Un portrait dessiné de Elon Musk entouré de petits monstres colorés

Les SMS d'Elon Musk dévoilent son plan pour Twitter : il n'avait pas de plan

La série de messages du patron de Tesla récemment mis en ligne brisent un mythe : celui du génie business des géants de la Silicon Valley. Où les décisions sont prises au doigt mouillé et au FOMO.

Les analystes se sont longtemps perdus en conjectures. Quelles étaient les motivations d'Elon Musk quant au rachat de Twitter (qu'il espère désormais annuler) ? Quelles étaient sa stratégie, sa vision ? Depuis que plusieurs centaines d'e-mails et SMS ont été rendus publics par la Cour de chancellerie du Delaware dans le cadre du procès opposant Musk à Twitter, les analystes ont leur réponse. Le rapport de 151 pages donne un aperçu clair de l'arrière-cuisine de l'affaire Twitter, et plus globalement de la façon dont les affaires se concluent au cœur de la Silicon Valley. Dans ces messages, les plus grands pontes de la tech se perdent en flatteries et hypothèses farfelues, sans jamais évoquer la moindre stratégie ou vision, même à court terme. Le mystère du rachat de Twitter semble avoir été percé : il n'y avait pas de stratégie. Une conclusion assez affligeante.

« C'est vraiment comme ça qu'on fait du business ?  »

Non « pas parce qu'ils [les messages] sont glauques, particulièrement offensants, ou qu'ils révèlent l'ébauche d'un plan ficelé et scandaleux, bien au contraire. Ce qui est éclairant dans les messages de Musk, c'est à quel point les puissants hommes dans les contacts de Musk semblent être peu impressionnants, dépourvus d'imagination et délateurs. Celui qui prétendrait que les mauvaises idées n'existent pas durant le brainstorming n'a jamais eu accès au téléphone d'Elon Musk », observe The Atlantic.

En quelques jours, les fameux messages étaient au cœur de toutes les conversations du monde de la tech et des investisseurs. L'un des cadres dirigeants d'un grand réseau social a confié anonymement au journaliste américain : « Le consensus de tous les fils de discussion auxquels je participe est que tout le monde a l'air stupide. Les gens se disent tous : "Est-ce vraiment comme ça qu'ils font du business" ? Il n'y a pas vraiment de réflexion ou d'analyse stratégique. Tout se joue à l'émotion et sans vraiment se soucier des conséquences. »

Quand les échanges ressemblent à des propos de collégiens

D’après lui, les protagonistes (Joe Rogan; William MacAskill, Mathias Döpfner, le CEO d'Axel Springer, Marc Andreessen, Larry Ellison, le fondateur d'Oracle, etc.) apparaissent dans ces échanges serviles et flagorneurs. Quelques exemples : « J'adore ton tweet "Les algorithmes Twitter devraient être en open source" », confie à Elon Musk, Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, avant de lui signifier qu'il compte partager l'idée aux membres du Congrès qu'il croisera en retraite. Encore plus étrange : « Je suis 100% avec toi Elon. Jusqu'au bout quoi qu'il arrive », de la part d'Antonio Gracias, CEO de Valor Partners. « Tu as mon allégeance », envoie de son côté le business angel Jason Calacanis. N'oublions pas non plus les rafales de textos envoyés à 3 heures du matin pour partager d'incroyables idées business « qui vont changer le monde » ou d'autres échanges aussi grotesques qu’embarrassants :

Elon Musk : Morgan Stanley et Jared pensent que vous utilisez notre amitié et pas dans le bon sens. Cela donne l'impression que je suis désespéré. S'il te plaît arrête.

Jason Calacanis : Je n'ai jamais voulu rien d'autre que ton soutien.

Plus business mais toujours étonnantes, les suggestions de Mathias Döpfner, CEO d'Axel Springer, qui propose au milliardaire par texto de manager Twitter à sa place. Il n’hésite pas à lui partager son #Gameplan, dont la première étape est littéralement intitulée : « Résoudre la question du Free Speech » (solve free speech). Pour cela, quelques idées approximatives et de vagues références à une « open API » et à une « infrastructure décentralisée. »

Côté investissement, ce n'est pas beaucoup mieux : « Il y a les pitchs sur zélés de business angels comme Calacanis, et puis les tactiques plus détachées de gens comme Andreessen, qui, dans un DM Twitter lui offre "250 millions de dollars sans travail supplémentaire requis". "Merci ! ", a répondu ce dernier. Dans un échange séparé, Musk demande à Ellison s'il souhaite investir dans la privatisation de Twitter. "Oui, bien sûr", répond Larry Ellison. "Un milliard… ou tout ce que tu me recommandes." »

Hype et FOMO dans la Silicon Valley

« C'est l'une des choses les plus révélatrices que j'ai jamais vues sur le fonctionnement de l'investissement dans la Silicon Valley », a tweeté à ce sujet Jessica Lessin, fondatrice de la publication technologique The Information. Sommes-nous surpris que les membres de ce boys' club arrosent si facilement leurs amis d'argent ? Du tout. En revanche, l’absence de rigueur et la paresse indolente avec lesquels sont menés ces échanges révèlent la fragilité de cet écosystème d'investissement. Pour The Atlantic, les décisions seraient prises en grande partie sur la base de la hype, du battage médiatique et du FOMO... « Malgré toute l'auto-mythologisation et les discours autour de la construction, les hommes derrière ces messages texte semblent inconstants, désorganisés et incapables de résoudre le type de problèmes sociétaux dont ils pensent pouvoir avoir la charge », conclut le média américain. Et nous avec lui.

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