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En rachetant Twitter, Elon Musk veut sauver la civilisation

© Beeple

Depuis son annonce de rachat, les supporters de Trump supplient Elon Musk de faire revenir l’ancien président sur la plateforme.

« The bird is freed », à traduire par : l’oiseau a été libéré. Même si l'artiste Beeple ne partage pas cet avis (voir l'image d'illustration de cet article), c’est par ces mots twittés ce 28 octobre qu’Elon Musk a officialisé son rachat du réseau social Twitter mettant un terme à l’incroyable feuilleton médiatique qui a accompagné cette aventure depuis maintenant six mois. On connait la capacité de Musk de transformer en spectacle ses business. Ce qui avait commencé par une blague lors d’un échange de tweet en 2017 s’est finalement conclu par un deal à plus de 44 milliards de dollars, et un message envoyé aux annonceurs et à l’ensemble des utilisateurs de la plateforme : Elon Musk est là pour « sauver la civilisation », rien que ça.

Extrême gauche et extrême droite : même combat

Dans un texte que l’on croirait tout droit sorti de la bouche d’Ozymandias, le grand méchant du roman graphique Watchmen qui veut sauver la Terre malgré elle, Musk explique ses motivations. Il ne s’agit pas de gagner de l’argent, mais de s’assurer que la plateforme puisse continuer à être la « place centrale » d’Internet sur laquelle « un large éventail d’opinions peut être débattu de manière saine et sans violence ».

Dans la suite du texte, Elon Musk donne son avis sur la polarisation du Web : « Nous courons le risque de voir les plateformes sociales se diviser entre des chambres d'écho d'extrême droite et d'extrême gauche, ce qui risque d’apporter plus de haine et de division à notre société ». Ce discours place sur un pied d’égalité toutes les idéologies, et celles d'extrême droite raciste et complotiste avec celles de gauche antiraciste et progressiste, entre autres. Cela peut effrayer... notamment en France où la liberté d’expression n’a pas la même valeur qu’aux États-Unis. Mais cette représentation absolue de la liberté d'expression est le socle du monde, d'après Elon Musk. Ce dernier avait publié quasiment le même type d'idées en avril dernier lors de la première annonce du rachat de Twitter.

Le retour des Trumpistes

Elon Musk s’inscrit d'ailleurs dans la mouvance libertarienne qui promeut le concept du « free market of ideas », une place publique comme Twitter dans laquelle les idéologies se battent pour gagner le cœur du plus grand nombre. Dans ce cadre, Elon Musk a toujours promu la réintégration de Donald Trump et de ses supporters sur la plateforme qui les avaient chassés après l’épisode de l’invasion du Capitole en janvier 2021. Sous ses derniers tweets, on retrouve des personnalités politiques républicaines qui demandent, l’air de rien, si les personnes qui ont été bannies peuvent revenir sur la plateforme. Et dans quel délai. Une question cruciale, à quelques jours des élections de mi-mandat qui se dérouleront aux États-Unis mardi 8 novembre 2022.

À l’inverse, les twittos opposés à la prise en main de leur plateforme par Elon Musk font savoir à grand renfort de tweets qu’ils pourraient partir vers Mastodon, un Twitter disponible en open source et surtout beaucoup plus modéré.

Mais comme l’ont montré les tentatives de migration des militants d'extrême droite sur Rumble ou Parler, les exodes de plateformes en plateformes ne fonctionnent jamais vraiment. Il n’y a aucun intérêt pour ceux qui veulent faire avancer une cause politique à aller s’enfermer entre eux et en vase clos. Elon Musk a partiellement raison sur un point : Twitter représente bien une version numérique de la place du village. Même si cette dernière ne concerne qu’une petite minorité d’internautes en comparaison d’autres plateformes comme Facebook, elle est scrutée de toute part, notamment par les journalistes ce qui en fait une chambre d’écho stratégique. Il n'est pas certain que la plateforme puisse être la bouée de secours de notre civilisation. Et qu'Elon Musk puisse être sacré notre sauveur en chef.

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