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un gros plan sur la tête du polémiste. Franchement vous ratez rien les malvoyants.

Zemmour et CNews : une machine bien huilée, en 3 actes

Le 10 déc. 2019

En plus de faire gonfler les chiffres d’audience de la chaîne, le polémiste habitué aux plateaux de télévision est le rouage d’une machine bien huilée en 3 temps : prêt à penser, prêt à clasher... prêt à cliquer.

Depuis la rentrée, Éric Zemmour rend le patron de CNews très heureux. L' émission Face à l’info, dans laquelle il officie, a beau provoquer de nombreuses mises en demeure de la part du CSA; côté chiffres, c’est le beau fixe. Le segment a rapporté jusqu’à 1,6 % d’audience (le 4 novembre 2019) soit plus de 300 000 personnes. À titre de comparaison, CNews a une moyenne de 0,7 % d’audience pour le mois dernier. Autant dire que le chroniqueur est considéré comme un atout précieux par la chaîne. Mais comment fonctionne exactement la machine Zemmour pour attirer plus de monde ? Décryptage en 3 actes.

Le prêt à penser

Présentée par Christine Kelly, Face à l’info pourrait tout aussi bien s’intituler « Zemmour réagit à l’info », tant la mise en scène de l'émission le place au centre du dispositif. Non content d’occuper la seconde moitié de l’émission pour son fameux débat, le polémiste est très présent tout au long de la première partie et le passage en revue des trois actualités du jour. Que l’on parle de chiens policiers, de grèves, de retraites, de communautarisme, des problèmes de l’hôpital ou d’une interview d’Emmanuel Macron, les caméras font en sorte de ne jamais lâcher Éric Zemmour.

Le moindre de ses hochements de tête, de ses sourires ou de ses grimaces de mécontentement sont scrutés en gros plans. Même quand il ne parle pas et qu’un débat s’installe entre deux autres participants, l’écran se divise pour zoomer sur son visage. L’objectif de cette mise en avant ? Permettre aux spectateurs de s’aligner sur les émotions et les opinions de l’essayiste.

Quand il s’exprime, notamment pendant les débats, une autre mécanique plus rhétorique se met en place. Comme le souligne le politologue Clément Viktorovitch dans ses chroniques sur les discours médiatiques et politiques, Eric Zemmour abuse de l’argumentation désubjectivisée afin de « présenter une position personnelle comme une vérité objective. »

Pour cela le chroniqueur et débatteur contredit les arguments de ses adversaires en les pointant du doigt et utilise de nombreuses phrases péremptoires – « ce que vous dites est complètement faux » ou « vous vous plantez complètement ». En face, les téléspectateurs ont alors l’impression d’avoir devant eux un érudit qui détient la « vérité vraie » quand bien même cette dernière est basée sur des inexactitudes, des faits tronqués ou tout simplement des mensonges.

Le prêt à clasher

On l’a déjà dit, mais CNews est une véritable machine à clasher et l’émission Face à l’info n’échappe pas à la règle. Le choix des sujets des débats peut en témoigner. « Peut-on accepter que le pays soit bloqué alors que son président a été élu démocratiquement ? » (émission du 05/12), « nation et identité française » (le 04/12), « Emmanuel Macron, un libéral empêché de mener à bien ses réformes » (le 03/12), « l’intelligence artificielle va-t-elle tuer la démocratie ? » (le 25/11), « violence d’état versus violence communautaire » (le 24/11), ou bien encore, « Faut-il faire un Frexit ? » (le 18/11).

Les différents sujets de débat peuvent donner lieu à des passes d’armes parfois intéressantes, mais ceux-si se transforment bien souvent en tribune pour Éric Zemmour. Ce dernier se saisit des sujets pour faire valoir sa vision de la France. Il peut se demander si « la magistrature est trop à gauche » et si Mai 68 ne serait pas « le responsable du délitement de notre société ». Le 31 octobre, il évoque la situation dans le département de la Seine Saint-Denis et déclare qu’on y « jette l’argent par les fenêtres » là-bas tandis que des hordes de migrants « vivent des aides de l’État ». Dans la même émission, Zemmour parvient à glisser que les « minorités » et autres communautés LGBT, féministes ou antiracistes exercent « une tyrannie morale » en France. La même petite musique se répète émission après émission sous le regard par fois amusé des autres chroniqueurs qui sont clairement là pour diluer un peu la sauce.

