Sur Telegram, l'extrême droite pullule
© Igor Haritanovich via Pexels

Sur le dark social, une multitude de petits médias fleurissent et servent de chambre d’écho à une propagande extrémiste et complotiste.

« Le drapeau français vient d’être modifié, le bleu est devenu bleu marine sombre, c’est la couleur du drapeau d’avant la pseudo revolution française […] s’attendent ils à une révolte violente dans les rues ? Personnellement je pense que oui, c’est le but ultime. » Cet extrait d’article publié sur Telegram a été vu plus de 4 000 fois en l’espace d’une heure. Il s’agit du texte de Julian Hagakure, plus connu sous le nom de Julian Wolf, un militant de la cause anti-vaccination qui est à la tête du média Le Grand Réveil. Ce dernier réunit 88,4 k abonnés sur la messagerie chiffrée et diffuse à longueur de journée de la désinformation et des thèses complotistes. Et sur Telegram, il est loin d’être le seul.

Depuis la fin du confinement, Telegram, la messagerie chiffrée, a vu naître une multitude de médias diffusant des théories complotistes ou l’idéologie d'extrême droite. Chassés des réseaux sociaux grand public comme Facebook, ces groupes suivis par plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont réfugiés dans le dark social. Il s'agit d'un ensemble de messageries semi-privées et presque sans modération comprenant pour les plus connus, WhatsApp, Signal et Telegram. Le phénomène n’est pas nouveau. Au milieu des années 2010, ces messageries avaient été le point de ralliement de nombreux groupes djihadistes qui pouvaient communiquer de manière discrète. Fonctionnant en vase clos, ces médias font office de chambres d’échos pour des militants qui vont par la suite répandre de la désinformation sur les réseaux plus classiques. En voici une petite sélection représentative.

Le Grand Réveil

88 400 abonnés
Créé par Julian Wolf, militant anti-pass

Comme on a pu le voir au début de l’article, ce canal est avant tout centré sur la diffusion de désinformation et de théorie complotiste. Son créateur reposte souvent des articles de presse qu’il va ensuite interpréter. D’abord centré sur la lutte anti-pass sanitaire, Le Grand Réveil fait feu de tout bois et fait le relais d’idéologie antisémite, homophobe et transphobe. Récemment, le canal a rejoint un collectif de canaux Telegram intitulé L'alliance de la résistance afin de mener des actions militantes conjointes avec des groupes plus petits comme L’essor des résistants (3 400 abonnés), La rose blanche (14 300 abonnés) ou bien La vague (3 500 membres), tous centrés sur la lutte anti-pass.

Livre noir

4 500 abonnés
Créé par Erik Tegnér et Jordan Florentin

Soi-disant apolitique et objectif, Livre noir est un média né dans la sphère d’influence de Marion Marechal Le Pen et qui se décline en un compte YouTube suivit par 143 k abonnés et un canal Telegram qui permet de dialoguer avec les fans et de faire la promotion des vidéos. Sans surprise, les sujets sont presque tous orientés vers la dénonciation de l’immigration et la mise en avant de la théorie du Grand Remplacement.

Les DéQodeurs

42 500 abonnés
Créé par Léonard Sojli

Avec le Grand Réveil, il s’agit sans doute d’un des canaux les plus influents de la sphère complotiste. Créés en 2020 par le co-fondateur de la chaîne YouTube Thinkerview (qui s’était déjà illustré dans les mouvances complotistes remettant en cause les attentats du 11 septembre 2001), les DéQodeurs surfent totalement sur le mouvement QAnon. L’idée du canal est d’agréger l’ensemble des théories du complot dans une sorte de grand fourre-tout à la limite de la religion.

Les Vilains Fachos 2.0

1 600 abonnés
Crée par ?

Plus qu’un média, ce canal Telegram qui en est à sa deuxième version (la bio fait référence à 7 procès et 4 plaintes en cours) ressemble plus à un défouloir nauséabond. On y trouve pêle-mêle de l’apologie du nazisme, un hommage à Kyle Rittenhouse qui avait tué deux manifestants pro-Black Lives Matter, un appel à l’union contre les « chiens juifs » , des publications de listes de personnalités juives ou bien de multiples insultes envers les députées Mathilde Panot et Danièle Obono. Plus récemment, le groupe a publié un appel au meurtre ciblé sur le journaliste Taha Bouhafs et le rédacteur en chef de Street Press, Mathieu Molard. Ils ont tous les deux porté plainte. Affaire (judiciaire) à suivre.

premium2
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.