bannière 2
bannière 2
premium1
Hiroshi Ishiguro avec son robot

Perturbant : le Japonais qui envoie son androïde travailler à sa place nous parle du futur de l'emploi

Le 19 juin 2018

Que deviendrons-nous le jour où l’intelligence artificielle sera capable de prendre en charge la productivité d’une nation entière ? Selon le roboticien Hiroshi Ishiguro, c’est là une opportunité à saisir pour restructurer notre créativité, repenser l’éducation, nos valeurs, et pourquoi pas donner naissance à une génération entière de philosophes. Il a partagé sa vision sur la scène des Cannes Lions.

Sommes-nous condamnés à errer sans but le jour où nous n’aurons plus besoin de travailler ? Allons-nous mourir d’ennui, entourés d’androïdes qui assurent, à notre place, la productivité de notre pays ? Aux Cannes Lions 2018, Hiroshi Ishiguro, roboticien et professeur à l’Université d’Osaka University, ouvrait la conférence « Androids, Ai and the future of Human Creativity ». Sur scène, on questionnait les relations futures entre humains et robots et tentait de répondre à une question épineuse : quel est notre rôle et quel est celui de l’intelligence artificielle dans un monde où souffrir pour gagner son pain n’est plus inhérent à la condition humaine ?
Humanoid Robot - Gemonoid HI-1 Android Prototype
Connu pour avoir créé un robot à son image (souvent extrêmement difficile à différencier de son créateur), Hiroshi Ishiguro est aussi à l’origine de nombreux robots humanoïdes à l’intelligence avancée. Parmi eux, Erica, premier robot à présenter le JT, ou encore Totto, célébrité androïde adulée au Japon et développée en collaboration avec Dentsu Inc. qu’il présentait sur scène, comme pour appuyer le centre de son propos : historiquement, les innovations technologiques ont toujours cherché à libérer l’humain du labeur, pourquoi en serait-il autrement pour l’intelligence artificielle ? « N'est-ce pas ? », lance la modératrice de la conférence, Kyoko Yonezawa de Dentsu Inc., à destination du robot. Sagement assise sur son siège, Totto approuve le message vivement en dodelinant de la tête. Surprenant.
Pour survivre, vous devez améliorer vos compétences
graphique de Hiroshi Ishiguro aux Cannes Lions 2018
Selon le professeur, nos inquiétudes concernant la disparition de certains de nos métiers n’ont que très peu de légitimité. Demain, la productivité sera l'affaire des robots et à mesure que certaines tâches, humaines jusqu’alors, disparaissent, nous aurons plus de temps pour penser à notre épanouissement personnel et à de nouveaux formats éducatifs. Il voit même arriver une nouvelle génération de philosophes œuvrant pour la définition de nouvelles valeurs. De toute manière, nous sommes tous destinés à devenir des robots, à étendre nos capacités au-delà de ce qui nous est biologiquement possible, à remplacer notre cerveau par un ordinateur et notre chair en désuétude par des composants électroniques. « C’est en tout cas mon hypothèse pour le futur », pondère-t-il. « L’évolution humaine a toujours suivi deux chemin distincts : l’évolution génétique et l’évolution technologique, sans cette dernière, nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui ».
théorie organic inorganic de Hiroshi Ishiguro

Perdrons-nous notre humilité en perdant nos jobs ?