Profondément passéiste et porteur d’une vision de la société très pessimiste, Éric Zemmour profite surtout de l’émission pour faire avancer l’idéologie qu’il soutient le plus : le grand remplacement. Cette théorie complotiste selon laquelle la France des forces « remplacistes » orchestrerait l’islamisation et l’africanisation de l’Europe a été formulée au début des années 2000 par l’écrivain Renaud Camus. Chaque débat ou prise de position est une raison pour Zemmour de porter ce discours qui flirte constamment avec le racisme et le révisionnisme. Et c’est justement ce flirt constant avec des sujets considérés comme tabous, qui incite d’autres médias à propulser l’émission sur le devant de la scène.

Le prêt à cliquer

Les émissions qui sentent le souffre, les réactions outragées des invités ou bien encore les prises de position fermes des personnalités médiatiques qui refusent d’aller débattre avec lui ; tout ce que touche Éric Zemmour se transforme généralement en mine de clics. Les autres médias l’ont bien compris et ne se privent pas de commenter abondamment les différents clashs ou bien de diffuser sur leur chaîne YouTube des extraits de l’émission.

À ce petit jeu, le Huffpost est l’un des médias qui exploite le plus le filon. Depuis l’arrivée du polémiste en octobre, le média a consacré une quinzaine d’articles à l’émission en mettant l’accent sur les tensions générées par cette dernière. De quoi assurer une publicité constante pour ce segment de CNews.

Sur YouTube, les extraits des débats et des clashs de Zemmour profitent à certaines chaînes et notamment celle de Dissident Officiel qui se présente comme un média qui « relaie les interventions médiatiques des personnalités pourfendant le politiquement correct ». En plus d’animer un blog consacré à la personnalité, la chaîne compte une trentaine d’extraits vidéos de Face à l’info cumulant à chaque fois entre 100 000 et 615 000 vues (record pour le débat avec Bernard-Henri Lévy).

Paradoxalement, CNews est sans doute le seul média à ne pas souhaiter profiter de la manne de clics. Sur son compte YouTube, la chaîne se contente de diffuser une bande-annonce de l’émission et semble réserver ses clashs pour les téléspectateurs classiques. De quoi obliger les aficionados de Zemmour à regarder l’émission en direct ou bien d’aller sur son site de replay.

David-Julien Rahmil - Le 10 déc. 2019
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  • Ca sent quand meme la jalousie du journaliste un peu aigri de ne pas avoir l'audience et l'aura de Zemmour. Au lieu de prétendre analyser et de ne faire que critiquer/dénigrer en réalité, essayez de faire quelque chose qui ait un peu de portée 🙂

  • en tout cas avec cet article vous allez exploser votre audience et permettre à beaucoup de monde de constater qu'il peuvent ignorer le reste de votre production

  • L'article n'est pas totalement faux. Vu le niveau des quelques commentaires précédents et ceux autour des vidéos de Zemmour & Cie, avec leurs titres putassiers (écrase, humilie, clash, etc...), on comprends que certaines personnes aient besoin de prêt-à-penser. Une suite d'erructations sujet-verbe-complément.
    J'apprécie les passes d'armes, pour autant qu'il y ait une réflexion globale qui tienne la route derrière. Zemmour & Cie font preuve d'une paresse intelectuelle masquée par un gloubi-boulga litéralo-culturel qui mange à tous les rateliers pour exister et épater le gogo. Reconnaissons que ça a le mérite de remuer le cocotier mais, pas de raisonnement qui tienne la route derrière.

  • Oui, Zemmour est cultivé, oui, il répond aux attentes et questions des Français, oui, je ne regardais plus ces "chaines d'informations gouvernementales", depuis longtemps, où tous les sujets se ressemblent.... jusqu'à ce qu'il arrive, pour donner son avis et ses analyses.

  • Bravo a madame la journaliste qui anime bien le débat qui en plus est trés jolie j'aime énormément monsieur ZEMOUR et tout les autres tous trés intelligent.
    A NE PAS MANQUER L HEURE 19 h

  • Monsieur Zemmour ne dit que la vérité, celle que la plupart des Français vivent tous les jours dans leur vie privée ou professionnelle. Nous nous sentons enfin compris et écoutés et votre discours journalistique ne peut que nous révolter. Ne vous rendez-vous pas compte de la gravité de la situation dans beaucoup de villes et de quartiers ? Et pourtant c’est votre métier !

  • Très drôle que vous fassiez référence à Clément Viktorovitch comme si il était neutre, alors que c'est un militant d'extrême-gauche...

  • Article intéressant, dommage que M. Clément Viktorovitch, soit partisan, ce n'est pas le fait qu'il soit un militant d'extrême gauche. Ce qui fausse par des partis pris son discours, c'est plutôt le fait que ce soit une analyse à charge ! Politologue, certes, mais de quel bord...