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galerie d'objets
© Barbara Iweins

Consommation : cette artiste a passé deux ans à photographier les 10 532 objets de sa maison

Le 23 juin 2020

En mettant en scène ses biens matériels, Barbara Iweins cherche à se confronter à ce qu’elle possède. Une façon de questionner notre rapport aux objets : souvent superficiel, mais étonnamment intime. 

Photographier 10 532 objets, 15 heures par semaine, pendant deux ans. C’est le travail colossal qu’a amorcé la photographe Barbara Iweins en 2018. Adepte des expérimentations sociales, l’artiste belge a lancé le projet KATALOG, sorte de galerie en ligne où elle met en scène, photographie et classe tout ce qu’elle possède. Bibelots, boîtes de médicaments, paires de chaussures, calculette, grigris, livres et magazines… elle compile chacun de ses biens par matière, couleur, fréquence d’utilisation et valeur sentimentale. 

catalogue d'objets verts

Capture d'écran : KATALOG, Barbara Iweins

Une façon de questionner son rapport aux biens matériels et plus généralement, la façon dont nous essayons d’accéder au bonheur. « J'ai déménagé 11 fois dans ma vie… chaque fois terrifiée par la quantité de choses que je devais emballer, explique-t-elle en ligne. Cela m'a fait réfléchir à la valeur de mes biens et au concept de gratification instantanée. »

Bonheur factice

Se forçant à faire face à la « valeur » de ses possessions, l’artiste expose un univers sans filtre, sans sélection, à rebours des photos soigneusement triées que nous postons sur les réseaux sociaux. « Pour être totalement honnête avec moi-même, je devais tous les capturer. Aucun livre, aucun vêtement, aucun ustensile de cuisine, aucun Lego ne devait échapper à mon objectif », rapporte-t-elle au média It’s Nice That

catalogue d'objets

Capture d'écran : KATALOG, Barbara Iweins

Ce souci de transparence lui permet de faire face au vide que nous avons le réflexe de combler en achetant des choses superflues, un soulagement superficiel qui empêche de se poser les bonnes questions et de prendre du recul sur sa vie. Un peu comme « nous collectons des “j’aime” sur les réseaux sociaux, compare Barbara Iweins, comme s'ils nous rendaient heureux. Nous exposons chaque action, achat et voyage à nos pairs en quête de reconnaissance. Pour nous apaiser et nous distraire des luttes de la vie qui nécessitent du temps et des efforts à surmonter. »

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Un fétichisme paradoxal

Sans pour autant fustiger le rapport consumériste que nous entretenons avec nos biens, Barbara Iweins souligne le sentiment paradoxal qui nous lie à eux, entre indifférence et plaisir de les redécouvrir. 

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« Pendant cet isolement volontaire, j'ai beaucoup lu sur la recherche du bonheur matériel. Au fil du temps, j'ai réalisé que la plupart de mes biens sont plus une source de confusion que de plaisir. Je me sens peu attachée à eux, mais en même temps, isoler mes biens (même les plus ordinaires) et les classer selon des critères spécifiques, leur donne une certaine importance et une beauté subjective. Ainsi, même une bouteille de sirop contre la toux qui coule sur les côtés développe un intérêt esthétique que je souhaite conserver. J'espérais dire au revoir à beaucoup de choses, mais j'ai fini par beaucoup plus aimer mes affaires », et d’admettre : « je ne suis pas Marie Kondo. »

Margaux Dussert - Le 23 juin 2020
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