projet de PICKPOCKET, un jeune collectif de réalisation sur smartphone et explore l’évolution de nos usages au gré des innovations technologiques.

« Aviez-vous Tinder ou Instagram au collège ? Aviez-vous Snapchat au lycée ? », questionnent les deux créateurs dans un post sur Vimeo. « Les différentes réponses à ces questions représentent des expériences de vie et des manières de grandir radicalement différentes. Rien de tout cela n'existait quand nous étions au lycée, et nous avons commencé à parler de ce que nos expériences auraient été si cela avait été le cas ».

Le film rappelle d’ailleurs le récent clip vidéo du rappeur Orelsan, « Discipline ».  Tourné au format vertical, il aborde certaines thématiques similaires, comme notre addiction aux réseaux sociaux et notre difficulté à décrocher de nos flux abrutissants.

Voyeurisme 

Très vite, la désagréable impression d’être aussi voyeuriste que Jake (incarné par l’ex star Nickelodeon Mace Coronel) saisit, un peu comme devant un épisode de Black Mirror. La mise en abyme frappe : on regarde, via un smartphone, la vie d’un inconnu, lui-même en train d’épier celle des autres sur son téléphone ou de vaquer à ses occupations en ligne. Et rien ne nous est épargné. Accès de paranoïa sur Doctissimo, masturbation, demande de nudes sur Snapchat, drague en ligne, moqueries et harcèlement à l’école… on fait peu à peu connaissance avec le protagoniste via le contenu de son téléphone, aussi noir ou drôle soit-il.

Amour, posts sponsos et porno

« Pour la majorité des enfants qui grandissent aujourd'hui, leur première expérience en matière d'intimité se fait en ligne, et non en face à face, ce qui représente un changement radical dans ce que signifie être une jeune personne avec une sexualité en développement, poursuivent les deux réalisateurs. Le film ne cherche pas à porter un jugement moral sur Instagram ou la pornographie, mais lorsque la plupart des enfants passent six heures par jour dans un espace qui inclut cette collision entre des images soft porn et leur livre de promo, de l'objectivation sexuelle et de la marchandisation, cela peut sembler inquiétant. »

En particulier pour les parents, perdus d'avance face aux flux de contenus dont leurs jeunes ouailles sont abreuvées... À la manière de Big Mouth, cette série animée Netflix qui déculpabilise le sexe et les rapports hommes-femmes au collège, les réalisateurs de POCKET montrent tout, quitte à choquer. Ils espèrent ainsi nous offrir « l'occasion d'examiner et d'évaluer notre rapport aux technologies utilisées au quotidien ». En tout cas pour nous, le pari est réussi. 


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