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deux personne qui discute dans l'ombre
© solarseven via Getty Image

Comment reconnaître une pensée complotiste en 7 étapes

Le 28 sept. 2020

Deux chercheurs ont mis sur pied un système permettant d’identifier à coup sûr une théorie du complot sur les réseaux.

Une étude menée par l’Oxford Internet Institute a montré que des vidéos de désinformation concernant la pandémie actuelle avaient été partagées plus de 20 millions de fois sur Facebook en octobre 2019 et avril 2020. Que ça soit sur des questions sanitaires comme le COVID, technologiques avec la 5G ou scientifiques avec le dérèglement climatique, il est devenu très difficile de ne pas être exposé à la pensée conspirationniste et autres « faits alternatifs ».

Pour lutter contre ce phénomène, Stéphane Lewandowsky et John Cook, deux chercheurs en science de la psychologie, ont publié Le manuel des théories conspirationnistes (disponible en langue française à cette adresse). Ce petit livre gratuit permet de distinguer les véritables complots des théories fumeuses, et explique comment dialoguer avec des personnes prises au piège de ce type de logique. Dans un des chapitres, les scientifiques ont notamment mis au point un système permettant de reconnaitre facilement les sept grands traits de la pensée complotiste.

Des croyances contradictoires

D’après les chercheurs, l’une des premières caractéristiques des contenus complotistes est leur forte propension à se contredire eux-mêmes. Ainsi, dans la série documentaire Plandemic présentant l’épidémie de COVID comme la première étape d’un plan mondial pour contrôler la population, les auteurs affirment que le virus a été créé dans un laboratoire de Wuhan, mais aussi qu’il avait déjà été injecté au cours de différentes campagnes de vaccination. Cette tendance à la contradiction vient du fait que les théories du complot utilisent très souvent la technique du millefeuille argumentatif, consistant à empiler un foisonnement d’arguments faibles pour renforcer la théorie.

Tout ce qui est officiel est suspect

Les théories du complot sont toujours suspicieuses envers les sources officielles qu’elles estiment manipulées. Ce trait explique pourquoi les individus complotistes sont persuadés que des résultats scientifiques sont toujours faux. Petite démo...

Cette tendance à la suspicion extrême permet d’exclure de facto des faits ou des données qui entre en contradiction avec la vision du monde des complotistes.

Voir le Mal partout

L’autre grand trait de la pensée complotiste consiste à croire que l’objet de la théorie conspirationniste possède un agenda maléfique. Derrière les histoires de vaccinations se cachent des histoires de contrôle mental et physique de la population. Les adeptes de QAnon pensent ainsi que certains politiques font partie de sectes pédophiles et satanistes.

« Quelque chose ne tourne pas rond »

Comme le notent Stéphane Lewandowsky et John Cook, les théoriciens conspirationnistes doivent parfois abandonner certaines de leurs idées, quand ces dernières ne tiennent pas la route. Cependant, ils restent avec la conviction que malgré tout, « quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire ». Cet effet porte un nom : c'est l’effet « Alice au pays des merveilles ». Cette impression que la réalité qui nous est présentée est tordue d’une certaine façon s’illustre notamment chez les climatosceptiques. Incapable de remettre leur mode de vie en question, ils vont adopter une attitude de déni face à des faits scientifiques pourtant indiscutables.

Le syndrome de la victime persécutée

Les personnes faisant la promotion de théories complotistes tendent à s’imaginer comme les victimes d’une persécution organisée par un groupe ou une organisation. Cette logique permet de justifier le désintérêt des médias mainstream pour ces conspirations, ou les fameux « lobbies pétroliers » qui cherchent à « étouffer une invention miraculeuse du moteur à eau ». Dans cette logique, ces individus se voient aussi comme des héros qui s’attaquent à un système bien plus puissant qu’eux et qui veut « les faire taire ».

L’immunité à la preuve

Pour un conspirationniste, le rapport aux preuves n’est pas vraiment logique. Si on lui présente des faits prouvant que sa théorie est fausse, il va déclarer que ces derniers ont été fabriqués, dans le but de le discréditer. À l’inverse, si sa théorie ne peut être prouvée, cela veut dire que les preuves ont été « effacés » par le groupe qui se cache derrière le complot. On retrouve ce trait dans l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton. Après avoir découvert que l’ancienne candidate à la Maison Blanche avait utilisé un serveur privé pour envoyer des courriels officiels pendant qu’elle était secrétaire d’État, le FBI a conclu qu’il s’agissait de « négligence extrême », mais pas d’un crime. Cette absence de poursuites a pourtant été interprétée par Donald Trump comme une preuve de la partialité de la procureure Loretta Lynch, en charge du dossier.

« Coïncidence ? Je ne crois pas »

Pour un théoricien du complot, rien n’arrive par hasard. Avec sa volonté donner du sens à tout ce qui l’entoure et d’expliquer de manière rationnelle des évènements qui sont parfois chaotiques, la pensée conspirationniste n’accepte pas les accidents. Une fenêtre du Pentagone intacte après les attaques du 11 septembre ? Cela signifie qu’il n’y a jamais eu d’avion, car sinon, toutes les fenêtres auraient dû être soufflées. Cette façon de penser permet de connecter des évènements ensemble alors que ces derniers n’ont absolument aucun rapport.

David-Julien Rahmil - Le 28 sept. 2020
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