Mais si Hiroshi Ishiguro dépeint ici un véritable paradis terrestre, d’autres s’inquiètent encore d’un monde où l’Homme serait totalement désœuvré, à commencer par Kei Wakabahashi, ancien rédacteur en chef de Wired Japan intervenant aux côtés du roboticien. En effet, en déléguant nos tâches les plus ingrates aux robots, en devenant « les maîtres de notre propre création », ne sommes-nous pas condamnés à perdre notre humilité et notre dignité ? Il cite, pour appuyer son propos, la pièce de théâtre d’anticipation de Karel Capek « Rossum’s Universal Robots » (1921), l’une des premières œuvres littéraires à utiliser le mot « robot », dont voici un extrait :

« Domin : L'homme cessera d'être le serviteur d'autres hommes ou l'esclave de choses matérielles. Vous n'êtes plus un travailleur. L'homme sera de nouveau libéré du travail et de la souffrance, et sa seule occupation sera de nouveau de se rendre parfait, de devenir le maître de sa propre création »

« L'Architecte : À vous entendre, on a l'impression d'un Paradis. Ne pensez-vous pas qu'il y avait du bon à servir les autres, à être humble ? N'y avait-il pas une forme de dignité dans le fait d'être fatigué après une journée de travail ? »

« Ce n’est ni la productivité, ni la fonctionnalité qui animent l’Homme mais le plaisir de créer en lui-même », ajoute Kei Wakabahashi, le plaisir de travailler pour soi ou pour les autres, d’échouer et de recommencer pour tendre vers le meilleur en fin de compte... Si nous perdons cela, que nous restera-t-il vraiment si ce n’est une coquille vide ?

Mais rassurons-nous, tempère Kyoko Yonezawa, certains métiers (dont un bon nombre n’a pas encore été découvert) ne pourront jamais exister sans l’empathie et la sensibilité humaine, intelligence artificielle ou non. Elle cite ici l’exemple des Hostess Club au Japon, sortes d’établissement où des robots distraient et apaisent les maux de leurs clients en se faisant passer pour une amante, une femme au foyer voire une maman… D’autres métiers, en revanche, ne pourront se passer de la précision extrême de l’IA, à commencer par la recherche médicale et notamment celle pour le dépistage de certains cancers. Ce n’est pas un monde binaire qu’il faut imaginer mais bien un monde complémentaire où humains et machines collaborent et savent déléguer à l’autre ce qu’il sait mieux faire.

Commentaires
  • C'est bien beau l'évolution. Mais je pense que se faire servir partout nous rendra mou. Les futurs génération ne sauront plus réfléchir. Écrire sans faute ne sera plus un objectif.

  • Ce japonais est pas très malin... Il essaye de nous la faire à l envers. Qui va entretenir ces robots ditent moi... N' importe quoi! C est juste déplacer l emploie dans un autre secteur!

  • Nous reviendrons nous mêmes des robots. A force de vivre avec eux nous oublierons la vrais nature humaine . Alors l'extinction de l'homme arrivera par la force de son intelligence destructrice.

  • Certes l'homme perdra une grande part de son bonheur, de sa nature et de ses valeurs.. Aujourd’hui ça nous suffisait un écran pour banaliser nos contacts les uns envers les autres.

  • Les robots seront entretenus par d'autres robots. On peut même imaginer qu'à terme se seront des robots qui concevrons d'autres robots. Il suffira d'une poignée d'humains pour contrôler ça... Mais je suis déjà trop voeux pour penser voir ce futur là.

  • La technologie avance à grand pas, mais des problèmes arriveront avec cette nouvelle technologie...Personne ne travaille dans ce genre de cas, il reste juste à faire en sorte de les programés à des taches spécifiques et puis hop! L'homme devient paresseux et oubli sa vrai nature.

  • Avec ce futur, notre condition humaine disparaîtra, laissant place à de nouveaux esclaves plus performants plus productifs, sans volonté ou revendications. Puis nous serons réduit à l'état de rebus, incapable de penser, de s'autonomiser ; avec comme seule compétence une insatiable consommation jusqu'à ce que mort s'en suive. On nous promet la liberté mais ce futur ressemblera à un carcan dont seuls nos dirigeants, nos maîtres auront la clef et gouteront, eux, à la prophétie qu'ils nous servent aujourd'hui. Lisez l'un des prophètes du transhumanisme Ray Kurzweil et vous comprendrez la signification du mot Liberté dans leur bouche.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

L'actualité du jour